Une jeune Guinéenne, mariée de force et violentée, menacée d'expulsion

La photo du mariage de la jeune fille alors âgée de 15 ans avec un homme d'une soixantaine d'années
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La photo du mariage de la jeune fille alors âgée de 15 ans avec un homme d'une soixantaine d'années - © photo privée

Elle s’appelle Louabatou. Elle a aujourd’hui 21 ans. Cela fait déjà six ans qu’elle vit en Belgique. Elle n’avait donc que quinze ans quand elle a fui la Guinée Conakry.

Son père, imam, venait de la marier à un autre imam d’une soixantaine d’années. Un mariage forcé. Un mariage violent qu’elle réussit à fuir après quelques jours, grâce à l’aide de son frère.

Ce dernier a des connaissances en Belgique, ce sera donc la destination refuge de Louabatou. Après quelques pérégrinations, en tant que mineure, elle bénéficie d’un accueil et d’une aide. Installée à Frameries, elle poursuit ses études secondaires.

Mais arrive la majorité et la nécessité d’obtenir le statut de réfugiée. La demande est introduite… et sera suivie de refus. La jeune fille poursuit ses démarches tout en entamant des études universitaires. Elle est accueillie au sein d’une famille montoise, chez Myriam Van Snoy et Pierre Gillis.

Aujourd’hui, le couple tire la sonnette d’alarme. Louabatou a vu sa demande de reconnaissance refusée pour la troisième fois. Pierre Gillis, professeur de l’UMons à la retraite, ne comprend pas ce refus : "On a refusé pour des raisons qui personnellement me paraissent dérisoires. On met en cause le caractère forcé du mariage et on imagine une espèce de complot monté pour lui permettre de rejoindre la Belgique, à partir de Conakry, à l’âge de quinze ans et sans le consentement de son père, hostile à tout ça. C’est absurde".

Enfermée au 127bis

Il y a deux semaines, alors qu’elle se rendait à l’Office des étrangers suite à une convocation pour cette troisième demande, elle a été arrêtée et incarcérée au centre fermé de Steenokkerzeel.

Louabatou craint pour sa vie si elle est renvoyée en Guinée. Une crainte partagée par sa famille d’accueil. Myriam Van Snoy a rendu visite à plusieurs reprises à la jeune fille, elle est épouvantée par ce que lui a raconté Louabatou: "Elle a très peur de rentrer à Conakry. Elle craint à la fois son père mais aussi celui avec qui elle a été mariée, cet homme avait trouvé qu'elle n'avait pas été bien excisée quand elle était enfant, elle n'aurait pas assez saigné lors du viol commis après ce mariage forcé, il demandait une nouvelle excision. Pour moi elle est en danger et c’est pour ça qu’on a envie de faire tout ce qui est possible pour la sauver de cette situation".

Un avocat est chargé du dossier, il rédige un recours contre la décision de la DGRA. Parmi les arguments qu’il va mettre en avant, il y a aussi la bonne intégration de Louabatou en Belgique. Un pays où elle a des amis, un avenir, une vie sociale. La jeune fille venait de s’inscrire à la Haute école Condorcet, quelques jours avant son arrestation. En Guinée, elle n’a plus rien ni personne, seulement deux hommes, un père et un vieux mari, qui ont proféré des menaces à son égard…

Très inquiet du sort qui sera réservé à Louabatou, Pierre Gillis a lancé une pétition en ligne pour que la jeune femme ne soit pas expulsée.

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