Un jour, je serai entrepreneur de pompes funèbres

Il se souvient d'une fascination très précoce pour les corbillards et le visage de Nicolas Jenke s'illumine lorsqu'il évoque ses débuts dans l'univers de pompes funèbres. Étudiant, il avait commencé par le sablage des pierres tombales et les préparations de cercueils. Viendront ensuite les toilettes funéraires et l'organisation des enterrements. "Cela a démarré par la fascination des corbillards et c'est devenu une véritable vocation" avoue ce jeune trentenaire qui officie aujourd'hui dans une grande entreprise de pompes funèbres à Bruxelles.

Contrairement à une habitude bien ancrée dans le secteur, Nicolas Jenken, n'a pas hérité d'une expérience familiale pour faire son trou sans la profession. Cléo Duponcheel non plus.

Des études de vétérinaire à la thanatopraxie

Après avoir commencé des études de vétérinaire, la jeune femme a suivi une formation en thanatopraxie, entendez les techniques de conservation des corps et intervient désormais à la demande des familles ou des entreprises de pompes funèbres. Aujourd'hui, elle transmet aussi ses connaissances à ceux qui se découvrent, à leur tour, une vocation. En effet, depuis cet automne, à Uccle, l'EFP (formation en alternance) a ouvert une nouvelle section. On y propose une formation d'agent ou d'entrepreneur de pompes funèbres, avec pour objectif de former du personnel capable de conseiller, soutenir et accompagner les familles lors de la perte d’un proche. Ils pourront également organiser les funérailles, assurer le suivi administratif et gérer leur propre entreprise.

Ce matin, Cléo entre dans la classe en tirant derrière elle, une grande valise bleue qui contient tous les produits ou équipements nécessaires à la préparation du corps d'un défunt. Devant elle, plusieurs étudiants ont trouvé place, dont Isaline Bernier, 19 ans. La jeune fille a déjà effectué un stage de seize heures dans une entreprise de pompes funèbres et a assisté à plusieurs toilettes funéraires. A l'issue de ce premier contact avec la réalité du métier, elle se sent confortée dans son choix : "c'est vraiment un métier qui me correspond bien, avec à la fois un aspect social, le soutien aux familles et la préparation respectueuse du défunt". Dans la classe, sa voisine avait déjà une expérience de travail aux côtés des défunts mais elle reconnait redouter un peu de devoir se pencher un jour sur le corps d'un enfant.

"Mais tu es folle, c'est un métier macabre!"

Ces craintes ne sont toutefois pas de nature à décourager Sarah Mertens. "Même si c'est un métier un peu spécial, je veux soutenir les familles et leur permettre de dire au revoir au défunt dans les meilleures conditions possibles". Ysaline aussi a déjà essuyé quelques commentaires sur sa vocation. "Alors, parfois, je préfère me taire. Ils l'apprendront bien assez tôt! ".

Pour l'heure, il est temps de se pencher sur les instruments que Cléo Duponcheel, la formatrice a disposé devant elle. Voici le couvre-oeil, rond ou ovale, indispensable pour dissiper les effets de la déshydratation. L'aiguille, pour recoudre la bouche, le scalpel... Photos à l'appui, la formatrice initie Sarah, Isaline et les autres à son art, un peu morbide, il faut le dire!

On est loin du croque-mort de Lucky Luke

En Wallonie et à Bruxelles, des formations sont donc désormais dispensées aux croque-morts de la nouvelle génération. Mais attention, plaide Cléo Duponcheel, on est loin des clichés montrant un vieux monsieur barbu coiffé d'un chapeau haut-de-forme. Selon la jeune femme, ce métier évolue et se féminise de plus en plus. "Je ne me suis jamais sentie aussi vivante que depuis que je le pratique", conclut-elle.

Le nombre de décès va forcément augmenter en Belgique

Le bureau fédéral du Plan a établi des projections sur le nombre de décès au cours des quarante prochaines années. De 110.000 environ aujourd'hui, on estime que ce nombre passera progressivement à 133.000 en 2054. Ces chiffres sont la conséquence du boom démographique constaté depuis la fin de la deuxième guerre mondiale (le fameux baby-boom) et de l'augmentation naturelle de la population chez nous. Nul doute que les entreprises de pompes funèbres s'y préparent et elle auront probablement besoin de main d’œuvre qualifiée pour y répondre.

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