Un œil sur demain : Ungersheim, le village alsacien qui fonce vers la transition écologique

La transition écologique, c’est presque devenu un mirage. D’apparence trop complexe, trop cher pour les collectivités. Régions, communes tentent des actions à leur échelle mais la municipalité d’Ungersheim, dans la région de Mulhouse en Alsace, a décidé de son côté de tout tenter. Sous l’impulsion de son maire depuis 30 ans, c’est une transition entamée à vitesse grand V et tous azimuts.

Ancienne cité minière, à quelques kilomètres du centre du village d’Ungersheim, le bruit des sabots de Kozak résonne sur le tarmac de la départementale qui traverse le village. Sébastien, employé communal, encourage le cheval de trait qui tire une calèche. Premier arrêt, rue de la 1re armée française. Dix enfants montent à bord de ce ramassage scolaire version écolo : "On va chercher les enfants les plus éloignés de l’école pour que les parents n’aient pas à le faire, explique Sébastien. Chaque jour on fait un circuit différent, deux fois par jour et ça permet d’économiser sur l’empreinte carbone du transport scolaire". Les enfants apprécient. Malgré la température extérieure, ils connaissent leurs gammes : "C’est plus écologique !", insiste Alix. Rosanna abonde dans le même sens : "C’est mieux qu’en bus ou en voiture et puis, on est avec les copains". Quelques kilomètres plus loin, arrivée à l’école municipale, le temps d’une caresse à Kozak, tout le monde rentre en classe.

Energie, production et économies

L’école elle-même, mais également 6 autres bâtiments municipaux, fait d’ailleurs partie d’un réseau de chaleur. Car à Ungersheim, la production d’énergie renouvelable et écologique est au centre de l’attention depuis plus de 10 ans. Le maire Jean-Claude Mensch entre dans la chaufferie, un pièce maîtresse des économies d’énergie de la petite commune : "C’est la chaudière bois qui permet de chauffer tout le réseau. Elle permet d’économiser 30.000 euros par an. En fait on a commencé par des panneaux solaires sur le toit de la piscine en 1999, c’était assez rare à l’époque. Ici, en 2007, nous avons installé ce système et au bout de deux ans, cela fonctionnait tellement bien que cela s’est enchaîné… C’est le début de l’aventure".

Depuis, les actions se comptent par dizaines. Ces deux dernières années, 18 d’entre elles ont été engagées au titre du TEPCV français (Territoire à énergie positive pour la croissance verte). L’éclairage public notamment a complètement été changé en ampoules LED, ce qui "a permis d’économiser 57% de consommation électrique". D’autres actions ont visé l’isolation de bâtiments publics avec de la fibre de bois, du triple vitrage ou de la ventilation double flux.

Le projet le plus ambitieux de la commune et de son maire : le parc photovoltaïque réalisé en 2012 sur une friche de l’ancienne mine de potasse avec le concours de la commune de Feldkirch voisine mais aussi des promoteurs et investisseurs privés : "L’opération consistait à trouver un développeur de production d’énergie solaire électrique fiable, l’investissement total attendu étant de l’ordre de 17 millions d’euros au total. Le candidat obtenant la gestion du lieu pour le terrain cédé par bail emphytéotique". Ce parc, le plus grand d’Alsace permet de produire de l’énergie pour l’équivalent de 8000 habitants, de quoi couvrir les deux communes et plus encore. Devenu une installation solaire sur toiture, ce parc permet également à des sociétés de s’y installer avec à la clef des créations d’emplois.

 

Habitation et alimentation

Mais la municipalité ne s’est pas arrêtée en si bon chemin. Un Eco-hameau a été construit en périphérie du village et 9 familles ont été aidées par la commune pour l'installation d'un immeuble passif construit avec des matériaux écologiques. Un autre est en projet. Et côté alimentaire, les pouvoirs publics locaux ont également plusieurs hectares de terres organisées en régie agricole. Huit hectares de serres sont gérées par une association de réinsertion de travailleurs, les surplus ou légumes abîmés sont utilisés et conditionnés à la conserverie, également publique: "Nous récupérons les légumes et les conditionnons en bocaux pour l’hiver sous forme de soupes ou de ratatouilles par exemple. Ces produits sont ensuite utilisés dans les cantines scolaires ou vendus dans les magasins locaux. Tout est bio, décrit Martine Schermesser, seule salariée entourée d’une vingtaine de bénévoles. Car ici, c’est aussi ça le projet. Faire participer les gens du village à l’aventure de la transition. Ces projets, dans un premier temps en tout cas, ne sont pas forcément rentables, on rentre juste dans nos frais avec tout le matériel investi mais avec les gens, on y arrive. On essaie de convaincre tout le monde".

Jean-Claude Mensch, maire depuis 1989 "divers gauches", le sait: sans l’adhésion de ses concitoyens, rien ne pourrait fonctionner. Six mandats consécutifs le confortent dans l’idée qu’il est suivi par les habitants. En mars, de nouvelles élections municipales viendront à nouveau questionner l’avis des citoyens. Mais il ne l’imagine pas autrement : "Si on produit local mais que les gens n’achètent pas ces produits… Si on produit de l’électricité mais que les gens ne prêtent pas attention à la façon dont ils la consomment, tout ça ne sert à rien. C’est pour les gens et avec les gens que cela peut fonctionner".

Des projets encore plein la tête. D’autres actions doivent encore voir le jour, "même si parfois ça prend du temps, plus que je ne le voudrais". C’est en tout cas une dynamique, un enthousiasme pour tout essayer et faire d’Ungersheim, un modèle de transition écologique  avec l’espoir d’inspirer bien plus largement.

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