Un Jour dans l'Info: le naufrage du Koursk

Le sauvetage impossible d’une centaine de marins, prisonniers au fond de la mer, dans cet épisode. Voici l’histoire du naufrage Koursk, sous-marin de l’armée russe.

Nous sommes le lundi 14 août 2000. Les médias officiels russes viennent de recevoir un fax du porte-parole de la Marine Le Koursk, rutilant sous-marin de la flotte militaire, a coulé en Mer de Barents. Le message évoque un Incident technique mineur. Rapidement, la nouvelle s’étend aux médias internationaux et sur base des dépêches, la situation est encore très floue. Dans ces premières informations, presque rien n’est vrai. Entre désinformation et sauvetage de la dernière chance, c’est le début d’un feuilleton qui va tenir le  monde entier en haleine pendant une semaine… 

Tout a commencé 15 jours plus jours plus tôt, à Baltiisk, au bord de la Mer Baltique. La marine russe parade devant le tout nouveau Président, Vladimir Poutine. L’homme est à la tête de la Russie depuis quelques mois et il veut restaurer la puissance l’armée rouge qui s’est largement dégradée depuis la chute de l’Unions Soviétique. En cette fin juillet, la parade navale de Baltiisk doit rappeler au monde , selon les mots de Vladimir Poutine, que " la Russie est une force incontournable sur les océans de la planète ".

Et pour faire la démonstration de cette puissance, un exercice est programmé le samedi 12 août en Mer de Barents, au large de Severomorsk, chantier naval militaire. Le jour dit, à 8h du matin, les opérations démarrent. Navires, avions, porte-avions, sous-marins participent à la manœuvre. Parmi eux, le KOURSK, dernier né des 10 sous-marin d’attaque nucléaire russes : 154 m de long, armés de missile à tête nucléaire et de torpilles d’un nouveau genre, les shkval.

Les Occidentaux disposent de très peu d’informations sur le Koursk, raison pour laquelle de nombreux navires d'espionnage étrangers quadrillent la zone, dont 2 sous-marins américains. A 11h 29, la coque de tous ces bâtiments tremble. Une explosion vient d’avoir lieu en Mer de Barents. Deux minutes et quinze secondes plus tard, à 11h31, un deuxième explosion, au moins 100 fois plus puissante survient. Elle est enregistrée par tous les sismographes d’Europe, jusqu’en Alaska.

Nous sommes le samedi 12 août et les Russes ne disent rien. Au moment des deux explosions, Vladimir Poutine quitte Moscou pour des vacances au bord de la Mer Noire. Pourtant le Koursk vient de couler par 108 mètres de fond. Il faudra donc attendre le lundi soir pour que l’information soit rendue publique. La Russie refuse toute aide extérieure, et dit percevoir les appels à l’aide de sous-mariniers qui tapent sur la coque du Koursk, en morse. Mais en Mer de Barents malgré les tentatives, le sauvetage n’avance pas. Les familles de militaires, la population commence à s’inquiéter.

Le 16 août. Nous sommes mercredi. Au bout de 5 jours d’absence, Vladimir Poutine finit par apparaître à la télévision. Tenue décontractée, il porte un polo beige clair. Le président est toujours en vacances dans le sud de la Russie. Et Il répond laconiquement aux journalistes. Pendant que Vladimir Poutine termine ses vacances, les familles de militaires reçoivent très peu d’informations. La liste des militaires à bord du sous-marin finit par fuiter dans la presse, achetée par un journal russe, à un officier corrompu.

Il faudra une semaine, pour que l’état-major finisse par rencontrer les victimes. Dans une salle aux murs oranges, des mères, des femmes, des sœurs, le visage recroquevillés sur leur mouchoirs essuient leur tristesse et leur inquiétude devant le Vice-premier-ministre Iliak Lebanov. Tout à coup, la mère d’un des marins, cheveux courts blonds dressés sur la tête hurle violemment sur le Vice-premier-ministre. Une explosion de colère jusque là impensable en Russie. Une médecin s’approche de la mère avec une piqûre anesthésiante. La mère s’écroule. Les militaires évacuent la presse de la salle. Mais les images sont en boîte. Et elles vont faire le tour du monde.

