Trop rapide ? Fiable ? Comment sera-t-on convoqué ? Tout savoir sur la campagne de vaccination Covid-19 en Belgique

Après la phase test qui a démarré le 28 décembre dernier dans les maisons de repos, la campagne de vaccination à grande échelle contre la maladie Covid-19 démarre ce mardi 5 janvier.

L’occasion pour l’équipe de la Matinale sur la Première de vous proposer d’envoyer vos questions à ce sujet. Et des questions il y en a eu beaucoup. Dans cet article nous avons repris celles qui reviennent le plus souvent.

1. La conception du vaccin a-t-elle été trop rapide ?

C’est l’une des questions qui suscite le plus d’inquiétude : a-t-on suffisamment de recul par rapport au vaccin ? Muriel Moser, spécialiste de l’immunobiologie à l’ULB comprend cette inquiétude d’autant plus, qu’il a souvent été dit qu’il fallait des années pour créer un vaccin, 10 à 20 ans. Elle explique : "Parlons d’abord de l’ARN Messager, ce qui est le cas pour le premier vaccin. C’est une plateforme technologique qui est déjà bien développée depuis longtemps. L’ARN messager a été découvert dans les années 60, c’est une sorte de plan de montage des protéines qui sont nécessaires pour le fonctionnement du vivant. Notre information génétique est de l’ADN qui se trouve dans les noyaux de nos cellules. L’ARN messager est l’intermédiaire, va dans le cytoplasme et fabrique les protéines". Cela veut dire que le travail sur ces vaccins n’est pas nouveau. "Il y a une dizaine d’années, les découvertes d’une biochimiste d’origine hongroise, Katalin Kariko, ont permis de trouver la façon d’utiliser l’ARN messager pour vacciner, chez les animaux et chez l’humain, en diminuant l’inflammation. Elle a modifié l’ARN messager pour diminuer l’inflammation créée et pour augmenter sa stabilité. Ça, c’est le point de départ des vaccins ".

Dans vos questions, il y a donc l’inquiétude autour de la rapidité avec laquelle le vaccin a été rendu disponible, mais aussi le fait que trop peu de personnes auraient été testées. Muriel Moser explique que pour tester l’efficacité lors de la phase 3, ce ne sont pas 3000 personnes qui ont reçu le vaccin (comme c’est habituellement le cas), mais 35.000 ou 43.000 personnes. Ce qui veut dire que les précautions ont été plus importantes avec les vaccins contre le Covid-19 de Moderna et Pfizer-Bio-NTech qu’avec d’autres vaccins pour d’autres maladies que nous connaissons. Ces sociétés ont donc réduit les risques en augmentant le nombre de volontaires pour les tests.

2. Est-ce que ce vaccin va nous modifier génétiquement ?

Il y a aussi des inquiétudes par rapport au vaccin et notamment celui basé sur l’ARN messager. Un auditeur se demande par exemple si ce vaccin n’aura pas des conséquences sur notre santé et notre ADN. Sur cette question Muriel Moser est très claire : "non, le vaccin ne modifie pas notre ADN génétiquement". Elle explique que cela est impossible parce qu’il n’y a pas les enzymes nécessaires.

Concrètement, le vaccin fonctionne de la façon suivante. C’est une protéine du virus qui sert de clé pour entrer dans la cellule. C’est sur cette protéine que le vaccin s’est focalisé. Muriel Moser détaille le fonctionnement : "l’ARN messager donne l’information génétique à nos cellules pour fabriquer la protéine S. La protéine S, c’est la clé du virus qui va rentrer dans la serrure de nos cellules". La caractéristique des virus, par rapport aux bactéries par exemple, c’est qu’ils vont à l’intérieur de nos cellules. Ils ont besoin de nos cellules pour se développer. La spécialiste de l’immunobiologie poursuit : "un virus est un micro-organisme, que certains estiment ne pas être réellement un être vivant, simplement parce qu’il n’est pas capable de se répliquer de façon autonome. Il a besoin d’utiliser le métabolisme, l’énergie des cellules de l’hôte".

3. Les personnes vaccinées peuvent-elles encore transmettre le virus et contaminer d’autres personnes ?

Sera-t-on encore porteur du virus une fois vacciné ? Pourra-t-on retirer notre masque, s’embrasser, retourner au cinéma, en résumé reprendre une vie normale ? Pour Muriel Moser, cela ne sera pas instantané. Elle rappelle que si l’on vaccine en priorité les résidents des maisons de repos c’est pour éviter les maladies graves, les hospitalisations et en particulier aux soins intensifs. L’idée est de diminuer la circulation du virus. La spécialiste pense que "vers l’été on devrait avoir une vie à peu près normale, mais il faudra aller extrêmement progressivement. On sait que le système immunitaire est très efficace".

4. Le vaccin va-t-il nous permettre de revenir à une vie normale ?

Doit-on comprendre, qu’une fois vacciné nous ne sommes plus porteurs du virus ? "En théorie, oui si on se base sur tout ce qui est connu en immunologie, mais il faut encore le prouver", précise Muriel Moser.

Il n’est donc pas encore scientifiquement prouvé qu’une fois vaccinés nous ne serions plus porteurs du virus ? Pour la spécialiste, cela est tout de même très probable. "Si on voit la concentration d’anticorps et la réponse immunitaire des personnes vaccinées est quand même assez remarquable. En fait, il y a deux systèmes qui éliminent le virus. Première chose, les anticorps qui empêchent la clé d’entrer dans la cellule et il y a aussi des cellules tueuses qui tuent les cellules infectées. Il y a donc ici deux mécanismes immunitaires qui permettent d’éliminer le virus qui sont assez efficaces".

