Un nouveau confinement en Belgique pour lutter contre le coronavirus ? Les arguments pour et contre

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Young girl looking out of window on a rainy day - © Justin Paget - Getty Images

Hôpitaux qui se remplissent à grande vitesse, personnel soignant inquiet pour les semaines à venir… Un nouveau confinement est-il à l’ordre du jour ? L’idée fait son chemin chez les politiques, les experts et les citoyens.

"Sur le plan sanitaire, on est en train d’écoper, alors qu’il faudrait mettre le bateau à quai", écrit ainsi sur Twitter Jean-Luc Crucke (MR), ministre wallon du Budget.

"On a pour le moment 100 robinets où de l’eau coule. Ce qu’on essaye de faire, c’est fermer un maximum de robinets pour que le virus diminue sa circulation. Mais on ne peut pas fermer tous les robinets, parce que sinon on va mourir de soif. Et mourir de soif c’est quoi ? C’est totalement tuer notre économie, totalement tuer nos relations sociales", affirmait pour sa part Georges-Louis Bouchez, le président du MR, sur les ondes de La Première.


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Tout ça alors que, il y a exactement deux semaines, la situation était qualifiée de "feu de cave" par Yves Van Laethem. Le porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus utilisait en effet cette métaphore pompière au micro de la RTBF le 7 octobre : "On n’est pas vraiment devant une maison qui brûle, mais on est devant un feu de cave, qui n’a pas pu être colmaté par un extincteur, donc il faut de véritables pompiers pour éviter que le reste ne s’enflamme", analysait-il.

Mais voilà, souligne l'épidémiologiste Marius Gilbert, "quand la croissance est là, et qu’on ne l’interrompt pas, on a beau partir d’un tout petit chiffre, on arrive toujours à un grand chiffre".

Notre pays est donc maintenant à l’heure des choix dans sa lutte contre l’épidémie de Covid-19. Aussi bien dans les mesures à prendre que dans le discours entourant la maladie elle-même. Pour Marius Gilbert, il faut "trouver un équilibre entre alarmisme et banalisation, sans perdre au passage l’opinion publique qui ne sait plus ou donner de la tête".

Pas facile pourtant de mobiliser l’opinion, après des mois de mesures plus ou moins strictes, des bulles qui se gonflent et se dégonflent au gré des chiffres à la hausse ou à la baisse.

Dans ce contexte, faut-il mettre en place un nouveau confinement, total ou partiel en fonction des zones où la situation est la plus tendue ?
 

POUR

Eviter la saturation des hôpitaux

C’est l’argument bien connu depuis le mois de mars : il faut éviter la saturation des soins de santé. Si les chiffres ne s’améliorent pas dans les jours à venir, le mois de novembre sera très difficile dans les hôpitaux.

En date de ce mercredi 21 octobre, 2969 patients sont hospitalisés à la suite d’une infection au Covid-19 en Belgique, dont 486 en soins intensifs. "On s’attend à atteindre la barre de 1000 patients dans les hôpitaux à la fin du mois, 2000 mi-novembre", a déclaré Yves Van Laethem lors de la conférence de presse du centre de crise ce mercredi.


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La saturation des lits d’hôpitaux n’est pas la seule question. Il faut aussi prendre en compte l’épuisement du personnel soignant et le risque de devoir reporter certaines opérations plus ou moins urgentes pour "faire de la place".

Selon Emmanuel André, "on est dans une situation où ça déborde. Les gens doivent se rendre compte que quand leurs proches seront hospitalisés, la qualité sera amoindrie parce qu’on est déjà très loin",

La Wallonie est actuellement la région ou l’épidémie est la plus grave en Europe, rappelait ce mardi Bertrand Henne dans sa chronique "les coulisses du pouvoir". Cette fois-ci, contrairement au mois de mars, "il n’y aura pas de Lombardie pour nous alerter. Car demain la Lombardie ce sera peut-être nous".

Confiner (tôt) pour casser les chaînes de transmission

Reconfiner certaines zones du pays ou certains secteurs, permettrait de casser les chaînes de transmission du virus. Le refrain est lui aussi connu : il faut faire baisser le taux de reproduction du virus.

