Uber : témoignage de passagers victimes d'agression sexiste et homophobe

La première à livrer son témoignage, c’est Marie (prénom d’emprunt). Le week-end dernier, il est 19 heures le dimanche, quand elle embarque à bord d’une voiture Uber. Très vite, le chauffeur entre communication avec un autre homme en haut-parleur. Son interlocuteur lui demande s’il est avec un homme ou une femme. Question à laquelle le chauffeur répond avec une S. Pour Marie, c’est le début d’un voyage éprouvant. "Je pense que ce S sous-entendait salope. A partir de là, j’ai vérifié qu’il prenait bien la bonne route, c’était le cas. Très rapidement, il m’a demandé si j’étais à l’aise parce que j’avais l’air nerveuse, il me tutoyait, m’appelait par mon prénom. Il m’a dit qu’il m’avait déjà vu quelque part, sur Tinder ou sur un autre site de rencontres. […] Il m’a demandé si j’étais en couple. […] Une conversation très gênante du début à la fin", raconte Marie. "A la fin de la course, il s’est retourné, ne m’a pas touchée mais a regardé mes jambes de façon très sale. Je suis sortie de là et je me suis rendu compte de l’état de stress dans lequel j’étais. (...) Si on prend un Uber et qu’on se rend compte que là aussi on peut nous agresser ou en tout cas nous mettre très mal à l’aise, quand est-ce qu’on peut circuler l’esprit tranquille, tranquillement, c’est ça qui me sidère un petit peu." Marie décide alors de signaler le chauffeur à Uber. La réponse est rapide mais il s’agit d’un texte automatique. Insuffisant pour Marie qui ne veut plus prendre Uber toute seule.

Thomas lui n’a pas porté plainte

Autre témoignage, celui de Thomas. Lui aussi préfère rester anonyme. C’est à Paris qu’il a connu une première expérience désagréable. Thomas est homosexuel. Il raconte : "je rentrais de vacances, et avec ma meilleure amie, on a décidé de prendre un Uber. On avait deux grosses valises. Le premier chauffeur qui s’est présenté a refusé que mon amie touche sa voiture, touche les portes, il acceptait seulement qu’elle s’asseye sans rien dire. J’ai annulé la course et ai appelé un deuxième Uber. Ce deuxième chauffeur n’acceptait peut-être pas que je ne corresponde pas aux stéréotypes masculins, il n’a pas voulu que ce soit moi qui touche sa voiture". Finalement, Thomas et son amie prendront un taxi. A Strasbourg, nouvel incident. Thomas, artiste, sort d’un spectacle, il n’a pas eu le temps de se démaquiller et transporte avec lui ses valises de costumes. Une collègue l’accompagne. Lorsqu’il commande un véhicule Uber, il signale qu’il a des bagages. "Lorsque le chauffeur m’a vu maquillé, il a déclaré qu’il ne prenait pas les valises. […] Finalement il a accepté difficilement et s’est montré de plus en plus agacé", explique Thomas. "Dans la voiture, il parlait de moi à la troisième personne du singulier, comme si je n’étais pas là. De toute façon, ce monsieur, dès le départ, a fait un déni de sale gueule envers moi parce que je suis un garçon et que j’étais maquillé et il n’a même pas cherché à savoir si je sortais de spectacle ou tout ça." La tension monte et finalement le chauffeur les débarque à mi-parcours. Thomas est convaincu que tout s’est passé de cette façon parce qu’il est homosexuel. Thomas ne portera pas plainte convaincu que ça ne sert à rien. Il ne se déplace plus avec Uber.

Réaction Uber

Marie ne s’est pas contentée de la réponse automatique fournie par Uber. Elle a à nouveau sollicité les responsables de la plate-forme qui ont finalement réagi. Elle a reçu des excuses, sa course lui a été remboursée avec, en plus, la garantie que le chauffeur en question n’apparaisse plus sur son application. Uber qui déclare aussi que pour des raisons de confidentialité, elle ne sera pas tenue informée de la suite des événements et d’éventuelles sanctions prises à l’encontre du chauffeur. Les responsables de la plate-forme déclarent aussi prendre très au sérieux la sécurité de ses passagères. En France, Uber a même décidé de s’associer avec HandsAway, une application d’alerte sur les violences sexuelles et avec l’association Stop Harcèlement de Rue pour proposer aux femmes victimes d’agression sexiste ou sexuelle de rentrer gratuitement chez elles ou se rendre vers un lieu de prise en charge. Uber l’écrit : toutes les plaintes sont prises au sérieux.

 

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