5. Comment serons-nous convoqués pour être vaccinés ?

La vaccination débute effectivement dans les maisons de repos. Suivront ensuite les hôpitaux et tous les professionnels des soins de santé de la première ligne. Si tout se déroule comme prévu, l’ensemble de ces groupes devraient être vaccinés à la fin du premier trimestre 2021. Sabine Stordeur, responsable de la coordination de la task force vaccination (elle est donc chargée de coordonner l’aspect logistique et opérationnel de la vaccination en Belgique), expliquait ce matin que la phase suivante, la phase 1b était déjà en préparation et elle devrait pouvoir débuter au mois d’avril 2021. Tout cela dépend évidemment de la disponibilité, de la quantité et de la livraison des vaccins par les firmes pharmaceutiques. Cela veut dire que les personnes de 65 et plus, avec ou sans pathologie particulière, pourraient être invitées à se faire vacciner entre avril et juin 2021.

La responsable de la coordination de la task force vaccination nous explique qu’actuellement des simulations sont réalisées de manière à déterminer la façon la plus pratique pour organiser la vaccination de la population. Elle précise : "on va devoir mettre sur pied des centres de vaccination qui seront soit attachés à des hôpitaux ou à des centres de test ou de vaccination existants, voire à créer de nouveaux centres qui n’existent pas encore". Tout cela en tenant de compte d’une part de la proximité de ces centres avec les citoyens et d’autre part le besoin de centraliser pour stocker, gérer les vaccins.

De quelle façon recevrons-nous la convocation ? Cela est toujours à l’étude, nous explique Sabine Stordeur, mais en rappelant qu’en Belgique tous les citoyens sont identifiés avec un numéro de registre national ce qui permet d’envoyer des convocations à large échelle, comme lors des élections, par exemple. Sous forme de courrier classique, par voie électronique ou encore sur les plateformes de santé.

6. Y a-t-il des contre-indications aux vaccins ?

Rappelons tout d’abord qu’il y a plusieurs vaccins. La Belgique a signé pour 5 vaccins avec la Commission européenne. Le seul à avoir reçu (à l’heure d’écrire ces lignes) l’autorisation de mise sur le marché est celui de Pfizer-BioNTech. Le suivant devrait être celui de Moderna.

Concernant le vaccin Pfizer-BioNTech, utilisé depuis une semaine en Belgique lors de la phase pilote de vaccination chez à peu près 700 personnes. Ce vaccin à plateforme à ARN messager qui n’a jamais été utilisé par le passé a lors des études cliniques été testé sur près de 40.000 personnes et aujourd’hui été administré à près de 6 millions de personnes dans le monde.

Sur base des données cliniques, des informations qu’elle a obtenues et de l’autorisation de mise sur le marché qu’elle a fourni comme avis à la Commission européenne, l’Agence européenne du médicament n’a fourni qu’une contre-indication : une hypersensibilité à la substance active (qui est nouvelle et donc qui n’a jamais été utilisée) ou à l’un des excipients du composé. Les excipients du composé c’est, nous explique Jean-Michel Dogné, directeur du département pharmacie à l’université de Namur et expert à l’agence belge et européenne des médicaments : "le vaccin est constitué principalement de 4 formes lipidiques qui permettent de maintenir l’ARN messager relativement stable. Ensuite il y a des sels et du sucre, mais il n’y a pas d’adjuvants ni de conservateurs. Par contre, dans les deux formes lipidiques, il y en a une un peu plus spécifique qui contient du polyéthylène glycol et dont on sait qu’il peut être responsable de certaines réactions allergiques". Ceci est donc la seule contre-indication dite légale.

Les recommandations

Il y a aussi des recommandations liées à l’utilisation. Par exemple : "la vaccination doit être reportée chez les personnes qui présentent une infection fébrile sévère aiguë (fièvre de plus de 38 °C-38,5 °C) ou une infection aiguë", nous dit Jean-Michel Dogné. Pour le reste, une infection mineure ou une fièvre peu élevée ne doit pas retarder la vaccination.

Autre recommandation, pour le vaccin Pfizer-BioNTech il est indiqué pour les personnes de 16 ans et plus. "Elle n’est donc pas recommandée chez les enfants de moins de 16 ans". Pour ce qui du vaccin Moderna, il est indiqué chez les personnes de 18 ans et plus.

Jean-Michel Dogné explique qu’étant donné le grand nombre de personnes testées, certaines souffrant de comorbidité, on n’a pas de contre-indications sur des patients qui ont des pathologies préalables (patients obèses, qui souffrent de certaines formes cancéreuses, hypertendues, etc.). Le directeur du département pharmacie à l’université de Namur précise que : "là où on a moins d’informations, c’est chez les personnes dites immunodéprimées parce qu’elles n’ont pas été étudiées en étude clinique (à l’exception de certains patients HIV ou hépatite C)". Les vaccins ne sont donc pas contre-indiqués, mais l’efficacité peut être diminuée chez ces patients.

Enfin, dernière limitation importante. Elle concerne la vaccination pendant la grossesse et l’allaitement. Il existe peu de données par rapport à ces vaccins, surtout chez Pfizer-BioNTech. Jean-Michel Dogné : "il existe peu de données chez la femme enceinte et que les études animales n’ont pas mises en évidence d’effets délétères sur la gestation ou le développement embryonnaire". L’Agence européenne du médicament recommande dès lors que le vaccin Pfizer-BioNTech doit être envisagé chez la femme enceinte seulement si les bénéfices potentiels l’emportent sur les risques potentiels pour la mère et le fœtus. En Belgique, le Conseil supérieur de la Santé : "s’est prononcé pour ne pas recommander dès le début de la vaccination les femmes enceintes et d’attendre deux mois pour tomber enceinte une fois que l’on est vacciné".

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