Plus on agit tôt, plus on limite les dégâts causés par la maladie. C’est ce qu’affirme une étude parue dans la revue Nature le 14 octobre : "Le moment du verrouillage par rapport au moment où les infections initiales se sont produites affecte le nombre maximal de personnes infectées, ce qui entraîne à la fois le nombre de décès dus au COVID-19 et la pression sur le système de santé qui remplace les soins de routine pour d’autres maladies. "

Les auteurs de l’étude ont comparé la surmortalité toutes causes confondues dans plusieurs pays lors de la première vague. Verdict : "L’Autriche et le Danemark ont ​​connu une augmentation précoce du nombre de cas, mais ont mis en place des verrouillages peu après et ont utilisé des tests efficaces, la recherche des contacts et l’isolement pour contenir l’épidémie et son effet sur la mortalité. À l’autre extrême, l’Italie, qui était l’épicentre européen initial de la pandémie, l’Espagne, les Pays-Bas, la France et le Royaume-Uni n’ont mis en place des mesures de verrouillage qu’après que le nombre de cas et de décès a atteint des niveaux tels que l’épidémie a continué pendant semaines."

En clair : mieux vaut agir le plus tôt possible pour ménager un maximum de secteurs de la société. La Nouvelle-Zélande (qui n’a certes rien de comparable avec la Belgique en termes de superficie et de densité de population) a ainsi réussi à casser sa courbe de cas en mettant en place un confinement de trois semaines dès la découverte d’un nouveau foyer épidémique en août.

En Israël aussi, la mise en place d’un nouveau confinement a eu de l’effet. "La surprise, c’est que ça a marché plus vite et que les cas ont baissé plus rapidement que lors du premier lockdown", écrit sur Twitter Eran Segal, professeur au département d’informatiques et de mathématiques appliquées du Weizmann Institute of Science.

Un confinement total comme en mars n’est pas à l’ordre du jour. Cette option est pour l’instant exclue par Yves Van Laethem qui y voit un dernier recours. Le médecin plaide plutôt pour des lockdowns régionaux en fonction de la situation.

Emmanuel André est, lui, bien plus ferme. "On va droit dans le mur, estime-t-il. Le confinement est nécessaire. Il n’a pas encore été nommé par le monde politique. Il est aujourd’hui la seule option qu’il nous reste."

Pour Emmanuel André, il s’agit à présent de "faire des choix de société" et de décider quelles sont les activités essentielles à maintenir. Le dernier comité de concertation a fait porter à l’horeca la responsabilité économique de limiter l’épidémie. Ce choix sera-t-il suffisant ? Il est trop tôt pour l'affirmer avec certitude étant donné le décalage entre l’annonce d’une mesure et ses effets dans les chiffres.


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Jusqu’ici les autorités ont été claires : il faut faire tourner l’économie et garder les écoles ouvertes.

La culture et le sport, qui payent malgré tout un lourd tribut, peuvent pour l’instant tourner au ralenti. Mais un nouveau comité de concertation prévu ce vendredi 23 octobre pourrait changer la donne. En attendant, Valérie Glatigny (MR), la ministre des Sports de la Fédération Wallonie-Bruxelles, recommande aux clubs d'annuler les compétitions amateurs prévues ce week-end.

Sauver la Saint-Nicolas et les fêtes de fin d’année

Agir maintenant, c’est aussi permettre que les fêtes de fin d’année se passent de la meilleure façon possible. On est en octobre, mais la Saint-Nicolas n’est pas loin. Certaines grandes surfaces accueillent le grand saint dès la mi-novembre.

Il y aura ensuite Noël, puis le Nouvel An qui sont des moments de rencontre et de partage. Pour que les familles et les amis puissent se retrouver en bulle élargie, il faudra que le pic soit bien derrière nous.

C’est d’ailleurs le souhait affiché d’un pays comme l’Irlande qui reconfine sa population ce mercredi. Dans l’espoir de "célébrer Noël correctement", selon les termes du Premier ministre Micheál Martin, les Irlandais seront assignés à résidence pour six semaines. Une première dans l’UE depuis le printemps, mais les écoles resteront ouvertes. "On demande à tout le monde dans le pays de rester chez soi", a affirmé lundi le chef d’Etat.

Pour gagner du temps

Limiter les activités de certains secteurs permettra aussi de gagner du temps pour organiser une meilleure stratégie de testing et de tracing. Une tâche qui n’a pas été mise en place de façon optimale entre mai et septembre, comme en témoigne la saturation de centres de tests ces derniers jours. D’autres solutions que les tests PCR avec un écouvillon dans la narine existent. Reste à les autoriser si elles ont fait leurs preuves ou à les systématiser.


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CONTRE

Une économie à bout de souffle

Le confinement des mois de mars et avril a porté un coup très dur à l’économie. Depuis mars, ce sont 12 milliards d’euros qui ont été empruntés pour sauver l’économie. Le gouvernement emprunte à tour de bras pour soutenir l’Horeca, payer les chômages temporaires et les droits passerelle.

