Un retour possible du cinéma drive-in pour le déconfinement ?

Un retour possible vers le cinéma drive-in pour le déconfinement ?
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Un retour possible vers le cinéma drive-in pour le déconfinement ? - © Matt Carr - Getty Images

Le cinéma drive-in sera-t-il le seul moyen de voir un film sur grand écran cet été ? Pratiquement oubliée depuis des décennies en Belgique, cette activité où l’on gare sa voiture pour s’offrir un "moment de cinéma" pourrait revenir à la mode en lieu et place des événements de projections en plein air classiques.

Tout le nœud du problème, c’est de pouvoir mettre des dizaines de personnes en un seul endroit tout en respectant la logique du fameux mètre cinquante de distanciation physique que l’on connaît actuellement, comme dans les supermarchés par exemple.

Un cliché américain ?

C’est sûr que l’image renvoie plus à la période gomina, rollers, bubble-gum et Rockabilly. On s’imagine plus facilement James Dean garer une Cadillac Eldorado décapotable devant un écran à l’extérieur plutôt qu’une mère de famille au volant de son monospace. Et pourtant…

Aux Etats-Unis l’activité reprend un second souffle, à l’exemple de "L’Ocala Drive-In", le seul des 11 cinémas de plein air ouvert au pays de l’Oncle Sam pendant le confinement. Avec 3 à 5 mètres de distance entre les voitures, chacun peut voir son film sur un grand écran bien à l’abri.

En Belgique, les initiatives du genre sont complexes à trouver. Il y a bien eu une édition du "Drive-In Movies" sur l’esplanade du Cinquentenaire en 2006, mais c’est surtout dans la cité ardente qu’existe une sorte de cinéma drive-in régulier.

Depuis un peu plus de 2 ans, le centre commercial à Liège Médiacité propose des films sur grand écran en drive-in à côté de la patinoire. Pour des évènements ponctuels comme Halloween ou la Saint Valentin, il y a 65 places à prendre pour garer sa voiture gratuitement devant un écran placé pour l’occasion. Une fois installé, en collaboration avec des marchands de la galerie, il est possible de se faire livrer un hamburger, du pop-corn ou une boisson à la fenêtre de sa voiture. "Un évènement chaque fois soldout" affirme Julien Huart, responsable de la gestion de la Médiacité. "À la base, il était prévu qu’il y ait un cinéma à cet emplacement. Ça n’a malheureusement pas pu se faire pour diverses raisons, mais cette solution nous a séduits."

Malheureusement, M. Huart n’est pas très optimiste pour la suite : "Si nous avons très envie de continuer, ce ne sera pas notre priorité au moment du déconfinement. Il faut déjà s’assurer que la Médiacité soit un espace sûr pour ses visiteurs et travailleurs dès le 11 mai."

Mais sur Facebook, on affirme déjà qu’il y en aura d’autres.

Pas de salles obscures pour le moment

Thierry Laermans, Secrétaire Général de la Fédération des Cinémas de Belgique, ne veut pas encore s’avancer sur une réouverture à l’heure actuelle. Il y a trop de paramètres à prendre en compte. Mais dès la semaine prochaine, un plan sera soumis à des experts pour penser la réouverture dans une logique de déconfinement.

Même son de cloche chez Kinépolis Belgium :

Nous sommes en train de travailler sur un protocole visant à protéger la sécurité/santé des visiteurs ainsi que des employés au moment d’une réouverture. Nous sommes convaincus qu’un cinéma constitue un environnement "contrôlable" où nous pouvons appliquer les mesures barrières.

L’ouverture des cinémas n’est pas encore prévue à ce jour, ni même envisagée dans le plan de déconfinement du Conseil National de Sécurité avant le 8 juin.

L’embouteillage de la programmation

Mais même lorsque les salles rouvriront, que diffusera-t-on ? Cathy Immelen, spécialiste cinéma de la RTBF voit arriver toute une programmation de films dits "grand public" qui ont été décalés en raison du confinement à travers le monde. Avec pour résultats de très gros films qui sortiront à des échéances très rapprochées les unes des autres, comme :

  • James Bond : No Time To Die
  • Pinocchio
  • Jungle Cruise
  • Bob L’éponge 3
  • Mulan
  • Wonder Woman 1984
  • The King’s Man
  • Venom 2
  • Déconnectés
  • Dune
  • Top Gun : Maverick

Cet "embouteillage de programmation" risque de se faire aux dépens des plus petites productions, pour lesquelles il n’y aura tout simplement plus de place.

Pendant ce temps-là, les plateformes de VOD et de streaming se frottent les mains. Il y a évidemment Netflix, mais les productions américaines se félicitent aussi de bons résultats dans le VOD, comme Universal avec "Les Trolls 2 – Tournée Mondiale". Une autocongratulation qui n’est pas du goût des chaînes de cinéma qui sont forcées à l’arrêt. Conséquence : la chaîne de cinémas américaine AMC a décidé de déprogrammer tous les films d’Universal.

Quel cinéma pour cet été ?

C’est la grande question. Pourrons-nous voir des films sur grand écran cet été, d’une façon ou d’une autre ? C’est plutôt vers le cinéma en plein air que l’on a tendance à se pencher pour le moment.

Mais pour Joseph Coché de Libération Films, c’est encore une grande inconnue. Il organise chaque année "Bruxelles fait son cinéma" un évènement qui réunit, en fonction de la programmation et du lieu, entre 350 et 1000 personnes par soir pendant 15 jours sur une place de la capitale. Une situation inimaginable à ce jour où les distances de sécurité ne peuvent pas être assurées dans un tel contexte.

Il faudrait espacer les chaises de 2 mètres chacune, espérer que les passants ne s’arrêtent pas et ne s’accoudent pas aux barrières nadar autour des chaises, contrôler le flux autour de la projection, bref, ça semble compliqué, mais on y réfléchit.

Joseph Coché attend également une décision des communes pour (re)programmer son évènement, qui risque de ne tout simplement pas avoir lieu cette année.

Le ciné des confinés

Du côté du Kinograph, installé dans les anciennes casernes d’Ixelles, on a trouvé un moyen amusant de projeter des films en plein air. En faisant appel à ses bénévoles et ses fidèles, le cinéma a proposé aux possesseurs de projecteurs de diffuser un film muet de 25 minutes, un medley de leur cru libre de droits (comme des extraits d’un film de Buster Keaton ou de Quentin Dupieux) sur des murs sans fenêtres.

"Nous avons reçu d’excellents retours. C’était une expérience que nous voulions tenter et une vingtaine de personnes sur plusieurs communes de la capitale et même en région liégeoise ont répondu à l’appel. Très vite on nous a demandés s’il était possible de recommencer " affirme Clara Léonet, qui chapeaute cet évènement du Kinograph baptisé le "Ciné des Confinés".

Bref, avant d’imaginer la réouverture des salles obscures ou des évènements en plein air, on comprend que beaucoup d’éléments doivent se mettre en place. Ça paraît aussi difficile que d’aligner les planètes du système solaire mais avec un peu de créativité, depuis son appartement avec un projecteur ou à l’abri de sa voiture, on pourrait réimaginer voir des films sur un grand écran dans les mois à venir.