Un volcan se réveille près de la frontière belge : "Pas de quoi s'alarmer à ce stade-ci"

Des signes de réveil ont été observés dans un ancien volcan dans la région de l’Eifel, en Allemagne, près de la frontière belge, des indices d’activité volcanique.

Certaines des collines de cette région vallonnée sont en fait d’anciens volcans en sommeil depuis des milliers d’années.

Une équipe de chercheurs a donc récemment établi que l’Eifel serait en train de s’élever d’un millimètre par an. Faut-il s’attendre à une activité plus importante dans le futur ? Corentin Caudron, volcanologue chargé de recherche à l’ULB surveille cette zone de l’Eifel. Il était l’invité de Matin Première ce mercredi 17 juin.


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Quels sont ces indices d’activité sismique ? Ce sont essentiellement des dégagements de fumée ?

"Pour l’instant, il n’y a pas encore de dégagement de fumée. Par contre, l’année passée, on a détecté des événements très profonds qui indiquent qu’il y aurait éventuellement une activité magmatique possible, ou en tout cas active actuellement. Et cette année, cette étude montre des soulèvements du sol anormaux pour la région. Maintenant, il n’y a pas de quoi s’inquiéter à brève échéance."

Le sol qui s’élève est donc un indice d’une activité sismique ? Selon les calculs effectués depuis 20 ans, c’est de l’ordre d’un millimètre par an. Ce sont les roches plus chaudes dans le sous-sol qui se soulèvent ?

"Il y a deux choses. Il y a d’abord la sismicité, c’est-à-dire des événements, des tremblements de terre classiques, comme on peut voir dans d’autres zones. Ils sont très profonds, ce qui implique qu’il y a peut-être du magma qui est en train de pousser sur la roche et de la fracturer. Mais c’est très profond, autour de 30 km. Ce qu’on pense donc, c’est que c’est vraiment un réservoir magmatique qui est en train de se mettre en activité, mais c’est la vie normale d’un volcan, donc il n’y a pas de quoi s’alarmer à ce stade-ci.

Et ce qui a été montré cette année, ce sont des soulèvements du sol par des GPS, tout simplement. Ça implique à nouveau, comme il n’y a rien qui se passe autour, qu’il y a vraisemblablement à nouveau cette chambre magmatique qui bouge, mais c’est vraiment la vie naturelle du volcan."

C’est à quelle profondeur que ça bouge ?

"Environ 30-50 km de profondeur, donc c’est loin, loin de la surface."

Vous observez aussi un lac de la région, où là on observe justement des bulles ?

"Oui, mais c’est connu depuis les temps médiévaux. Il y a de superbes bulles […] Donc, à nouveau, il n’y a pas d’inquiétude, c’est connu depuis très longtemps. Il faut faire un peu attention si d’aventure ça venait à augmenter. Ce qu’on étudie, c’est vraiment les bulles dans ce lac avec des micros qu’on place dans l’eau. Les Allemands vont justement installer des micros pour faire de la surveillance. C’est donc notre activité de recherche."

D’où viendraient ces bulles ?

"Du magma, à nouveau. Le magma est très riche en gaz. Ceux-ci vont se frayer un passage jusqu’à la surface. Et là on le voit très bien dans le lac. Donc c’est un peu l’intérêt de cet objet-là, c’est de l’étudier pour mieux comprendre ce qui se passe en dessous.

Il y a eu une très grosse éruption il y a 13.000 ans

Avant, on avait très peu de sismomètres et de GPS dans la région et les Allemands, sachant qu’il y avait justement un risque associé à ce volcan qui peut être actif, qui a eu une très grosse éruption il y a 13.000 ans – donc il n’y a pas si longtemps que ça – ont densifié les mesures. Ils ont rajouté des stations. Cet ajout de stations a permis de mettre en évidence ces séismes très profonds et ces mouvements du sol. Ce sont donc deux choses différentes. Ils vont donc continuer à densifier tout ça et à surveiller ça de très près, parce que ça montre que le volcan est simplement potentiellement actif."

Le volcan pourrait se réveiller ? C’est évidemment ce que tout le monde craint parce que c’est une très belle région, mais aussi densément peuplée. Vous l’observez pour avoir peut-être une éruption, mais pas du tout dans l’immédiat. Il faut donc simplement le surveiller pour l’instant .

"Oui, actuellement, c’est ça. Ça montre que le volcan est endormi, qu’il y a des mouvements, et ça, c’est vraiment une nouveauté, mais c’est quelque chose qui existe probablement depuis 13.000 ans, donc là il n’y a pas vraiment de grosse nouveauté. Par contre, ça montre qu’il faut être vigilant et c’est pour ça que les Allemands et nous, dans une certaine mesure, allons mener des activités de surveillance et de recherche dans la région."


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Le temps en géologie est évidemment beaucoup plus long. Tous ces indices en quelques années, c’est un laps de temps très court pour vos études.

"Oui. Nous, on est certains qu’il ne va pas se réveiller demain. Il pourrait tout à fait commencer à bouger dans un an, dans 10 ans, dans 1000 ans ou peut-être pas du tout."

Peut-être jamais, c’est tous les mystères. Cette région de l’Eifel, à l’ouest de l’Allemagne, est une zone active qu’on ne connaissait pas spécialement ?

"L’éruption d’il y a 13.000 ans est très bien connue. On sait que c’est une très grosse éruption, donc elle a été extrêmement bien étudiée. Ce n’est pas du tout une nouveauté pour nous. Il faut juste être vigilant, mais ça s’arrête là, il n’y a pas de menace à brève échéance."

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