Un traitement contre la polyarthrite pour soigner les cas graves de Covid 19

Un traitement contre la polyarthrite pour soigner les cas graves de Covid 19
Un traitement contre la polyarthrite pour soigner les cas graves de Covid 19 - © JOEL SAGET - AFP

C’est une lueur d’espoir pour lutter contre les formes graves de Covid 19. Une étude française publiée dans la revue "The Lancet" montre qu’un médicament, l’anakinra, un anticorps de synthèse utilisé pour soigner des maladies rhumatismales, réduit pour ces patients atteints d’une forme grave de la maladie, le risque de décès et le besoin d’être mis sous respirateur en réanimation.

Une étude en cours au CHU de Liège

Au CHU de Liège, en collaboration avec d’autres centres universitaires belges, une étude avec "L’anakinra" et d’autres molécules utilisées en rhumatologie est en cours.

Olivier Malaise le rhumatologue qui suit cette recherche connaît bien la molécule : "On sait que certains patients atteints de Covid 19, font entre le 7e et le 14e jour de la maladie, une phase inflammatoire intense, une activation excessive et incontrôlée de leur système immunitaire. Et à ce moment, leurs organes sont pris pour cible par leurs propres défenses, causant d’énormes dégâts aux poumons. Diminuer cette réponse inflammatoire en ciblant les cellules responsables de ces orages (de cytokines) peut être intéressant."

En fait, l’Anakinra est une des molécules qui cible l’interleukine de type 1, une de cytokines impliquées dans cette tempête inflammatoire, pour la bloquer. Le but est de contrer cet orage cytokinique", une réaction inflammatoire incontrôlée mise en cause dans les formes graves de pneumonie Covid-19, qui peut déboucher sur un syndrome de détresse respiratoire aiguë. Une situation où les poumons ne fournissent pas assez d’oxygène aux organes vitaux, ce qui nécessite l’assistance d’une ventilation artificielle et d’un respirateur.

Moins de décès et moins de patients intubés

Le Dr Malaise n’est pas étonné des premiers résultats de cette étude : "Quelques petites études dans la littérature nous faisaient suspecter que cette molécule pourrait être intéressante à utiliser pour diminuer les dégâts pulmonaires chez ces patients qui présentent une forme grave du Covid. Cette nouvelle étude sur une 50 de patients en France nous montre que, chez ces patients, l’administration de la molécule pouvait diminuer le nombre de décès et de ceux qui doivent être intubés aux soins intensifs."

Selon les auteurs de l’étude, un quart des patients traités avec l’anakinra ont été transférés en réanimation ou sont décédés, contre près de 73% de ceux n’ayant pas eu cette thérapie. Le groupe de comparaison était formé de 44 patients qui avaient été auparavant pris en charge dans la même institution.

Des résultats à confirmer

Trop tôt pour tirer des conclusions, prévient notre spécialiste : "L’étude ne comporte pas de groupe contrôle, à qui on aurait donné un placebo pour comparer. Les chercheurs se sont donc basés sur d’anciens patients qui n’avaient pas reçu le traitement. Pour confirmer, il faudra une étude plus large avec un groupe contrôle pour être certain de son efficacité."

Alors devra-t-on déchanter comme avec d’autres traitements "miracle "contre le Covid 19 ?

"Non", rassure le rhumatologue, "Dans ce cas-ci, nous nous basons sur des études qui ont montré une utilité à cette molécule, aucune étude négative n’a montré qu’elle ne servait à rien. Il n’y aura pas de faux espoirs."

L’anakinra est une molécule qui n'a rien de nouveau pour les rhumatologues : "Nous l’utilisons dans certaines formes de polyarthrite rhumatoïde, dans le traitement de la goutte et dans certains syndromes auto-inflammatoires, mais nous l’utilisons relativement peu en Belgique parce qu’elle n’est pas bien remboursée, elle plus largement prescrite en France où elle est remboursée.".

Rappelons que ces traitements restent réservés aux services hospitaliers, à la petite minorité de patients qui développent ces fameuses tempêtes inflammatoires.