Un iceberg géant à la dérive menace les manchots et les phoques d'une île de l'Atlantique Sud

Un iceberg géant à la dérive menace les manchots et les phoques d'une île de l'Atlantique Sud
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Un iceberg géant à la dérive menace les manchots et les phoques d'une île de l'Atlantique Sud - © Tous droits réservés

C’est un iceberg géant de mille milliards de tonnes, de 160 km de long sur 48 km de large qui est à la dérive sur la route de la Georgie du sud. Il s’est détaché de la plateforme glaciaire Larsen C, collée à l’Antarctique, en juillet 2017, et il se rapproche dangereusement des côtes d’une petite île reculée de la Georgie du Sud, refuge entre autres pour des milliers de phoques et de manchots. Les scientifiques évaluent le risque de collision à 50%.

Le détachement d’iceberg, un phénomène naturel

Alors phénomène exceptionnel ou lié au réchauffement climatique ? Frank Pattyn, glaciologue à l’ULB tempère : "Les détachements d’icebergs sont des phénomènes naturels, qui dépendent de nombreux facteurs. Difficile de savoir si c’est l’augmentation des températures de l’océan ou de l’atmosphère qui en sont à l’origine. Seuls à certains endroits du pôle Sud, où la perte de glace est la plus importante, on constate une accélération du détachement de petits morceaux de glace mais pas de la taille de celui-ci. Dans ces endroits particuliers, la fonte de glaciers s’accélère puis ces glaciers déversent leur glace dans l’océan."

Et de poursuivre, " La plateforme Larsen, d’où est parti notre méga iceberg (surnommé A68a), a déjà vu partir des pans entiers de glace. En 2000, Le Larsen B s’est carrément fracturé en deux sur des km, à cause d’infiltrations d’eau à la surface. Cela avait déstabilisé toute la plateforme. Ce morceau-ci, même s’il est important, ne devrait pas avoir d’impact."

Mais les conséquences sur l’écosystème seront importantes

Mais quelles seront les conséquences sur l’écosystème ? Anton Van de Putte, Biologiste marin et spécialiste de l’antarctique à l’Institut royal des sciences naturelles nous explique : "Cet énorme iceberg a un impact sur la circulation de l’eau autour de lui, il va ainsi déplacer les zones les plus riches en phytoplancton (ensemble d’organismes végétaux de couleur verte) et zooplancton (les kills sortes de petits crustacés qui mangent le phytoplancton). Le résultat, c’est que les animaux habitués à trouver leur nourriture dans ces lieux, doivent aller la chercher plus loin."

En l’an 2000, un iceberg à la dérive avait décimé des populations de manchots

Et de se rappeler que :"C’est ce qui est arrivé, il y a une dizaine d’années en Terre Adelie (à l’Est de l’antarctique) non loin de la base polaire française. Un glacier, transformé en iceberg, a dérivé puis quitté la région. La circulation de l’eau de mer y a complètement changé. Des populations entières de manchots ont été décimées. Ce n’est donc pas l’iceberg qui est l’origine du désastre mais bien le changement de circulation marine."

Mais selon le scientifique, il y a une autre menace pour la faune, si l’iceberg entre en collision avec la petite île refuge de Georgie de Sud, et s’ancre à elle. Là, en petite profondeur, l’iceberg raclera le fond de la mer, il détruira tout ce qui se trouve sur son passage comme un rouleau compresseur. S’il y reste trop longtemps, aucune nouvelle vie ne pourra coloniser la région. La quantité de nutriments provenant de la surface changera également.

La menace pour les phoques et les manchots est réelle

Et c’est sans compter, le fait qu’il représentera un obstacle à l’accès à la mer. Les phoques et les manchots devront le contourner pour aller se ravitailler et ils devront donc dépenser davantage d’énergie. Un cercle vicieux puisque pour compenser la perte d’énergie, ils doivent manger plus. Et si, comme nous l’avons vu plus haut, les planctons se sont déplacés. Ils doivent aller plus loin pour les trouver. Les phoques et les manchots pourraient avoir des difficultés à nourrir leur progéniture. Anton Van de Putte, reste optimiste. Il espère que certaines colonies migreront pour survivre comme ce fut le cas, en "Terre Adelie", où les manchots ont mis du temps à s’en sortir mais aujourd’hui, ils sont revenus.

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