Un possible meurtre filmé par une montre passionne la Chine

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Le chef de village Qian Yunhui, écrasé par un camion le jour de Noël, a-t-il été assassiné ? La justice chinoise a tranché mardi en faveur de la thèse policière de l'accident, en se fondant sur une montre-bracelet digne de James Bond qu'aurait portée la victime.

Cette affaire contient tous les ingrédients pour passionner la Chine : des paysans spoliés de leurs terres, des policiers accusés de manipulations, des internautes mobilisés en contre-pouvoir et des médias officiels qui censurent.

En condamnant à 42 mois de prison Fei Liangyu, le chauffeur du poids lourd sous les roues desquelles a expiré Qian Yunhui, le tribunal de Yueqing (province du Zhejiang) a clairement rejeté l'hypothèse du meurtre. L'énoncé du verdict a été retransmis en direct par la télévision officielle CCTV.

Dénonçant un "travestissement de la vérité" et une "parodie de justice", de nombreux Chinois ont immédiatement exprimé leur indignation sur la Toile. Plusieurs forums de discussion ont ensuite été fermés, pour clore le bec des critiques.

Qian Yunhui, chef du village de Zhaiqiao (Zhejiang), était connu pour être un pétitionnaire

C'est ainsi que sont nommés en Chine les citoyens qui prennent le risque de faire remonter leurs doléances jusqu'aux autorités centrales.

Il avait été placé en détention trois fois depuis 2005 pour avoir exigé au nom des paysans locaux des compensations pour des expropriations foncières avant la construction d'une centrale électrique.

Se sachant menacé, se serait-il équipé d'un gadget digne des services secrets les plus pointus ? La police a en tout cas produit à l'audience mardi une montre-caméra-vidéo, d'apparence banale, en affirmant que le chef de village la portait au poignet à l'heure de son décès.

Et, la prudence faisant bien les choses, le bijou technologique enregistrait justement à ce moment précis...

La bande vidéo filmée par la montre est sur le net

La bande vidéo a été diffusée à de nombreuses reprises par CCTV, déclenchant une avalanche de réactions sur le net.

On y voit la route mi terreuse mi asphaltée où est mort le pétitionnaire. La chaussée, cernée par des cheminées d'usine et des réverbères, est humide. Les images valsent de façon cadencée, au rythme du mouvement du bras du porteur de la montre, dont n'apparaît pas le visage mais un coin de parapluie.

Les secondes défilent et le piéton marche au niveau des voitures. A 09h48 et 22 secondes exactement, instant censé être celui de l'accident, le cadrage bascule brusquement et l'image se fige sur un brin d'herbe, sous le châssis d'un véhicule.

Le camion a apparemment freiné

Selon les enquêteurs, la bande-son de cette vidéo providentielle prouve que le camion a tenté de freiner avant de heurter Qian Yunhui.

Les internautes, eux, n'ont pas été longs à dénoncer la "fabrication" d'une preuve pour accréditer la thèse de la police.

"Pourquoi donc serait-il le seul à porter une montre-caméra, et pourquoi éprouvait-il le besoin de filmer?", s'est interrogé l'un d'eux sur le portail Netease.com. "Est-ce que les juges sont équipés de montres-caméras?", a-t-il raillé.

Déjà avant ce rebondissement rocambolesque, de nombreux internautes ont inlassablement enquêté sur la mort de Qian Yunhui, exploitant des photos très crues, une vidéo et des témoignages recueillis sur place.

Un cliché montrant le corps disloqué du responsable, coincé sous la roue avant gauche du camion-benne, a fait le tour des sites chinois. Les débats sur la présence ou non de traces de freinage ont été vifs. La controverse ne semblait mardi pas prête de s'éteindre.


AFP

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