Un micro laissé ouvert aux toilettes : cette vidéo date de 2015 et n'a pas été tournée lors d'une réunion coronavirus

Faire du neuf avec du vieux : c’est le principe du recyclage qui s’applique également à certaines vidéos virales. C’est le cas de cette séquence particulièrement gênante captée en mai 2015 lors d’un conseil municipal à Georgetown, dans l’Etat du Texas aux Etats-Unis. Sur les réseaux sociaux, ces derniers jours, en pleine pandémie mondiale de coronavirus, la vidéo refait surface. Pour quelle raison ? Elle est désormais datée du mois de mars ou début avril 2020 et présentée comme ayant été captée en pleine réunion Covid-19. C’est totalement faux !

Rappel de ce buzz. En plein débat politique, le maire Dale Ross est pris d’une envie pressante. Il se rend aux toilettes. Mais, il oublie de couper son micro sans fil. Le moment de gêne commence : sur le trône, l’élu se libère. C’est particulièrement intime mais surtout bruyant. Pas besoin de faire dessin ! Résultat : Rachel Jonrowe, qui a repris la présidence de la réunion est prise d’un fou rire. Un fou rire au moment où elle aborde un sujet sérieux. Elle parle de "ces infections mortelles" et de la nécessité de faire appel "aux représentants du gouvernement".

Infection, mort, gouvernement : le lien avec le coronavirus est fait

Infection, mort, troubles intestinaux aux toilettes, gouvernement : le lien avec le Covid-19 est fait ! Les références involontaires continuent : "préoccupations soulevées récemment", "il faut d’abord entreprendre des actions locales"… La disposition de la salle, également, peut interpeller : il n’y a que trois personnes dans le public. Hypothèse : les administrés sont confinés à la maison et les rares personnes présentes appliquent la distanciation sociale.

L’élu dont tout le monde se gausse en termine et tire la chasse. Rachel Jonrowe n’en peut plus. Le maire revient dans la salle et le moment de gêne se poursuit. Rachel Jonrowe, littéralement sous la table, tente de poursuivre. A ce moment, elle parle de "ces maladies qui ne connaissent aucune frontière". Encore un lien avec le coronavirus ! Mais c’en est trop ! Le maire se rassied et est informé de ce qui vient de se passer. Il ne sait visiblement plus où se mettre. Fin de la vidéo !

Il y a cinq ans, cette dernière est partagée par les internautes du monde entier et de très nombreux articles de presse en parlent. La RTBF s’en est fait également l’écho dans un article (à lire ici).

Grâce à Donald Trump ?

Le maire devient une petite vedette et s’exprime l’année suivante dans la presse locale : "Non, ce moment ne m’a pas gêné." Mais ce qui aurait dû rester l’une des vidéos les plus hilarantes de 2015 a connu une seconde vie cinq ans plus tard. Grâce à qui ? Peut-être Donald Trump. A la mi-février dernier, le président américain retweete sans véritable raison une vidéo éditée de l’incident auprès de ses 72 millions de followers. Le coronavirus est déjà d’actualité dans le pays mais pas encore une préoccupation majeure pour l’occupant de la Maison blanche.

Sur la version de 2020 retweetée par le président US, un compte est mentionné, @nishaburiya avec une indication en arabe. Est-ce l’auteur de cette vidéo (3,5 millions de vues) remise intelligemment – serait-on tenté d’écrire – au goût du jour ? D’autant que la bande-son de la vidéo originale (à voir ci dessous) a été modifiée. En 2015 le maire urinait, en 2020 il est pris de flatulences. En outre, l’intervention de la conseillère a été remontée pour ne conserver que les moments qui pouvaient être raccrochés au coronavirus. Enfin, la vidéo a été amputée de 45 secondes environ et se termine par des rires aux éclats.

A moins que ce ne soit l’œuvre de l’administrateur du compte Youtube Disclosed News qui totalise, lui, déjà plus de sept millions de vues… La vidéo mise en ligne le 16 mars dernier semble pourtant masquer le nom du compte @nishaburiya.

En tout cas, tout a été fait pour pouvoir la relancer sur les réseaux sociaux en lui apportant une autre "saveur", en la plaçant dans un contexte anxiogène récent. La version 2020, qui joue sur le contraste entre le sujet abordé et la situation malaisante, buzze à nouveau et totalise quantité de visionnages et de partages, davantage même que la version 2015 selon nos premières constatations. Mais pas certain que cela fasse aujourd’hui rire les intéressés.