Un ancien président de la Fondation Hulot à Namur pour discuter d'"Une nouvelle Terre"

Dominique Bourg est philosophe, proche de Nicolas Hulot — il a présidé sa fondation — et professeur à la Faculté des géosciences et de l'environnement à l'Université de Lausanne. Il a récemment publié un livre intitulé " Une nouvelle Terre " qu'il présentera ce mardi soir lors d'une grande conférence organisée par l'UNamur.

Un mouvement de grève de chercheurs pour accompagner celles des étudiants

Namur est justement l'une des grandes villes, avec Bruxelles, Louvain et Liège, qui ont accueilli des milliers de jeunes qui défilent ici en Belgique depuis plusieurs semaines. "Je les soutiens absolument", affirme Dominique Bourg, "On est justement en train de lancer dans le monde académique, dans la zone francophone et un peu au-delà, un mouvement de grève des chercheurs, des enseignants du supérieur, pour soutenir cette grève, et notamment celle lancée par Greta Thunberg pour le 15 mars."

Mais il faut rester prudent sur l'opinion générale: "On l'a encore vu avec une votation hier en Suisse, il y a 35% de la population qui est toujours prête à aller assez loin, à rogner sur ses modes de vie, [mais] les deux autres tiers n'acceptent pas qu'on les contraigne à quoi que ce soit. On est donc un peu dans ce blocage aujourd'hui. On l'a vu en France aussi avec les gilets jaunes. Au départ, la question des gilets jaunes était le refus d'une taxe carbone." Pour Dominique Bourg, les choses ne sont pas gagnées et "nos sociétés sont très divisées sur cette question pourtant vitale pour elles".

Mais faut-il vraiment opposer gilets jaunes et gilets "jeunes" ? "C'est très difficile de savoir qui veut quoi dans cette affaire. C'est effectivement parti sur une question de taxe carbone qui était assez injuste, parce que d'une part il n'y avait que 12% des recettes qui étaient allouées à des questions environnementales, alors que vous avez par exemple la Californie qui a mis une taxe semblable en œuvre avec la moitié des recettes qui vont pour aider les plus pauvres à faire face aux difficultés énergétiques et l'autre moitié qui va aux infrastructures. Vous voyez donc très bien que la manière dont s'est pris le gouvernement français était plus pour abonder le budget général que pour faire face à des enjeux écologiques."

Et les efforts individuels ?

Est-on obligé d'arrêter de prendre l'avion ou d'arrêter d'utiliser des smartphones qui sont polluants ? "J'ai bien peur que oui", répond Dominique Bourg. Mais, l'important n'est-il pas (surtout) les mesures collectives ? "Le gouvernement anglais y avait pensé en 2008, juste avant qu'il y ait la crise financière, c'était l'instauration de quotas. Quand vous êtes face à une pénurie, et on va l'être dans un certain nombre de domaines, le seul moyen de sauver la liberté de chacun d'accéder à une part minimale de la ressource, ce sont les quotas." 

Selon lui, il faut absolument que les plus pauvres ne soient pas pénalisés: "Ça, c'est fondamental. On n'arrivera jamais à faire changer une société si les plus riches peuvent s'épargner l'effort et s'ils le font reporter sur les plus pauvres." 

Ce sont donc les plus riches aujourd'hui qui doivent payer la majorité de la transition écologique ? "Si vous prenez les émissions de gaz à effet de serre, 50% de ces émissions à l'échelle mondiale sont dues à 10% de la population, aux 10% les plus riches. En revanche, les 50% les plus pauvres n'émettent que 10% des émissions mondiales. Ce n'est pas vrai pour la biodiversité, mais en tout cas pour ce qui est climat et d'autres aspects de la dégradation du système Terre, le lien avec le niveau de vie de chacun, c'est-à-dire la capacité de chacun à acheter des ressources et à dépenser de l'énergie est évidemment directement liée au niveau de vie."

Un rééquilibrage social et économique est nécessaire

"Vous avez une étude qui vient de paraître qui nous annonce que 41% des espèces d'insectes connaissent un déclin prononcé avec une perte de leur biomasse de 2,5% par an. Le vivant autour de nous s'effondre donc", explique Dominique Bourg, "En plus, on le sait, toutes les enquêtes sur le bien-être nous montrent que l'accroissement du PIB aujourd'hui, avec le surcroît matériel sur lequel il débouche, ne procure plus du tout l'augmentation du sentiment de bien-être, mais a plutôt tendance à le réduire. C'est donc assez curieux de voir comment on reste accroché à des modes de vie qui se sont en quelque sorte fossilisés pendant les Trente Glorieuses, mais qui ne débouchent plus sur les gains sur lesquels ils débouchaient effectivement à l'époque."

"Une nouvelle Terre" de Dominique Bourg est disponible aux éditions Desclée de Brouwer et dans toutes les bonnes librairies. 

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