Un contrôle psychologique annuel pour les médecins?

Pression émotionnelle, stress, lourdes responsabilités : autant de facteurs qui peuvent détériorer l’état psychologique des médecins.
Pression émotionnelle, stress, lourdes responsabilités : autant de facteurs qui peuvent détériorer l’état psychologique des médecins. - © ANTHONY DEHEZ - BELGA

Envoyer les médecins chez le médecin. C’est ce que propose l’association de médecins généralistes flamands Domus Medica.  L’idée est d’imposer un contrôle psychologique annuel aux médecins généralistes dans l’optique de prévenir les suicides. En effet, selon des études internationales, le métier de médecin présente un risque de suicide élevé. Pression émotionnelle, stress, lourdes responsabilités : autant de facteurs qui peuvent détériorer l’état psychologique des médecins.

En Flandre, 5 généralistes se suicident chaque année. Pour prévenir des problèmes mentaux aux lourdes conséquences, Domus Medica propose donc l’instauration systématique d’un contrôle préventif. Cette proposition devrait être évaluée par la ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block (Open VLD). Mais si la problématique est importante aux yeux du cabinet de la ministre, rien n’a encore été discuté.

En effet, Domus Medica n’est pas seule à avoir émis des propositions au cabinet de la Santé. L’Ordre des médecins défend, lui aussi, un projet de lutte contre le burnout et la dépression. Il prône la mise en place de structures d’aide psychologique pour les médecins en difficulté, telles qu’un numéro vert. Le projet devrait d’ailleurs être mis en place le mois prochain. De son côté, l’Absym a également débloqué 200 000 euros pour lutter contre "l’épidémie du burnout".

L’indignation des représentants des médecins francophones

L’approche est donc toute autre : du côté francophone, on bannit clairement l’idée d’un mécanisme de contrôle contraignant. Sur ce point, l’Ordre des médecins, l’Association des Syndicats Médicaux (Absym) et le Groupement Belges des Omnipraticiens (GBO) tiennent le même discours : ils voient la proposition de Domus Medica d’un très mauvais œil. "Ce n’est pas sérieux", "c’est infaisable", "c’est contraire à notre culture", scande-t-on.

Pour Paul De Munck, président du Groupement Belge des Omnipraticiens (GBO), le dépistage et la prévention sont bien plus importants que l’instauration d’un examen systématique. "Je ne vois pas bien ce qu’un tel examen pourrait mettre en évidence. Quels sont les critères pour dire qu’un médecin n’est pas capable d’exercer son art ? Ce n’est pas parce qu’un médecin a des problèmes psychologiques qu’il est dangereux, toxique ou incapable d’exercer son métier", défend-il. Le GBO dénonce ainsi une chasse aux sorcières qui stigmatise encore une profession déjà à bout de souffle. Si les problèmes de burnout dans le milieu de la médecine sont bien réels, Paul De Munck affirme qu’il vaudrait mieux développer les structures d’aide existantes plutôt que d’en créer des nouvelles.

Contrôlés informatiquement ?

Du côté de Domus Medica, on affirme pourtant que 50 % des médecins flamands seraient favorables à l’initiative d’un contrôle médical annuel et obligatoire. Pourtant, la mise en œuvre concrète de ces contrôles reste floue. Deux pistes seraient privilégiées : soit une visite effective chez un médecin, soit un questionnaire psychologique à remplir par la voie électronique. De quoi faire à nouveau mousser le Groupement Belge des Omnipraticiens : "Vous pensez vraiment que les médecins vont dire via un questionnaire qu’ils souffrent de problèmes psychologiques ?", dénonce encore Paul De Munck.

En tout cas, l’idée n’aura pas manqué d’enflammer les débats. Si la problématique de la santé mentale des médecins interpelle tout le monde, les moyens de lutter contre ce fléau divisent profondément.

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