Un examen de fin de primaire pour tous, une bonne idée? Le CEB standardisé fête ses 10 ans

C’était il y a dix ans tout juste : les épreuves du Certificat d’Etudes de Base (CEB) étaient imposées à tous les élèves de sixième primaire. Jusque-là, chaque réseau s’organisait de son côté. Un examen « inter-diocésain » dans le réseau libre, une épreuve « cantonale » pour les écoles communales.

En une décennie, le CEB a accumulé les polémiques. Avec un taux de réussite qui dépasse le plus souvent les 90%, certains le jugent trop facile et inadapté aux exigences de l’école secondaire. Dans le même temps, environ 4000 élèves échouent à l’épreuve… pour se retrouver malgré tout en première secondaire. Le sujet a d’ailleurs fait débat lors du vote sur l’allongement du tronc commun dans l’enseignement.

Au fil des années scolaires, l’attention portée au CEB s’est intensifiée. Il existe par exemple des stages de perfectionnement pendant les congés scolaires. Et dès le mois d’avril, les journaux publient leurs suppléments CEB « pour bien se préparer à l’examen ». Une hystérie collective qui fait sourire Pierrick Petillion, instituteur à Profondsart dans le Brabant wallon. « Début avril, c’est beaucoup trop loin des échéances parce qu’on a encore deux mois de travail dans la classe. Ce n’est pas comme si on ne faisait rien jusqu’au CEB. Il y a un peu d’exagération », dénonce-t-il.


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« Dans toute évaluation externe avec un certain nombre d’enjeux pour l’élève, ça génère pas mal de stress pour les élèves et leurs familles, pour les enseignants. Même si ça n’a pas été objectivé en communauté française, un des risques est qu’en sixième année primaire les enseignants se consacrent essentiellement sur ce qui est évalué dans le CEB parfois au détriment d’autres apprentissages », souligne pour sa part Dominique Lafontaine, présidente du Département des Sciences de l’éducation à l’Université de Liège.

Le défi d’une épreuve équitable d’une année sur l’autre

Les questionnaires de cette année ont été envoyés à l’imprimeur il y a quelques semaines déjà. Gérard Legrand, inspecteur général de l’enseignement fondamental, planche même déjà sur l’épreuve 2020. Avec un défi pour lui et son équipe de spécialistes : concevoir une épreuve qui reste équitable d’une année sur l’autre. Dans le jargon des pédagogues et des didacticiens, on appelle ça le « calibrage »

« C’est le problème le plus important que nous avons à gérer dans le cadre du groupe de travail, détaille Gérard Legrand. D’une année à l’autre, nous devons avoir le même degré d’exigence par rapport à une épreuve qui est différente […] et avec des cohortes d’élèves qui sont différentes. Il s’agit pour nous d’assurer ce calibrage, c’est-à-dire la résistance de l’épreuve qui doit être strictement à l’identique ou le plus proche de l’identique pour ne pas pénaliser un élève qui aurait passé son épreuve une année plutôt qu’une autre ».

Avant d’être soumise aux élèves dans sa version finale, l’épreuve fait l’objet de multiples tests et d’ajustement. « Nous avons mis en place depuis cinq ans un dispositif de testing de l’épreuve. L’épreuve de 2020, qui est déjà dans sa version de projet, va être testée au début du mois de juin à grande échelle. […] C’est sur la base de ce testing que nous allons construire l’épreuve durant l’automne pour s’assurer que le calibrage est bien celui qui est attendu. C’est-à-dire celui aussi qui certifiera les compétences à atteindre à douze ans. »

Un « calibrage » qui rate parfois sa cible

Mais garantir la même difficulté d’épreuve d’une année sur l’autre ne fonctionne pas à tous les coups. La preuve avec l’épreuve d’Eveil (histoire, géographie et sciences) soumise aux enfants en 2018. « L’année passée, entre profs, l’examen d’éveil était pour nous plus difficile que les autres années. Pourquoi ? On ne sait pas. On n’a pas mis moins d’accent sur l’éveil. Mais l’année passée, c’était particulièrement difficile : beaucoup de recherche dans des documents… Donc cette année on s’est dit qu’on allait préparer ça », se souvient Pierrick Petillion.

C’est l’un des mérites du CEB : encourager les élèves à faire attention au détail. Dans les questionnaires, pas de double négation pour induire l’élève en erreur. Et les verbes sont mis en gras pour insister sur ce qu’il faut faire. A l’école de Profondsart, les enseignants y sont particulièrement attentifs. « On les prépare bien à cette façon de bien lire les questions du CEB. De la lecture va dépendre tout le découlement de leur réponse. Et parfois, dans la consigne du CEB, un mot de deux trois quatre lettres, il faut bien être attentif à ce mot-là parce que la réponse qu’ils attendent est vraiment bien précise. Donc on les prépare à ça dès qu’ils savent lire. »

Le CEB n’évalue pas tout… et tous ne l’obtiennent pas

Comme son nom l’indique, le CEB se concentre sur les savoirs de base. Quelle place alors pour les autres compétences qui ont toute leur importance dans la suite du cursus ? Gérard Legrand le reconnaît : « L’éveil artistique, l’éveil sportif, l’éveil aux langues ne font pas partie de l’épreuve CEB alors qu’ils ont tout autant d’importance que les autres. Parce qu’il y a différents types d’intelligence. Il y a des enfants qui sont compétents dans ces domaines-là et qui le sont peut-être moins dans les domaines qui sont strictement certifiés. Le décret le prévoit en l’état pour le moment. Les travaux du pacte pour un enseignement d’excellence et la réflexion qui est menée surtout dans le cadre de cette problématique vont dans le sens d’une mise en valeur de ces domaines qui font moins l’objet d’une évaluation stricte malgré leur importance ».

Ce certificat n’est d’ailleurs pas une fin en soi. Sur décision du conseil de classe, il était déjà possible pour un élève en échec de passer dans une année dite « différenciée ». Avec obligation de décrocher le CEB à la fin de la première ou de la deuxième secondaire. Le décret « tronc commun » signe la fin de cette filière à part. D’ici quelques années, tous les élèves seront logés à la même enseigne. Avec malgré tout un accompagnement spécifique pour les élèves les plus faibles qui n’ont pas décroché leur diplôme à la fin de la sixième primaire. C’est en tout cas le pari fait par Marie-Martine Schyns (cdH), la ministre de l’Enseignement.

« Le système mis en place jusqu’à présent a montré toutes ses limites, tranche Gérard Legrand. […] Moins de 20% [des élèves en première année différenciée] obtiennent leur CEB au terme de la première année. L’objectif n’est pas atteint. Ce n’est pas en regroupant les élèves les plus faibles – ou qui rencontraient davantage de difficultés – entre eux qu’on parvient à atteindre les objectifs fixés. »

Vers la fin du CEB avec l’allongement du tronc commun? L'avis de Dominique Lafontaine (ULiège)

Archive JT 12 décembre 2004 : bientôt un examen commun en fin de primaire

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