Un parc national en Wallonie ? En quoi est-ce différent (et complémentaire) de la réserve et du parc naturels ?

Créer des parcs nationaux en Wallonie : c’est une des idées de la ministre wallonne de l’Environnement, Céline Tellier, pour le plan de relance écologique de la Région. Dans une interview au Soir, et sur LN24, elle développe ce projet, avec ce concept central dans la gestion d’un parc national : une meilleure gestion du tourisme.

"C’est un concept très intéressant car il encadre la protection de l’environnement, qui assure des zones de protection de la nature, et en même qui amène cet écotourisme tout en canalisant les flux, via plusieurs portes d’entrée, pour éviter cet effet de tourisme de masse que l’on a pu connaître dans les Hautes Fagnes, ou ailleurs." a-t-elle déclaré sur le plateau de la matinale de LN24 ce 15 janvier.

Force est de constater, vu le peu de loisirs encore praticables en ces temps de coronavirus, le Belge s’est retrouvé en masse dans certains lieux naturels cet été (certains ont d’ailleurs dû limiter leur accès, ou carrément fermer, vu les dégradations causées) ou cet hiver dans les Hautes Fagnes, pour des raisons sanitaires mais aussi de dégradation. La ministre pointe donc un aspect important dans la protection de la nature : l’infrastructure qui entoure le tourisme qui se crée autour de ces zones naturelles. Mais il est important de bien comprendre quelles sont les différents statuts, les différentes appellations que peuvent porter ces sites naturels, et surtout, qu’ils ne sont pas tous synonymes de protection.

Quelles zones protégées en Wallonie ?

La base de données de référence pour estimer l’état de la nature dans notre Région est celle des "Sites de grand Intérêt biologique" (SGIB), qui sont répertoriés par le SPW Agriculture, Ressources naturelles et Environnement (ou DG O3). Ce sont les zones "abritant des habitats et des populations d’espèces rares ou menacés ou constituant des exemples remarquables d’association d’espèces en excellent état de conservation", comme le précise le site d’Environnement Wallonie. Mais qu’un site soit qualifié de SGIB ne lui donne pas un statut de protection : cette qualification est purement scientifique, et c’est là-dessus que vont venir se calquer les politiques de protection et conservation.

La Loi de Conservation de la Nature de 1973, modifiée en 2001 pour intégrer les directives européennes Oiseaux et Habitats (la base du réseau Natura2000, cfr plus bas), définit les différents statuts de protection des sites naturels qui existent en Belgique. En 2008 est venu s’ajouter un statut un peu particulier, celui de Réserve intégrale en Forêt, défini par le Code forestier wallon. Le décret de 2008 est venu implémenter des pratiques forestières plus respectueuses de l’environnement (équilibre entre résineux et feuillus, maintien d’arbres morts, etc.), la sylviculture étant un secteur économique important en Wallonie. Le tableau ci-dessus liste et décrit ces différents statuts de protection :

En 2018, 558 sites bénéficiaient d’un de ces statuts de protection, pour une surface totale de 21.187 ha (dont 5544 pour les RIF, soit 0.99% de la superficie forestière wallonne, ou 2% de la superficie de feuillus). Cette surface a quadruplé depuis 1990 (en grande partie grâce aux RIF, statut appliqué en 2009), et est en augmentation continue.

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A ces statuts de protection vient se superposer le réseau Natura 2000 : c’est un réseau basé sur les directives européennes Oiseaux et Habitats, qui imposent aux États membres (en Belgique, ce sont les compétences des Régions) de définir des zones de protection spéciale (ZPS) pour la protection des oiseaux, et des zones spéciales de conservation (ZSC) pour la protection des autres espèces. La gestion de ces sites doit permettre de restaurer, ou maintenir dans un état de conservation favorable les habitats naturels et espèces. Les projets LIFE sont les principaux instruments de cette gestion. Actuellement, 240 sites wallons sont Natura 2000, pour une superficie de 224.000 (soit 13% du territoire wallon), dont 88% sont déjà sous un statut de protection. La Wallonie a accumulé un énorme retard au niveau de la cartographie et de la gestion de ces sites Natura 2000, qu’elle commence à peine à résorber.

