Un Canadien achète 99 paires de baskets rares pour 850.000 dollars: un coup de folie?

Une partie de la collection achetée par le Miles Nadal, exposée chez Sotheby's à New York.
Une partie de la collection achetée par le Miles Nadal, exposée chez Sotheby's à New York. - © Dia Dipasupil - AFP

850.000 dollars, c’est le prix exorbitant qu’un investisseur canadien vient de débourser pour… des baskets ! Miles Nadal, 61 ans, a fait l’acquisition de 99 paires de collection mises en vente par Sotheby’s et Stadium Goods, un site de référence pour les collectionneurs de sneakers (le terme officiel pour les baskets, ndlr).

L’homme d’affaire n’a pas pour autant l’intention de se lancer dans la pratique intensive du basket-ball, pour lui cet achat est un investissement : "Acquérir un tel éventail de classiques contemporains est une opportunité unique de constituer une collection de baskets de proportion iconique", a-t-il déclaré dans un communiqué où on apprend aussi que l’homme envisage de construire un musée privé pour exposer sa nouvelle collection de chaussures.

Des chaussures de sport qui, pour les sneaker-heads, s’apparentent à de véritables œuvres d’art. On retrouve notamment des Nike Mag, inspirée par le film Retour vers le Futur 2 et fabriquée à 89 exemplaires en 2016 et des Air Jordan 4 conçues par le rappeur Travis Scott, deux modèles qui s’échangent habituellement aux alentours des 50.000 dollars la paire !

Il ne reste à présent qu’une seule paire en vente pour ce qui était la première enchère dédiée exclusivement aux sneakers chez Sotheby’s. Il s’agit du seul exemplaire des "Moon Shoes" à n’avoir jamais été portés. Ce modèle de Nike fait main et dessiné par les fondateurs de la multinationale en 1972, n’a été fabriqué qu’à une douzaine d’exemplaires. Le prix de départ demandé est de 80.000 dollars pour ce modèle.

Cette vente est donc un succès pour le spécialiste des enchères et marque une étape importante dans le rapprochement toujours plus étroit entre le monde du luxe et celui du streetwear. Mais comment, au juste, la chaussure de sport a-t-elle acquis ce statut d’objet de collection côtoyant antiquités, œuvres d’art et joailleries ?

Michaël Jordan signe avec Nike, la naissance de la "sneaker culture"

Si l’invention de la chaussure de sport à semelle en caoutchouc remonte à la fin du 19e siècle, la culture du sneakers a, elle, une date de naissance certaine, 1984. Cette année-là, un fabricant de chaussure de course à pied, qui connaît des difficultés financières, décide de se lancer dans les chaussures de basket-ball. Pour se faire une place sur le marché, il signe un partenariat avec un jeune phénomène qui vient tout juste de passer professionnel. Cette marque, c’est Nike, et ce joueur c’est Michael Jordan et cette décision, elle va changer à jamais le monde du sport et du marketing, en plus de donner naissance au culte des sneakers.

A la fin des années 80, avant même que Michael devienne le roi incontesté de la balle orange, les Air Jordans font déjà rêver les adolescents américains, grâce à des campagnes savamment orchestrées avec la complicité du réalisateur Spike Lee. Dans le courant des années 90, l’explosion du hip hop va à son tour apporter une contribution significative au mouvement. Les rappeurs raffolent des baskets et porter les modèles les plus chers et les plus rares devient, pour eux, un signe extérieur de succès.

C’est durant cette période que le mode de fonctionnement de Nike est adopté par ses concurrents, Adidas, Puma, Reebok, tous se mettent à proposer des modèles "signatures" avec des athlètes et à proposer toujours plus de coloris et design différents, parfois dans des éditions limitées voire très limitées. Et en conséquence des lois de l’offre et de la demande, les amateurs de baskets les plus assidus se transforment progressivement en collectionneur.

Une ampleur mondiale grâce à internet

Enfin, au début des années 2000, la culture des sneakers va prendre un nouveau tournant. Avec l’apparition du site de vente en ligne eBay, la collection de sneakers passe de hobby de niche à un marché mondialisé. Parallèlement, aussi bien le basket que le rap se globalisent à leur tour, entraînant avec eux le culte des sneakers sur les cinq continents.

Depuis lors, le phénomène ne fait que croître avec la bénédiction des marques, qui le voit plus comme un outil marketing qu’une source de revenu. Pour entretenir l’enthousiasme des sneakerheads, les marques ont pris l’habitude de proposer ponctuellement des chaussures réalisées par des stars de la musique, dans des stocks ultra-limités. Il s’agit bien souvent des mêmes chaussures, à l’exception de l’un ou l’autre détail esthétique, que celles produites en masse. Les prix de ventes originaux des modèles de collections sont d’ailleurs à peine plus élevés que les modèles classiques. Mais pour s’en procurer, il faut obligatoirement être prêt à faire des heures de files devant un magasin spécialisé, sans garanties de résultats, ou bien avoir ses entrées auprès des marques.

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