"Un indépendant sur six vit dans la précarité", selon le SNI. Vraiment?

"Un indépendant sur six vit dans la précarité", affirme la présidente du SNI. Il semble que son calcul ne tienne pas la route.
"Un indépendant sur six vit dans la précarité", affirme la présidente du SNI. Il semble que son calcul ne tienne pas la route. - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Un indépendant sur six serait pauvre, selon le SNI, le Syndicat neutre des indépendants. Il se base pour cela sur les déclarations de revenus imposables des personnes concernées. En effet, parmi les indépendants à titre principal, un sur six déclare gagner moins de 10 000€ par an soit moins de 833€ par mois. Un revenu inférieur à ce qui est fixé comme le seuil de pauvreté, à savoir 1074€ par mois pour un isolé. Les plus touchés sont les petits commerces, les secteurs de l’Horeca et de la construction.

En moyenne, en Belgique, la pauvreté concerne 15,1% de la population. Ce "tandis que 16,6% des indépendants à titre principal vivent quelque part en-dessous du seuil de pauvreté", relève Christine Mattheeuws, la présidente du SNI s'appuyant sur les chiffres de l’Inasti (Institut national d'assurances sociales pour travailleurs indépendants).

Sur base de ces chiffres d’ailleurs, il faudrait ajouter quelque 68 000 indépendants dont le revenu est… nul. On arrive alors au constat strictement chiffré qu’un indépendant sur cinq (182 000 sur 932 000) déclare des revenus imposables inférieurs au seuil de pauvreté. Soit une prévalence plus importante que dans toute la population belge (y compris les groupes les plus précaires donc). Intuitivement, il y a quelque-chose qui semble ne pas coller dans ce calcul.

"Ces calculs sont en effet peu fiables", nous confirme le porte-parole de l’Union des classes moyennes (UCM), autre organisation active dans la défense des intérêts des indépendants. "Le SNI se fonde en effet sur les revenus imposables mais pour les indépendant cela n’est pas un reflet du niveau de vie", nous explique en effet Thierry Evens. "Les indépendants ont le droit de déduire de leur revenu imposable des investissements liés à leur activité jusqu'à leur amortissement. Cela peut vouloir dire qu’une partie conséquente de leurs revenus n'est pas reprise dans le montant imposable". "Si vous êtes kiné et que vous devez consentir d’importants investissements pour pouvoir vous mettre à votre compte, les années durant lesquelles vous pourrez déduire ces investissements, votre revenu imposable s’en ressentira fortement, mais cela ne reflétera en rien votre niveau de vie", illustre notre interlocuteur.

Tous des isolés?

Autre biais dans le calcul effectué par le SNI : le seuil de pauvreté de 1074€ ne concerne que les isolés. Or, les plus de 180 000 indépendants repris dans les 16,6% concernés ne sont évidemment pas tous des isolés. Un facteur qui biaise d’autant plus le calcul que certains indépendants, vivant par exemple grâce aux revenus de leur conjoint, peuvent être pratiquement inactifs sans pour autant sombrer dans la pauvreté.

Bref, le calcul de la SNI doit être fortement remis en cause. Mais même si le calcul ne tient pas la route, le constat de l’importance de la précarité chez les indépendants, lui, demeure valable, selon l’UCM. Qui se démarque pourtant du SNI sur les conclusions à tirer de cette situation.

Selon le SNI, les indépendants restent globalement plus vulnérables que le reste de la population. "On sait qu’environ 20% des indépendants gagnent très bien leur vie mais pour les autres ce n’est pas toujours facile, ils savent survivre mais ils n’ont pas toujours énormément de réserves", précise Christine Mattheeuws. Pour ces indépendants, le SNI réclame donc un statut plus proche de celui du salarié. "Il n’est pas normal que si un indépendant tombe malade, il ne gagne rien, pas une allocation pendant le premier mois tandis qu’un salarié, lui, en reçoit dès le premier jour d’incapacité de travail".

Une revendication derrière laquelle ne s’aligne pas l’UCM. Pour cette dernière en effet, il faut se méfier des effets pervers potentiels d’une telle revendication. "Il faut être prudent quant rapprochement des statuts. Il ne faudrait pas que cela induise une hausse des cotisations des indépendants", avertit ainsi Thierry Evens.

16,6% ? On serait plutôt entre 12% et 13%

"Le problème de la précarité et du risque de précarité chez les indépendants est très important, environ quatre fois plus important que chez les salariés, on se situe dans un ordre de grandeur comparable aux chômeurs", soit entre 12% et 13%, indique l’UCM, qui se base sur les chiffres d’une étude effectuée par la Fondation Roi Baudouin en 2010.

Un chiffre qui reste donc très élevé. "Comme indépendant, on reste trop mal protégé contre les accidents de vie", conclut Thierry Evens.

Enfin un constat sur lequel SNI et UCM sont d’accord ?

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