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Quelles différences avec les parcs naturels ?

Mais une appellation mieux connue est celle de "parc naturel", quelles sont donc les différences avec ces statuts de zones protégées ?

La Wallonie compte 12 parcs naturels, éparpillés dans toutes les provinces, excepté le Brabant Wallon, certains d’entre eux sont transfrontaliers. Un parc naturel est défini comme "un territoire rural, d’un haut intérêt biologique et géographique, couvrant une superficie minimum de 5000 ha d’un seul tenant, et dont le but est de protéger le milieu, en harmonie avec les aspirations de la population et le développement économique et social du territoire concerné.

Leurs missions consistent donc en la "gestion et la valorisation du patrimoine naturel et paysager" tout en tenant compte du développement économique et rural, dans une optique de développement durable, etc. Ce n’est donc pas un statut de protection stricto sensu, même si des sites possédant un tel statut (réserves naturelles et sites Natura 2000, notamment) s’y retrouvent. Ils couvrent 32% du territoire wallon, sur 71 communes où vivent 380.000 habitants.

Un site, plusieurs statuts

Il est important de comprendre qu’un même site peut avoir plusieurs appellations. Ainsi, si l’on prend l’exemple des Fagnes, pour rester dans l’actualité :

  • Les Hautes-Fagnes sont une réserve domaniale (la plus ancienne de Wallonie, créée en 1957)
  • qui est englobée dans le Parc naturel des Hautes-Fagnes – Eifel.
  • On y trouve de nombreux Sites de Grands Intérêts Biologiques (dont la Fagne de Botrange)
  • dont certains sont rassemblés en sites Natura 2000, comme le Plateau des Hautes-Fagnes
  • et d’autres sont des réserves privées, dont une gérée par Natagora (Ru des Fagnes)

Natagora peut à la fois s’occuper de la gestion de réserves naturelles avec un statut officiel de protection, et de réserves dites privées, donc sans ce statut officiel.

 

Et le parc national alors ?

Où vient se positionner l’appellation parc national dans tout ça ? Définie par l’UICN (l’Union internationale de la Conservation de la Nature), sa particularité est que l’aire est protégée à des fins de protection des écosystèmes et récréatives. En d’autres mots, le développement d’un écotourisme, responsable et durable. "Récréatif", une notion qui peut se retrouver dans les parcs naturels ou autres sites protégés, mais qui n’est jamais le but principal.

"Si l’on prend les exemples de parcs nationaux en France, comme celui de la Vanoise, le plus ancien. Vous avez un espace relativement important en superficie, qui est bien compréhensible, avec des effets de porte qui font que les gens comprennent quand ils entrent dans un parc national. Autour de ces portes, une série d’activités touristiques qui bénéficient énormément à l’horeca, qui permettent d’accueillir les touristes d’une manière correcte" détaille Céline Tellier à LN24.

En Belgique, il n’existe qu’un seul Parc national, en Flandre, le Parc National Hoge Kempen (Haute Campine), créé en 2006, et couvrant 5700 ha de forêts et de landes, dont une grande partie est en Natura 2000. Au niveau des retombées économiques, la ministre wallonne de l’environnement avance des chiffres encourageants à nos confrères du Soir : en plus de dix ans, la création de 5000 emplois, et 191 millions de revenus par an pour des investissements de 87 millions entre 2001 et 2012.

 

La ministre a ainsi cité les Hautes-Fagnes, le projet de forêt Nassonia, la vallée de la Semois. Il y aura un appel à projets et un jury d’experts, assure Céline Tellier, alors que le financement viendra en partie, elle l’espère, du plan de relance européen.

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