Un rhinocéros tué dans un zoo en France pour voler sa corne

Un rhinocéros tué dans un zoo en France, sa corne sciée et volée
2 images
Un rhinocéros tué dans un zoo en France, sa corne sciée et volée - © TONY KARUMBA - AFP

"Extrêmement choqués" et "abasourdis": les soigneurs du zoo de Thoiry, près de Paris, sont inconsolables après la découverte d'un de leur rhinocéros, Vince, quatre ans, abattu de trois balles dans la tête, la corne principale sciée et volée.

Les cornes de rhinocéros, auxquelles sont prêtées des propriétés médicinales infondées, font l'objet d'un vaste commerce illégal. "Il s'agirait cependant de la première fois qu'un zoo subit une attaque entraînant la mort d'un rhinocéros", a souligné le zoo de Thoiry.

Mardi soir, la ministre de l'Environnement, Ségolène Royal, a indiqué avoir saisi le procureur de la République de Versailles et qu'elle allait "demander fermement aux autres pays européens d'interdire tout commerce d'ivoire d'éléphant et de corne de rhinocéros au niveau européen, comme c’est déjà le cas en France". En Belgique, les institutions qui détiennent des rhinocéros ont déjà adopté des mesures de sécurité pour protéger leurs pensionnaires. Des mesures qu'elles préfèrent garder secrètes pour garantir leur efficacité.

Une sous-espèce extrêmement menacée

"Les soignants avaient quitté le box des rhinocéros lundi" vers 17h et "ils sont revenus mardi" matin. "Entre temps, un animal avait été tué et ses deux cornes sciées", a indiqué à l'AFP une porte-parole de la gendarmerie. Sa seconde corne a été partiellement sciée, mais était toujours solidaire du reste du corps de l'animal quand sa dépouille a été découverte.

"Seule la corne principale a été volée", a-t-elle précisé, estimant sa valeur marchande à "30 000 à 40 000 euros". L'animal abattu, baptisé "Vince", était un jeune mâle de deux tonnes âgé de 4 ans, né aux Pays-Bas et arrivé à Thoiry en mars 2015. Il appartenait à la sous-espèce des rhinocéros blancs d'Afrique du Sud, "extrêmement menacée", selon le parc. Le directeur du parc, Thierry Duguet, le décrit comme "dynamique" et "en pleine forme".

Vaste commerce illégal 

Ses cornes ont été coupées "probablement à la tronçonneuse", a encore avancé le zoo. "Cet acte a été perpétré malgré la présence de cinq membres du personnel vivant sur place et de caméras de surveillance", bien qu'aucun dispositif vidéo ne filme cet endroit du parc.

"La soigneuse des rhinocéros, Elodie, est très affectée par ce qu'il s'est passé. Elle s'occupe des rhinos depuis des années. Elle ne peut pas parler", a rapporté à l'AFP la fille du créateur du zoo de Thoiry, Colomba de la Panouse. "Elle ne s'en remet pas. Nous sommes extrêmement choqués et abasourdis: ici, c'est normalement un sanctuaire pour les animaux", a également commenté Thierry Duguet, selon qui un tel acte n'était jamais arrivé dans un zoo "en France, ni même en Europe".

Deux autres rhinos épargnés

L'animal se trouvait dans une maison, où il passait la nuit avec les deux autres rhinocéros blancs de Thoiry, Gracie, 37 ans, et Bruno, cinq ans, épargnés.

Le responsable du programme Commerce des espèces sauvages au WWF, Stéphane Ringuet, a fait part auprès de l'AFP de sa "stupeur": "Déjà en Europe, il y a quelques années, il y a eu des vols de cornes dans les salles de vente aux enchères, des lieux d'exposition, mais là on est passé du non-vivant à des animaux à des fins de prélèvements d'une partie de l'animal; au-delà de l'émotion, c'est juste stupéfiant."

S'attaquer au braconnage, au trafic et à la demande

"Ça nous interroge sur la façon dont on doit protéger le patrimoine vivant, comment diminuer la criminalité liée au trafic des espèces sauvages: s'attaquer au braconnage, à la lutte contre les trafics et à la réduction de la demande", a-t-il ajouté.

Le trafic est généralement destiné à plusieurs pays asiatiques, dont la Chine et le Vietnam, où la médecine traditionnelle attribue toutes sortes de vertus à la corne de rhinocéros, dont celles de guérir le cancer ou l'impuissance.

La corne du rhinocéros est faite de kératine, comme les ongles humains, et ses vertus thérapeutiques n'ont jamais été prouvées scientifiquement. Elle peut se vendre jusqu’à 60.000 dollars le kilo sur le marché noir, soit près de deux fois le prix de l'or.

Son commerce international est interdit depuis 1977, mais cette mesure n'a pas permis d'enrayer le massacre des rhinocéros en Afrique.

 

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK