" Un taux de reproduction du coronavirus au-dessus de 1 " : qu’est-ce que ça signifie et en quoi est-ce inquiétant ?

"Entre le 5 et le 11 juillet, nous observons une hausse de 8% par rapport à la semaine précédente. Le GEES a estimé que le taux de reproduction est à nouveau au-dessus de 1. L’épidémie se renforce et cela n’est pas bon". La Première ministre belge Sophie Wilmès a jeté un coup de froid lors de la conférence de presse qui a suivi ce nouveau Conseil National de Sécurité du 15 juillet.

Non seulement parce qu’à cause de ses mauvais chiffres, l’annonce des mesures liée à la phase 5 du déconfinement à partir du 1er août est suspendue, mais aussi parce que ce "taux de reproduction" au-dessus de 1, c’est la variable principale examinée pour voir si l’épidémie est sous contrôle. Explication.

1. C’est quoi le taux de reproduction ?

Le nombre ou taux de reproduction, désigné "R Zéro", c’est le nombre de personnes qui peuvent être infectées en moyenne par une personne porteuse du virus. Il représente donc en début d’épidémie la contagiosité du virus. La valeur de R peut ensuite évoluer, notamment en fonction des mesures (hygiène, confinement, vaccins…) prises, et sera évaluée à un moment t. On parle alors de Re (pour taux de reproduction évolutif).

2. Pourquoi doit-il être en dessous de 1 ?

En toute logique, une valeur inférieure à 1 signifie que l’épidémie va régresser plus ou moins vite, puisque chaque personne contaminée en contaminer moins d’une. A l’inverse, si chaque personne en contamine plus d’une, cela veut dire que l’épidémie progresse.

3. A combien est estimé le taux de reproduction actuellement ?

C’est une des raisons pour laquelle l’annonce de Sophie Wilmès a créé l’étonnement. Depuis des semaines, Sciensano annonce un taux de reproduction de 0,87 ou même 0,86 ces derniers jours. Comme pour ses autres chiffres, Sciensano ne communique toutefois que les moyennes, car selon les jours de la semaine, la communication de nouvelles données peut être plus ou moins importante. Leur graphique montre toutefois que ce 13 juillet, il était estimé à 0,91 et ce 14 juillet à 0,98. Ce n’est pas encore au-dessus de 1, mais c’est le taux le plus haut depuis… le 5 avril, au pic de l’épidémie.

4. Comment le GEES peut-il annoncer un "R" supérieur à celui mentionné par Sciensano ?

Les experts du GEES sont indépendants de Sciensano. Et il existe plusieurs façons de calculer le taux de reproduction. Contrairement à d’autres données, il s’agit d’une estimation, basée sur quelques variables, et un modèle mathématique. Selon la façon dont il est calculé, il peut varier légèrement et est d’ailleurs toujours donné avec un "intervalle de confiance". (Pour Sciensano, il est par exemple donné en ce moment entre 0,76 et 1,23).

Dans un monde idéal, où chaque personne serait testée quotidiennement, il suffirait de comparer les chiffres du nombre de personnes contaminées et de voir l’évolution pour le déterminer. Mais le nombre de tests est limité, et de nombreuses personnes sont asymptomatiques.

Les chercheurs se basent donc sur les données à leur disposition : le nombre d’hospitalisations, de décès, les guérisons, et vont mettre en place des modèles mathématiques qui tiennent aussi compte de la durée d’incubation, la période pendant laquelle on est contagieux, et du nombre d’immunisés…

Une des variables importantes est toujours le nombre d’hospitalisations, considéré comme plus fiable que le nombre de cas (qui dépendent très fort du nombre de tests effectués), et plus à jour.

Il est donc possible que certains experts du GEES utilisent un modèle qui donne un chiffre légèrement supérieur à celui de Sciensano. Mais de toute façon, il est manifeste qu’il augmente ces derniers jours.

5. Comment peut-on influer sur ce taux de reproduction ?

Puisque ce taux, en tout cas dans son évolution à un temps t, représente la probabilité de contaminer quelqu’un dans des circonstances données, le fait de restreindre les contacts fait fatalement baisser le risque de contaminer d’autres personnes.

Dans leurs recherches, les membres de naXys, Institut namurois des systèmes complexes, ont estimé que de 3,79 (contagiosité du SARS-COV2 en l’absence de mesures), ce taux est passé en Belgique à 2,42 pour la période du 14 au 18 mars après les premières mesures, et à 0,73 ensuite avec les mesures de confinement.

Mais attention : cela ne diminue en rien le potentiel de contagion du virus, et donc en cas d’abandon des mesures, le nombre de reproduction pourrait très bien revenir à son niveau initial !

Le nombre de personnes immunisées le fait aussi descendre doucement, puisqu’il restreint aussi cette possibilité de transmission. On ne connaît toutefois pas encore la durée de cette immunisation dans le cas du nouveau coronavirus…

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK