Un Louviérois fait sensation au Québec avec son vin… de tomate

Pascal Miche est un viticulteur un petit peu particulier. Dans son jardin, dans la région de Charlevoix au Québec, il n’y a pas de vignes. Mais il y a six milles plants de tomates bien alignés. Depuis huit ans, le Belge produit le seul vin de tomates jamais élaboré. Une histoire rocambolesque, entre deux continents.

Une histoire de famille

Tout commence en 1938, à Houdeng-Gœgnies dans le Hainaut. A l’époque, Pascal n’est pas encore né. Mais son arrière-grand-père Omer, lui, ne sait plus quoi faire de toutes les tomates de son potager. "A l’époque, on ne parlait pas de congélation mais bien de stérilisation", explique Pascal Miche. "Mais comme il n’avait plus de bocaux, Omer a cherché une idée pour ne pas gaspiller ses tomates et il a commencé à faire des essais d’alcool et d’apéritif. Malheureusement, il est mort avant de trouver la recette et je lui ai promis, du haut de mes douze ans, que j’allais continuer son histoire", ajoute-t-il.

Pascal Miche fait des études d’œnologie, il se forme aussi en boucherie-charcuterie et la vie l’amène au Québec. Il tombe amoureux d’une Québécoise, Lucie, et de la région de Charlevoix où ils s’installent ensemble. C’est sur ces terres qu’il réalisera le rêve d’Omer.

Bien choisir les tomates

Première étape: la récolte. Dans son jardin, Pascal plante 6000 plants de tomates de six variétés différentes. "Je suis allé rechercher d’anciennes variétés qui ont su combattre les maladies et qui sont acclimatées aux températures du Québec", explique le Belge. 

Des tomates noires, jaunes et rouges, involontairement aux couleurs de la Belgique. Pascal et Lucie, aidés de quelques amis, les ramassent à la main chaque année pendant quelques jours, entre la fin août et la mi-septembre.

Les tomates sont ensuite lavées et concassées à la main avant d’être congelées afin d’augmenter la concentration en sucre. "La suite ressemble au processus de vinification traditionnel", explique Pascal. "La tomate décongelée va être entreposée dans une cuve de fermentation, il y aura aussi les étapes de filtration, de refroidissement, l’écoulage et le pressurage et puis, in fine, la mise en bouteilles", ajoute-t-il.

Des années de bataille

Pour arriver à ses fins, Pascal Miche a tout de même dû mener de rudes batailles. D’abord, il a fallu trouver des financements et les banques n’étaient pas particulièrement partantes. C’est finalement une société d’aide au développement local qui a cru en lui. Et en son projet un peu fou.

"Le domaine banquier a toujours peur des nouveautés alors que nous, c’est notre pain et notre beurre", explique Pascal Harvey, le directeur général de la Société d’aide au développement de Charlevoix. "Quand on rencontre Pascal Miche, il est tellement convaincant et il connaît tellement bien son domaine qu’on y croit immédiatement et on a bien fait parce qu’il maintenant très connu dans la région", ajoute-t-il.

Autre bataille et pas des moindres : celle qui a opposé Pascal Miche à la Régie des Alcools du Québec. "Ce qu’il faut savoir, c’est qu’en Amérique du Nord, il n’y a que le fruit ou le petit fruit qui peut être vinifié", raconte le Belge. "Or, la Régie des Alcools du Québec considérait la tomate comme un légume, pas comme un fruit. J’ai mené une rude bataille pendant dix ans, en remontant l’histoire de la tomate jusqu’au quinzième siècle et en allant même jusque devant les tribunaux", se souvient Pascal.

Il a finalement obtenu son permis en 2011 et s’est lancé dans l’aventure. Aujourd’hui, il a atteint son rythme de croisière et produit 12.000 litres de vin de tomates par an.

Mais alors ça a quel goût ?

C’est la question qui revient sans cesse. Et la réponse de Pascal est la suivante: "Ça ne goûte pas du tout la tomate. La grande question que le client doit se poser, c’est: "Est-ce que le vin goûte le raisin?" On est dans quelque chose de nouveau, dans une zone d’inconfort, donc il y a tout une éducation qui doit être donnée à côté du produit", insiste le producteur belge. Son vin sec se rapproche plutôt du saké ou de la grappa. Son moelleux a des airs de Pineau des Charentes.

Pascal Miche espère maintenant se faire connaître dans sa Belgique natale. De nouvelles complications administratives en perspective…. Mais il ne lâchera pas. Pour Omer.

Pascal Miche a trouvé un distributeur à Nivelles. Il sera présent en personne au salon Megavino de Bruxelles les 11, 12 et 13 octobre 2019.

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