Un seul expert "santé mentale" parmi ceux qui conseillent le gouvernement face à la crise : un neurologue s'interroge

Tandis que la quasi-totalité des experts qui conseilleront le gouvernement dans la stratégie à adopter pour faire face à l’épidémie de coronavirus dans notre pays est connue, certains spécialistes s’interrogent. Sur Twitter, Steven Laureys, directeur de recherches au FNRS et neurologue au CHU de Liège a fait part de ses doutes concernant l’absence de spécialistes de matières plus "humaines", déplorant le manque d’attention aux besoins psychologiques, émotionnels et humains.

Sous la direction de l’infectiologue anversoise Erika Vlieghe, ils seront 24 spécialistes à œuvrer au plus proche du gouvernement pour les guider et les conseiller dans la façon dont les Belges doivent lutter contre le Covid-19. En bref, ce sont eux qui guident les règles à appliquer pour faire infléchir les courbes de contamination dans nos frontières.

Un seul expert "bien être mental" sur 24

Ce conseil, dont on connaît le nom de 23 sur 24 des membres, est quasi exclusivement composé de spécialistes du monde médical. Une homogénéité qui n’a pas manqué de surprendre. Sur les réseaux sociaux, Steven Laureys, directeur de l’unité de recherche GIGA Consciousness à l’ULiège a fait savoir son étonnement dans un tweet qui n’a pas manqué de faire réagir les internautes.

"Un seul expert en bien-être mental sur 24 membres", écrit-il. Accorder plus d’attention aux besoins psychologiques, émotionnels, humains et à la connaissance du milieu de vie spécifique des enfants, des plus jeunes, des plus âgés, des indépendants serait souhaitable… Cette crise est plus qu’un simple virus ?"

Contacté par la RTBF, le docteur Laureys explique qu’il a réagi à la composition du comité de conseil du gouvernement "sans vouloir critiquer ou prôner ni assouplissement ni endurcissement". "C’est mon devoir de citoyen, de père de famille, de scientifique ou encore de médecin d’exprimer une certaine inquiétude quand je vois la composition de ce groupe d’experts", tempère-t-il.


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L’efficacité d’une approche hétérogène en question

S’il s’inquiète de l’absence de spécialistes des besoins humains parmi les personnes qui conseillent les dirigeants belges, c’est avant tout car le mode de transmission du Covid-19 se fait par les humaines eux-mêmes. "Gérer la crise Covid uniquement en écoutant des virologues serait une erreur. Il ne faut pas oublier que le virus se transmet via l’humain et nous sommes tous humains, on vit tous cette crise différemment. Je pense que mon tweet partage ce que beaucoup ressentent."

Il déplore un manque d’attention aux besoins et aux ressentis de la population, dans sa diversité. Depuis le début de l’épidémie, le neurologue estime que les besoins des Belges ont été trop peu écoutés. "Depuis le début. Si vous faites une analyse, j’ai entendu beaucoup de virologues s’exprimer dans les médias. C’est important mais il n’y a pas que ça. Il faudrait faire l’effort de mieux comprendre comment le vivent les jeunes, les personnes âgées, les indépendants, … Il n’y a au fond pas que les gens qui meurent et les malades qui vivent la crise", pointe-t-il.

"Nous ne sommes pas que des chiffres"

Mais alors comment devrait être constitué le comité de conseil du gouvernement face au coronavirus ? Steven Laureys estime ne pas avoir de recette miracle mais prône pour une représentation la plus large possible des milieux d’expertise. "Je suis étonné de ne pas voir plus d’écoute pour d’autres expertises, qui pourraient rendre plus efficaces les mesures qui sont prises. Par exemple, on pourrait intégrer un des spécialistes des jeunes, qui sont souvent pointés du doigt, ou un expert en matière de gériatrie quand on sait qu’il y a eu des catastrophes en maison de repos. Consulter l’expertise relatant à notre psychologie humaine et bien-être mental comme celle du psychologue social, de l'éducation, du travail..."


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Il déplore aussi le "point de vue limité" des personnes qui s’expriment sur l’épidémie. Selon lui, les médias, tout comme le gouvernement via son nouveau comité de conseil, brouille toute une partie du problème. "Les personnes qui s’expriment partout voient la crise que nous traversons au travers un seul angle et c’est donc un peu limité. On ne parle que de chiffres, que de morts et de malades mais nous ne sommes pas des chiffres", se désole l’expert.

En attendant, c’est ce nouveau groupe d’expert qui assurera le conseil du gouvernement concernant l’assouplissement – ou non – des mesures de lutte contre le Covid-19. Ce sont pour l’heure les règles établies à l’issue du comité de concertation du 27 novembre qui sont en vigueur dans notre pays.

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