Un médicament pour patients bipolaires a triplé de prix, quelles conséquences?

À la suite d’une rupture de stock du traitement remboursable Maniprex, les patients souffrant d’un trouble bipolaire ont récemment dû opter pour un médicament non remboursé, le Camcolit.

L’entreprise pharmaceutique Essential Pharma, qui fabrique ce médicament, a ensuite décidé de tripler le prix de ce médicament : la boîte coûte désormais 27 euros au lieu de 9,44 euros. La RTBF a tenté en vain de contacter la firme pharmaceutique pour connaître la raison de cette hausse de prix.


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Comment le prix d’un médicament est-il fixé ?

Pour pouvoir augmenter le prix d’un médicament, l’entreprise pharmaceutique doit introduire une demande auprès du SPF Economie. C’est le ministre de l’Économie qui a le dernier mot. Sur le site du SPF, on peut lire comment les responsables politiques prennent en théorie leur décision : "Le ministre de l’Economie concilie à la fois les intérêts des consommateurs et de l’assurance maladie-invalidité et ceux des entreprises qui plaident pour un nouveau niveau de prix acceptable. Il doit par ailleurs fournir à l’industrie pharmaceutique les moyens nécessaires à son développement et lui assurer un niveau de rentabilité suffisant pour permettre, entre autres, d’investir dans la recherche et le développement."

Test-Achats exige que le SPF Economie explique pourquoi il a accepté d’augmenter les prix de ce médicament. L’organisation de défense des consommateurs estime que les fabricants de médicaments "abusent de leur position de monopole pour faire flamber leurs prix".

Contacté par la RTBF, le SPF estime pour sa part qu’"il n’est pas opportun de communiquer sur ce dossier".

Pas de remboursement

Dr Wolfgang Schuller, médecin à l’unité d’urgence psychiatrique des cliniques Saint-Luc, estime que la hausse du prix est problématique : "C’est un médicament relativement bon marché, mais les patients doivent le prendre pendant toute leur vie. À la longue, ça fait beaucoup."

Contrairement à Maniprex, Camcolit n’est pas remboursé par l’État. Si elle le veut, une entreprise pharmaceutique peut demander à l’Inami, l’Institut national d’assurance maladie-invalidité, que les patients obtiennent un remboursement de son médicament. La ministre fédérale à la Santé, Maggie De Block, a demandé à l’INAMI d’essayer de persuader Essential Pharma de demander un remboursement.

Conséquences dangereuses

Selon Dr Wolfgang Schuller, il est important de prendre le traitement tous les jours car il a un effet préventif : "Il faut garder le même taux dans le sang de manière constante. Si on varie trop, le médicament peut perdre en efficacité ou, si on en prend de trop, ça peut être toxique", ajoute le médecin.

La plupart des patients sont des personnes fragilisées et ne peuvent pas travailler en raison de leur maladie. Dr Wolfgang Schuller précise : "Ils surestiment leur capacité : quelqu’un pense qu’il peut voler, sans s’en rendre compte, il va sur un toit et peut chuter."

Le fait de devoir payer plus peut aussi décourager les patients à continuer à acheter les médicaments. Et les conséquences peuvent être graves pour les patients qui arrêtent leur traitement, selon le spécialiste de Saint-Luc : "Ça peut être très dangereux de l’oublier, ils peuvent perdre le contrôle de leurs actes et le sens de la réalité. S’ils n’ont pas de médicaments, cela peut entraîner des variations très fortes d’humeur. Ils peuvent passer de l’état euphorique avec agitation à des états dépressifs où ils sont incapables de bouger."

Archives: Journal télévisé 28/02/2019

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