Un bébé sur trois a une "empreinte numérique" avant sa naissance: est-ce grave?

Votre enfant fait peut-être partie des 30% concernés
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Votre enfant fait peut-être partie des 30% concernés - © Alexander Dummer on Unsplash

Non, aucun bébé à naître n’est capable de surfer sur Internet. Pourtant, une récente étude dévoile que 30% des enfants qui résident encore dans le ventre de leur mère ont déjà une "empreinte numérique". Ils existeraient donc déjà sur internet, sur les réseaux sociaux et le web.

Quel est le rapport des parents à Internet et aux écrans ? Quel est celui des plus jeunes enfants ? Pour répondre à ces questions, l’institut GECE a collecté les réponses de 1011 parents grâce à un vaste sondage. Les conclusions de l’enquête dévoilent que 52% des parents déclarent être  "accros" à leur smartphone, que neuf sondés sur dix utilisent Internet tous les jours et que 89% des enfants de moins de 8 ans ont une interaction régulière avec les écrans. Le constat le plus étonnant réside tout de même dans le taux de 30% de bébés pas encore nés qui possèdent déjà une "empreinte numérique".

L’étude complète est disponible sur le site de faireparterie

"Des traces de nous"

Mais alors que sont exactement ces empreintes ? Il s’agit des composantes de "l’identité numérique", en d’autres termes, de "l’ensemble des traces laissées sur une personne sur Internet".

Facile à dire, mais comment peut-on savoir ce qui laisse des indices sur notre identité lorsque nous surfons sur notre réseau social ou site web préféré ? "On laisse des traces de nous sans le vouloir en permanence", répond Esther Haineaux, professeure à l’Université de Namur et chercheuse au Namur Digital Institute (NADI).

Concrètement, l’empreinte numérique rassemble trois types de traces. Les "traces déclaratives", que nous laissons nous-mêmes, en publiant un statut sur Facebook, en créant un personnage sur un jeu vidéo ou en complétant une enquête en ligne. Au-delà de ce que l’on indique directement, la navigation sur une page web génère aussi de traces. "Lorsqu’on surfe sur Zalando par exemple, on laisse aussi une trace via les cookies", explique la chercheuse. Conclusion : nous laissons en permanence une multitude d’indices sur notre identité, nos habitudes en ligne, notre consommation sur Internet, ...

Mais les éléments laissés par d’autres utilisateurs sur vous participent aussi à la construction de votre carte d'identité numérique. C’est le cas lorsque quelqu’un publie une photo sur Facebook sur laquelle vous apparaissez, ou quand vous êtes référencé sur le site web de votre entreprise.

Le troisième acteur qui génère des informations sur votre identité sont les plateformes elles-mêmes. Le fait d’être ami avec quelqu’un sur Facebook en dit long sur vos relations, tout comme la relation LinkedIn que vous entretenez avec votre employeur.

Naissance digitale "pré-natum"

Comment un bébé, qui n’a techniquement jamais surfé sur le web, peut-il avoir sa propre identité numérique ? Parce que ce sont ses parents qui laissent des traces de son existence. "Les parents postent la photo de l’échographie sur les réseaux sociaux", observe Laura Dominici sur l’antenne de Vivacité. Cette jeune femme travaille chez "faireparterie", l’entreprise de faire-part qui a commandé l’étude. "On a vraiment été surpris par l’ampleur des résultats et des réponses. Par exemple, près de 80% des enfants ont une empreinte numérique sur le web, même à moins de 8 ans", ajoute-t-elle.

Esther Haineaux précise que tout ce qui va "manifester la vie future de l’enfant" est un élément de son empreinte numérique prénatale. "Cela crée la personne comme cela crée son bébé", précise-t-elle. Car oui, si publier sa liste de naissance sur Internet indique les biberons avec lesquels pourrait jouer votre enfant, cela indique aussi que vous allez être parent.

Faut-il encore rappeler que toutes ces informations, une fois rendues publiques sur la toile, peuvent servir les algorithmes avides de nos données personnelles ?

Conséquences inconnues

L’étude apprend aussi que 36% des parents ont déjà utilisé une photo de leur enfant en guise de photo de profil. Toutes ces informations sur nos bambins, nés ou pas, sont-elles dangereuses ? Laura Dominici insiste : « Ce n’était pas le but de l’étude. »

"La précaution fait loi", estime tout de même Esther Haineaux. Car si de tels résultats mettent aujourd’hui au jour les pratiques des parents, il est difficile d’établir les conséquences pour les enfants. "Les bébés 'nés sur Internet' ne sont aujourd’hui pas en âge de devenir les générateurs directs de leur identité numérique. Il faudra donc attendre encore quelques années pour mesurer l’impact d’une exposition si prématurée", ajoute la professeure.

Même si nous aimons partager nos petites tranches de vie sur les réseaux sociaux, mieux vaut parfois savoir s’abstenir. Et chacun y va de sa petite technique. Certains parents cachent par exemple le visage de leur enfant sans se restreindre de publier des photos. Bonne ou mauvaise méthode ? Difficile à dire, mais le débat reste entier lorsque l’on sait qu’empreinte numérique et vie privée sont parfois considérées comme des concepts contradictoires.

 

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