Un mort du Covid-19 dans une maison de repos de Berchem-Sainte-Agathe : la peur de la contagion

Un mort du Covid-19 dans une maison de repos de Berchem-Sainte-Aganthe : la peur de la contagion
Un mort du Covid-19 dans une maison de repos de Berchem-Sainte-Aganthe : la peur de la contagion - © Tous droits réservés

C’était la grande crainte des maisons de repos et elle est en train de se concrétiser. Au Val des Fleurs, le home du CPAS de Berchem-Saint-Agathe, six résidents ont été testés positifs au Covid-19, l’un d’entre eux est décédé, il y a une dizaine de jours, quatre autres sont toujours hospitalisés.

La famille de la personne décédée a eu des contacts avec des personnes qui revenait de l'étranger après les vacances de carnaval, c’est probablement par ce canal qu’elle a été contaminée. Depuis, la plus grande inquiétude règne dans la maison de repos. " Nous espérons que cela va s’arrêter là, nous dit Jean-François Culot, président du CPAS, nous prenons toutes les précautions, mais mardi, dans deux jours, nous allons tomber à cours de masques FFP2. On nous en a promis 1400, mais s’ils n’arrivent pas, c’est la catastrophe ". Ce soir, il nous confirme que les masques vont arriver.

Pénurie de masques

Même son de cloche au sein du personnel soignant. Une aide-soignante, nous l’appellerons Sylvie, nous confie : "Depuis la semaine dernière, nous nous protégeons au maximum. Masques et gants. Mais nous n’avons pas assez de FFP2, les seuls masques qui nous protègent totalement, donc nous sommes obligés de garder le même masque toute la journée, alors que la procédure, c’est quatre heures. Nous espérons vraiment avoir une arrivée de matériel de protection rapidement".

Un infirmier confirme, nous l’appellerons Pierre : "Nous avons reçu deux boîtes de masques. Ce n’est rien du tout. Ça suffira à peine pour le week-end. Nous n’en avons pas assez, tout comme les blouses. C’est une blouse par personnel soignant et un masque par personne, que nous portons toute la journée".

Beaucoup de résidents ont des symptômes Covid-19

A l’étage des personnes désorientées, là où l’épidémie s’est déclarée, c’est devenu très compliqué :" Les résidents ne comprennent pas, nous raconte notre aide-soignante, la plupart sont atteints de démence. Dès qu’on a le dos tourné, ils sortent de leur chambre, alors qu’ils sont confinés. On les retrouve en contact avec un autre résident. A cet étage, tout le monde a de la fièvre et de la diarrhée. Je pense que beaucoup sont infecté par le coronavirus".Précisons qu'aucun d'entre eux n'a été diagnostiqué. Le président du CPAS nous dit que le médecin responsable suit la situation de très près.

Pour ne rien arranger, le taux d’absentéisme est énorme au Val des Fleurs, où un nombre important de travailleurs est sous certificat médical. "Le personnel soignant, le personnel de logistique et de nettoyage est en sous-effectif, confirme Jean-François Culot. "Beaucoup de gens ont eu peur d’être contaminés, ou bien ils avaient des symptômes, alors ils ont téléphoné à leur médecin, et ils sont en maladie".

"A notre étage, on n'arrête pas une minute"

"Nous sommes épuisés, ajoute Sylvie, on ne tiendra pas très longtemps comme ça. On n’a même plus le temps d’écrire les rapports, on ne s’assied plus. C’est une situation que je qualifierais d’apocalyptique. Les kinés, les ergothérapeutes, tous ceux qui sont là nous aident pour les soins. Nous avons des intérimaires, mais ils ne sont pas suffisamment habitués à nos pensionnaires. C’est très difficile pour eux. Nous faisons énormément d’heures supplémentaires, et nous voyons nos résidents qui souffrent ".

La semaine dernière, il y a eu sept décès. C’est énorme. Le médecin de la maison de repos dit qu’on ne peut pas affirmer qu’ils sont dus au Covid-19, mais ce qui est certain, c’est que les résidents sont très perturbés. Ils n’ont plus leurs repères habituels, plus de visites. Ils sont confinés en chambre. Le président du CPAS évoque des " dégâts collatéraux liés à la perte de liens sociaux".

Conscient de gravité de la situation, le bourgmestre de Berchem-Sainte-Agathe a promis des moyens supplémentaires, et notamment des équipes chargées d’une désinfection plus soutenue.

" Nous manquons de solutions hydroalcooliques, nous dit Pierre, l’infirmier. J’appelle au secours, toute aide extérieure sera la bienvenue ".

Donner la priorité aux maisons de repos

Même appel à l’aide de la part du secrétaire général du CPAS, Martin De Drée : "J’invite les pouvoirs publics à prioriser les maisons de repos. Nous manquons de matériel de protection. Et j’appelle toutes les maisons de repos à respecter les règles de confinement. Il y a encore trop de maisons où les résidents ne sont pas isolés en chambre".

Combien de temps cela va-t-il durer ? La ministre de la santé Maggie De Block a dit qu’on en avait pour huit semaines. Combien de temps vont-ils tenir dans ces conditions, Pierre et Sylvie ? " Si on ne vient pas travailler, qui va s’occuper d’eux ? Mais on a peur de tomber malades nous aussi. On sait que quand on est fatigué, on a plus de risque d’attraper le Codiv-19. Et nous ne voulons pas contaminer nos familles, mais comment faire ? ".

"Si on ne nous vient pas en aide, on va au-devant de sérieux problèmes, ajoute le président du CPAS de Berchem-Sainte-Agathe. Nous sommes dans une spirale négative. Nous avons probablement d’autres cas de Covid-19 dans la maison de repos. Nous sommes très inquiets". Mais Jean-François Culot souhaite rassurer les familles : "Nous avons engagé des intérimaires, du personnel des centres de jour viendra renforcer nos équipes, ainsi que du personnel du CPAS, pour l'entretien et la logistique. Nous mettons tout en oeuvre pour gérer cette crise".

Le Val des Fleurs n’est certainement pas un cas isolé. On apprend aujourd’hui que dans une maison de repos de Sint-Paul, en Flandre occidentale, 19 résidents ont été déclarés avec des symptômes de coronavirus, et qu’une personne est décédée.

Nul doute que le pic d’infection annoncé touchera aussi les maisons de repos, où vivent nos aînés, la population la plus à risque de cette pandémie dont on découvre l’ampleur avec stupeur.

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