Tueries du Brabant: perquisition et interpellation de Michel Libert (WNP)

Michel Libert (photo d'archive)
Michel Libert (photo d'archive) - © Archive RTBF

Michel Libert, un des dirigeants du WNP (Westland New Post), une organisation clandestine d’extrême-droite active dans les années 80 est aujourd’hui dans le collimateur des enquêteurs. Il a été emmené de Bruxelles à la cellule d’enquête de Jumet où il est toujours interrogé.

Les enquêteurs de Jumet ont interpellé Michel Libert ce mercredi matin à son domicile à Woluwe-St-Lambert. Ils ont aussi perquisitionné son appartement.

Michel Libert était le numéro deux du WNP. Il n’a jamais caché son admiration pour les idées extrémistes de droite. Il était chargé de former les militants sur le plan idéologique.

Perquisition(s) et interpellation(s)

Michel Libert a déjà été entendu comme témoin à plusieurs reprises par les enquêteurs. Mais l’élément neuf c’est qu’aujourd’hui il est entendu en qualité de "suspect". La juge Martine Michel dispose théoriquement de deux fois 24 heures pour interroger Michel Libert. Pratiquement ce sont les enquêteurs interrogent puis décideront en fonction des résultats obtenus de présenter le suspect à la juge d’instruction.

Après l’avoir entendu, il appartiendra à la juge d'instruction d’évaluer les indices de culpabilité suffisants et d'inculper le cas échéant, voire délivrer un mandat d’arrêt pour les besoins de l’enquête.

Surveillance des grands magasins

Ce qui intéresse particulièrement les enquêteurs de la cellule Brabant wallon, ce sont les ordres que Michel Libert aurait transmis à ses subalternes pour organiser la surveillance des grands magasins, les voies d’accès et de sorties des parkings, ainsi que la disposition des caisses et des rayons. Tout cela au début des années 80, soit peu avant les faits les plus graves : les attaques de 1985 sur les parkings et les magasins du groupe Delhaize (17 morts en trois mois). Michel Libert a livré à ce propos des confidences à nos confrères de la BBC en 1992.

Rappelons que l'organisation du WNP regroupait essentiellement des extrémistes de droite, dont des militaires et des gendarmes. On ne pouvait y entrer que par parrainage. Chaque membre pouvant amener trois personnes dont il répondait personnellement. Une "police" interne permettait de régler le cas des "traîtres".

Fichages et filatures

Parmi les nombreuses missions qui étaient confiées à ses hommes :  des filatures d’hommes politiques et de "cibles" désignées par de mystérieux commanditaires. Lors d'une de ces filatures en février 1982, deux personnes avaient été exécutées de manière "blanche", c'est-à-dire sans laisser sur place le moindre indice.

L'un des responsables de l'organisation avait été condamné à perpétuité pour ce double meurtre. L'autre accusé, Eric Lammers avait été acquitté.

Autre mission supervisée par Michel Libert: la constitution de fichiers où étaient repris les préférences politiques, syndicales et les particularités personnelles (santé, orientation sexuelle) des personnes surveillées. L'ensemble étant ensuite transmis à ses supérieurs.

Vols de télex de l’OTAN

Durant les années 80, Michel Libert était militaire à l’État-major général d’Evere. C’est là qu’il a détourné des télex de l’OTAN pour prouver, dira-t-il, le manque d’efficacité des contrôles en vigueur. Une partie de ces télex avait été découverte par la police de Forest durant l'été 1983. Mais, suite à des erreurs de procédure, la Justice avait dû constater que les faits étaient prescrits. Les prévenus de ces vols avaient été acquittés.

Mais le plus intrigant, ce sont les ordres que Libert transmettait à ses militants et qui venaient d’autorités supérieures qu’il a toujours prétendu ne pas pouvoir identifier car tout était codé. Et l'organisation était cloisonnée. Lors d'une émission de la RTBF en 1999, Michel Libert avait brandi un organigramme qui reprenait les différentes personnes concernées par les missions dont il avait eu la responsabilité.

RTBF

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