Un gynécologue l'admet, les violences obstétricales sont une réalité

Femme enceinte à la maternité associative à but non lucratif à Paris.
Femme enceinte à la maternité associative à but non lucratif à Paris. - © Belga/AFP

L’accouchement. Un doux souvenir pour certains, douloureux pour d’autres et un mystère pour tous ceux qui ne l’ont jamais expérimenté. On annonce et souhaite un "heureux événement". Pourtant, les témoignages se multiplient pour dénoncer des pratiques de violences obstétricales lors de ce jour qui est censé être "magique".  Marie-Hélène Lahaye, auteur du livre "Accouchement : les femmes méritent mieux" dénonce une standardisation du processus d’accouchement.

 

"Aujourd’hui la plupart des femmes qui arrivent à la maternité se voient imposer un protocole : des touchés vaginaux, ça enchaîne sur le monitoring,  des injections, etc. Finalement tout est prédéfini par un cadre strict, qui ne laisse plus place à la flexibilité et à l’adaptation". Pour elle il y a deux aspects principaux dans la violence obstétricale : le fait qu’un acte médical soit posé alors qu’il n’est pas forcément utile, et que le consentement de la femme ne soit pas libre et éclairé. Elle dénonce une machine bien trop huilée qui efface la liberté alors que "90% des femmes ont a priori un accouchement sans complications".

 

 C’est comme si on vous disait que vous deviez digérer dans un tempo bien défini parce qu’une digestion hors tempo peut être très dangereuse, d’ailleurs il y a des personnes qui meurent en digérant mal. Ce n’est pas logique.

 

Un gynécologue le reconnaît

Interrogé par Bertrand Henne dans Débats Première, le gynécologue Jean-François Legrève l’admet : "C’est vrai. Il y a violence obstétricale à partir du moment où on utilise de manière aveugle un protocole" il explique que les protocoles sont indispensables mais qu'ils doivent être adaptés et adaptables à chaque patient. 

Isabelle avait pourtant prévenu le corps médical : il était hors de question qu’on lui applique de l’ocytocine (hormone qui stimule les muscles pour générer ou accentuer les contractions), et pourtant, les sages-femmes ne l’ont pas écoutée témoigne-t-elle. "Ce sont des moments que je garderai toujours précieusement dans mon cœur, mais j’ai ressenti une violence lors de mes accouchements, comme une intrusion du corps médical dans ma sphère intime". Une situation qui met hors d’elle Marie-Hélène Lahaye, car elle n’est pas isolée. L’auteur reconnaît bien volontiers que dans certaines circonstances le corps médical doit prendre des décisions cruciales, et ce rapidement pour parfois sauver la vie de la mère ou du bébé. Mais qu’un acte médical soit posé sans le consentement du patient ou pire contre son gré, la révolte "on ne peut pas laisser penser que parce qu’un accouchement est violent, on peut faire ce que l’on veut !"

 

L’accouchement, un acte de puissance

D’ailleurs Marie-Hélène Lahaye remet totalement en doute la notion de violence d’un accouchement. Ce sont les actes médicaux imposés qui le sont, pas l’enfantement en lui-même. Elle développe : “Dire d’emblée que l’accouchement est violent, cela prouve une méconnaissance de l’événement". D’après elle, il faut davantage parler de sentiment de puissance, de sensations extrêmes. Une notion à laquelle adhère le gynécologue Jean-François Legrève. Le pouvoir ne doit pas être perçu comme étant entre les mains du médecin ou chirurgien selon lui. Parler de puissance permet de remettre le travail de la femme (et de l’enfant) au cœur du processus d’accouchement. "Il faut laisser faire les choses, et être là en tant que médecin en cas de besoin", affirme-t-il.

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