Emmanuel André sur le contact tracing : "Un agent peut vous demander de vous mettre en quarantaine"

"Un agent peut vous demander de vous mettre en quarantaine"
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CQFD, ce qui fait débat, en mode grand entretien : 25 minutes quotidiennes avec un spécialiste, pour vous aider à mieux comprendre/vivre la crise du coronavirus, mais aussi pour vous permettre de poser VOS questions (via l’adresse mail cqfdrtbf@rtbf.be). Notre invité, ce lundi : Emmanuel André, virologue, coordinateur du comité interfédéral "testing&suivi des contacts".

Comment ça marche ?

Dans un premier temps, c’est votre médecin qui, selon vos symptômes, prendra les précautions d’usage : recommandations, isolement et test. Si votre test est positif ou s’il y a une très haute suspicion, le médecin en alertera les autorités de santé publique. C’est donc à ce moment-là que les agents du call center vont entrer en action.

"L’agent du call center aura reçu vos coordonnées comme étant un cas qu’on dit 'index' c’est-à-dire une personne qui est positive ou très suspecte et qui potentiellement a pu contaminer. Sur base de l’interview, l’agent va notamment prendre la liste des personnes avec lesquelles vous avez été en contact. Cette liste va retourner dans une file de coup de téléphone à donner. Ces personnes contactées vont être conseillées sur base du niveau d’exposition auxquelles elles ont été confrontées […] On va vous évaluer et selon vos symptômes liés au covid 19, on va vous demander de faire un test, ou vous demander de vous mettre en quarantaine", explique Emmanuel André.

L’attention sera portée sur le fait de ne pas mettre tout le monde en quarantaine sans évaluer correctement, mais l’objectif de ces démarches nous dit Emmanuel André. "C’est bien d’isoler de façon ciblée les personnes qui sont potentiellement déjà infectées pour éviter la transmission."

Il faut préciser que vous ne pourrez pas connaitre la personne qui vous aurait potentiellement infecté. "Le call center ne va jamais donner l’identité de la personne qui vous a éventuellement contaminé."

Le stockage de données et de la vie privée

Ce traçage manuel que l’on considère comme l’une des conditions du succès du déconfinement, il pose de nombreuses questions concernant la protection de la vie privée. Les informations fournies lors d’une interview réalisée par un agent de call center seront stockées dans une base de données sécurisée de l’institut de santé Sciensano. C’est un arrêté royal qui le stipule pour le moment.

Mais comment s’assurer que ces données ne seront pas plus tard utilisées pour faire du profilage de citoyen ou encore pour gérer des enjeux de sécurité ? A cette question Emmanuel André répond ceci : "C’est un débat qui doit avoir lieu et qui doit être public, que ce soit dans les médias, dans la société civile ou au parlement. Cette base de données n’existait pas avant, pour le moment il y a cet arrêté royal qui est temporaire. Bientôt il y aura une loi qui encadre cela et cette loi, elle doit être le résultat de l’ensemble du débat. Il faudra y injecter tout ce que l’on entend de positif, mais aussi de négatif."

Faut-il un traçage numérique ?

C’est une des autres solutions envisagées pour lutter contre la propagation du covid 19, une application de traçage numérique. Chez nous, le parlement veut encadrer la pratique. Mais cela suscite de nombreuses réserves, certains estiment qu’une telle application n’est pas nécessaire. Pour Emmanuel André, on va y arriver : "Mais cela nécessite une ossature de santé publique. Il faut une capacité à répondre à des problèmes de santé qui auraient été identifiés par la technologie de façon très proactive et pragmatique. Tout le système qui est mis en place aujourd’hui reste fondamental. Il faut trouver un équilibre, car jamais, une application ne pourrait remplacer le reste du système."

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