Le Koursk a coulé il y a une semaine et le monde ignore si il y a des survivants. Pour les autorités russes, la situation commence à être hors de contrôle. Alors Vladimir Poutine finit par accepter l’aide étrangère. Un bateau norvégien, sur lequel un mini-sous-marin britannique a été embarqué arrive. Les plongeurs norvégiens et britanniques descendent directement jusqu’au sous-marin. Mais l’espoir est de courte durée. Les plongeurs norvégiens et britanniques ouvrent le sas en 25 minutes. Le Koursk est totalement inondé. Tous les marins sont morts.

Le soir-même, l’Amiral Popov, en charge des opérations de la Flotte du Nord, s’adresse aux Russes à la télévision. La soir est tombé sur la Mer de Barents. A l’arrière-plan, un énorme navire scintille. L’Amiral Popov regarde la caméra :

“Nous sommes envahis par le chagrin, mais la vie continue. Pardonnez-nous pour vos enfants. Pardonnez-nous pour vos fils”. Il retire son képi. “Pardonnez-moi de n’avoir pas été capable de les sauver”

Une enquête lancée fin août 2000 a démontré que les deux explosions étaient accidentelles, causées lors du chargement d’une de ses propres torpilles. On apprendra aussi qu’après les explosions, 23 militaires ont survécu, réfugiés dans un compartiment, où ils sont morts quelques jours plus tard sans pouvoir être sauvés.

 

Retrouvez tous les épisodes d’Un Jour dans l’Info ci-dessous :

Épisode 1 : La création du PTB

Épisode 2 : Valentina Terechkova, première femme dans l’espace

Épisode 3 : Le goal de David Platt

Épisode 4 : L’assassinat du commandant Ahmed Chah Massoud

Épisode 5 : 1975, la défaite d’Eddy Merckx

Épisode 6 : Marvin Gaye à Ostende

Épisode 7 : Le débarquement de Strépy-Thieu

Épisode 8 : L’affaire Monica Lewinsky

Épisode 9 : La disparition de Guy Spitaels

Épisode 10 : La catastrophe de Tchernobyl

Épisode 11 : La disparition d’Anthony De Clerck

Épisode 12 : L’affaire Willy Peers

Épisode 13 : L’assassinat de Naim Khader

Épisode 14 : "Marina" de Rocco Granata

Épisode 15 : L’affaire Lizin

Épisode 16 : L’accord de Schengen

Épisode 17 : La bataille de Seattle

Épisode 18 : La crise de la grippe H1N1

Épisode 19 : Petits meurtres au MR

Épisode 20 : Yaguine et Fodé

Épisode 21 : La fermeture d’Athus

Épisode 22 : Le détournement d’un Boeing de la Sabena

Épisode 23 : Les ouvrières de Salik

Épisode 24 : Surya Bonaly et le salto de Nagano

Épisode 25 : La bataille de l’Eau Noire en 1978

Épisode 26 : catastrophe du Herald of Free Enterprise

Épisode 27 : On a tiré dans les fourons

Épisode 28 : la mort de Frank Vandenbroucke

Épisode 29 : la trahison d’Ecolo

Épisode 30 : Une soirée électorale… mouvementée

Épisode 31 : Serge Reding : quand l’homme le plus fort du monde était belge

Épisode 32 : 1996, la plus longue grève de l’enseignement francophone

Épisode 33 : L’organisation du Grand Prix de Francorchamps

Épisode 34 : 1997, la rétrocession de Hong Kong

Épisode 35 : 1975, le Royaume-Uni restera dans l’Union européenne

Épisode 36 : 1984, le naufrage du Mont-Louis

Épisode 37 : 1988, la bataille de Mons

Épisode 38 : 1989, la chute de Ceaucescu

Épisode 39 : 2000, l’extrême droite au pouvoir en Autriche

Épisode 40 : 2015, la chute due Steve Stevaert

Épisode 41 : 1989, faillite de la ville de Liège

Épisode 42 : La catastrophe oubliée du terril d'Aberfan

Épisode 43: 1990, le Roi Baudouin refuse de signer la loi dépénalisant l'avortement

Épisode 44: La création de MTV

Épisode 45: 1982, la dévaluation du franc belge

Épisode 46: Le naufrage du Koursk

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