Se pose alors la question de savoir qui payera l’addition finale et surtout des moyens qui seront mis en place pour remplir le fossé de la dette. Dans le même temps, les pays qui ont agi tôt s'en sortent économiquement mieux que ceux qui ont laissé le virus se répandre avant de prendre des mesures parfois lourdes de conséquences. Rien n'est simple...


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Une crise sociale avec des inégalités qui se creusent

Les effets de la crise se font sentir pour les banques alimentaires et pour la Croix-Rouge. Cette dernière a lancé un cri d’alarme mi-octobre. "Nous distribuons en moyenne depuis mars 9000 colis alimentaires par mois. Rien qu’à Bruxelles les demandes sont multipliées par cinq. Si ça continue comme cela, et avec la reprise de la pandémie, nous craignons de ne pas pouvoir aider tous ceux qui font appel à nous", expliquait alors la porte-parole de l’organisation, Nancy Ferroni.

Pour une partie de la population, un nouveau confinement aurait des effets dévastateurs. Interrogée dans "Le Grand Oral" sur La Première le 17 octobre, Céline Nieuwenhuys, secrétaire générale de la Fédération des services sociaux et ex-membre du GESS (le groupe en charge jusqu’en août de l’exit strategy), faisait cette déclaration : "On a pris des décisions qui correspondaient à une espèce de classe moyenne supérieure."

Et d’ajouter : "En ce qui concerne le social dont je m’occupais, rien de ce qui était dans les revendications n’a été mis en œuvre par les autorités, à part le soutien aux CPAS au mois de juillet et 50€ par mois pendant 6 mois pour les ménages précaires… […] En ce qui concerne les matières sociales, j’ai constaté que le fédéral est bien plus déconnecté des réalités de terrain que les régions, c’est comme si le fédéral découvrait la crise sociale." Cette facture-là aussi, un jour, il faudra la payer.

Fermer les écoles : personne ne veut revivre le scénario du premier confinement

Des milliers d’élèves se sont retrouvés à la maison pendant plusieurs semaines cette année. Tous n’étaient pas égaux en matière d’accès à internet, de matériel informatique, de disponibilité des parents, d’accès aux cours de soutien…

Maintenir les écoles ouvertes à tout prix, le choix n’est pas encore remis en question. Car il faut que les parents puissent travailler. Et la suspension des cours entre mars et juin a laissé des traces… Une enquête menée par la Fédération Wallonie-Bruxelles en juin dernier avait conclu que, lors du confinement et pendant la rentrée de septembre, le soutien pédagogique et social des enseignants était "primordial".

Comment maintenir ce lien si des mesures plus restrictives sont mises en place ? Comment assurer l’égalité de l’accès aux savoirs ? Pendant le confinement 15% des élèves seulement ont eu des contacts "de vive voix" avec leur professeur au moins deux fois par semaine.

L’enquête de juin dernier a par ailleurs montré "que les élèves socialement moins favorisés, les élèves fréquentant l’enseignement de qualification, les élèves qui ont redoublé et les élèves à risque de décrochage sont moins souvent retournés à l’école, et que ceux qui sont restés chez eux redoutaient davantage d’être contaminés. La crainte d’une amplification des inégalités scolaires et sociales en raison du confinement et d’un retour à l’école non obligatoire se confirme donc".

Signalons que les établissements scolaires sont passés ce mercredi au code orange "adapté" avec un maintien des cours "en présentiel". Ce passage en code orange se fait cependant "sous réserve de ce qui sera décidé en comité de concertation vendredi", précise la ministre Caroline Désir.

Plomber un peu plus le moral des citoyens

Et le moral des Belges dans tout ça ? Comment rester optimiste quand on est sur le point de perdre son emploi ? Ou qu’on l’a déjà perdu à la suite du confinement et qu’on peine à revenir sur le marché du travail ? Comment tenir bon alors que les jours raccourcissent, qu’il pleut et qu’on passe dans quelques jours à l’heure d’hiver ?


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"Nous sommes des animaux sociaux : en situation d’incertitude, on a un besoin irrépressible de nous tourner vers les autres pour chercher des signaux réconfort, et le fait de voir chez les autres des signaux de réconfort est une aide très précieuse, donc ne sous-estimons pas nous-mêmes l’aide qu’on peut apporter aux autres", analysait Vincent Yzerbyt, psychologue social à l’UCLouvain interrogé la semaine dernière dans le journal télévisé.

A ce sujet, signalons que l’Agence pour une vie de qualité (AVIQ) a rassemblé sur son site internet "des ressources pour vous aider à prendre soin de vous et à trouver du soutien" en cette période.


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JT du 20/10/2020

L'Irlande est le premier pays d'Europe à reconfiner sa population

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