Trop de sucre dans l'alimentation des bébés selon l'OMS

Du jus de fruits dans un biberon, des petits biscuits, des petites compotes… Les enfants entre 6 et 36 mois sont aussi la cible des produits industriels, mais pour l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé, ces produits contiennent beaucoup trop de sucre. 8000 produits alimentaires pour bébés ont été examinés et près d’un tiers contient du sucre ajouté ou d’autres édulcorants.

Pour Nathalie Claes, diététicienne spécialisée en pédiatrie à l’Office national de l’enfance, ce résultat n’est pas étonnant. "Je pense que c’est quelque chose que les professionnels de la santé révèlent très souvent. C’est très compliqué pour les parents de s’y retrouver parce que l’Office de la naissance et de l’enfance propose des recommandations et ce qu’ils trouvent dans les magasins n’est pas toujours en accord avec nos recommandations".

Une attirance innée pour le sucre

S’il y a trop de sucre dans les produits destinés aux tout petits, cela ne concerne pas le lait qui est soumis à une réglementation qui est très stricte. "Il y a toute une série de choses qui sont interdites et le cadre est très précis. Ça concerne ici vraiment tous les aliments de la diversification alimentaire", explique Nathalie Claes.

"Ce qui nous interpelle vraiment souvent, c’est que ça induit des habitudes de consommation qui sont inappropriées. Les sociétés proposent des aliments qu’on ne devrait pas donner aux tout petits, comme des desserts lactés chocolatés. Ils rajoutent de la vanille, des arômes, des sucres ajoutés, et ce qui est encore beaucoup plus subtil parfois, c’est qu’au lieu de rajouter du sucre, parce qu’ils ont quand même conscience que ce n’est pas une bonne idée, ils rajoutent du sucre naturel qui provient par exemple des raisins secs ou de jus de fruits. Et quand vous regardez l’étiquetage, ce n’est pas très clair. Ce qui se passe, c’est qu’on a l’impression qu’il n’y a pas de sucres ajoutés, saccharose, mais ils rajoutent des aliments qui vont donner une saveur douce aux produits, et donc qui vont induire le goût du sucre."

Nathalie Claes précise ainsi que le problème réside aussi dans le fait que le bébé a une attirance innée pour le goût sucré. "Toutes les études montrent à l’heure actuelle que cette attirance pour le goût inné est quelque chose qui n’est pas fixé et qu’on a tout intérêt au contraire à éduquer le palais de l’enfant et à proposer une grande diversité de saveurs alimentaires."

Le risque est donc d’avoir cette accoutumance au sucre et donc de demander à l’avenir de plus en plus de sucre. "Quand vous consommez du sucre, vous activez votre cerveau, qui libère de la dopamine, une substance liée au plaisir, mais quand on mange du sucre et quand on en mange beaucoup, les récepteurs à la dopamine ont tendance à diminuer. Et donc, pour avoir la même perception de plaisir, on doit manger plus de sucre."

Question de facilité

Les industriels induisent cela mais pas uniquement pour les bébés, mais aussi dans tous les produits "ultra-transformés". Dans son étude, l’OMS révèle qu’entre 30 et 60% des aliments sont étiquetés comme convenant aux nourrissons de moins de six mois alors que ce n’est pas le cas.

Pourtant Nathalie Claes considère qu’il ne faut pas faire d’amalgame. "Vous avez les bons sucres et les sucres complexes, qu’on va retrouver dans les féculents ou dans les fruits et dont on a besoin et qui sont importants, et vous avez tout ce qui est sucre ajouté, dont on n’a pas besoin et qui font malgré tout le lit de l’obésité. On mange de plus en plus sucré et à force de manger sucré, on s’oriente vers ce type de produit-là, et petit à petit, le danger est que l’enfant s’accoutume à ce type de produits".

La diététicienne observe également une tendance à donner des petits pots, des compotes et des aliments trop sucrés, par facilité. "Il y a effectivement le côté pratique, mais je pense aussi que les parents font confiance et c’est ça qui est compliqué pour eux. Pour cette raison-là, je trouve que ce rapport de l’OMS tombe à pic. Il faut les aider par rapport à ça. La prévention de l’obésité, il faut impliquer tout le monde, les politiques, les industriels, les environnements fréquentés par les enfants comme les crèches et les écoles. C’est aussi notre rôle à l’ONE de conscientiser les familles."

 

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