Trop de pluie, pas assez de lumière: comment faire face malgré un été pourri?

C'est un fait, nous ne vivons probablement pas le meilleur des étés en termes de météo. Après un mois de juillet particulièrement pluvieux et maussade, on ne peut pas dire que le mois d’août instaure réellement la saison estivale. Moral en berne, humeur qui fait grise mine… Face à ce temps ce n’est pas la joie.

Et c’est d’ailleurs ce qu'il y a d’étonnant, face à un rayon de soleil il semblerait que notre humeur change, que l’on soit plus enjoué, plus enthousiaste, plus énergique aussi. Mais est-ce seulement une perception ou bien le temps qu’il fait a-t-il réellement un impact sur nos émotions ?

Corrélation et non cause à effet

Si on ne peut établir de causes réelles entre la météo et nos émotions, il y a en revanche "une corrélation", pointe le psychopédagogue de l’Université de Mons, Bruno Heembeck.

"Bien évidemment, le sale temps peut provoquer une certaine forme de morosité. Lorsqu’il fait beau, cela augmente la qualité de nos relations, on se retrouve dehors donc cela joue sur la qualité de nos rapports sociaux", explique-t-il.


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Et inversement, lorsqu’il fait plus froid, nous sommes plus enclins à nous enfermer et à nous isoler. Il y a une forme d’irritabilité. Alors oui il y a bien une "corrélation" entre le temps et notre état d’esprit, "tout ce qui crée des disruptions à des conséquences sur l’humeur mais cela est à prendre en compte avec d’autres aspects de l’environnement".

Nous ne sommes pas tous égaux

Le fait est que nous ne réagissons pas tous de la même manière face au temps qu’il fait. Bruno Hembeek compare cela avec l’état amoureux. Lorsque nous sommes dans un état positif, qu’importe qu’il neige ou qu’il vente. La météo n’aura alors que peu d’impact sur nos émotions.

Mais lorsque nous sommes dans une situation négative, la pilule de cet été pourri est plus difficile à avaler, on aura plus facilement tendance à râler et à être irrité. Voire dans des cas plus sérieux à entrer dans un véritable état dépressif. Ce qui rentre en compte c’est donc la "représentation" que l’on se fait de ce mauvais temps.

Ainsi face à la morosité, nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne : "Il y a à la fois une question de sensibilité personnelle et de disposition physique que l’on a ou non pour recevoir le changement. Ici le mauvais temps arrive à une période difficile, après de longs mois de confinement. Ce qu’il faut donc gérer ce sont les états d’âme, c’est la déception".

Il faut un terrain de prédisposition

Ainsi la météo pourra avoir un impact sur les émotions, mais ce n’est pas une obligation. En revanche, des personnes fragilisées au départ, sujettes à des troubles de l’humeur ou à des états dépressifs peuvent basculer. "Il faut un terrain de prédisposition. Si vous êtes fragilisé et que vous êtes dans un état dépressif au départ, les conditions physiques de vie comme peut l’être la météo, ainsi que les informations que vous recevez dessus, tout cela va nourrir la dépression et la personne peut basculer", détaille le psychopédagogue.

"C’est la distinction entre morosité et dépression", ajoute-t-il. "La morosité, on en sortira aux premiers rayons de soleil. En revanche, la dépression c’est lorsque l’on n’arrive plus à aimer ce qu’il se passe, vous n’arriverez plus à profiter du retour des rayons du soleil".

Des êtres biologiquement liés à la lumière et aux saisons

Pourtant, même si nous ne sommes tous logés à la même enseigne, pour nombre de scientifiques, la lumière, le changement de saison, la température qu’il fait sont autant d’éléments qui peuvent effectivement jouer sur nos émotions et sur la façon dont on se sent.

Prenons la lumière. Notre organisme a besoin, pour fonctionner, d’en recevoir, et d’en recevoir au bon moment. La lumière, que le soleil se charge de nous fournir, est indispensable au bon fonctionnement de notre "horloge circadienne qui elle-même a un impact sur notre horloge biologique. Et c’est par ce phénomène que se régule notre physiologie. […] Quand l’horloge biologique est mal réglée cela contribue aux problèmes d’humeur, au sens clinique du terme, à savoir la régulation des émotions", explique Gilles Vandewalle, maître de conférences en neurosciences et expert en lumière au FNRS de l’Université de Liège.

Ainsi, nous ne réagirons pas tous nécessairement de la même façon face à l’absence ou au manque de lumière mais celle-ci nous est vitale en tant qu’humain. La lumière agit directement sur notre organisme, "notre chef d’orchestre" et donc "sans les bonnes informations, sans le bon tempo envoyé, cela donnera une mauvaise symphonie. Et ce sont ces dérèglements qui peuvent générer des troubles de l’humeur", pointe Gilles Vandewalle.

Par ailleurs, dit-il, "la lumière c’est ce qui réveille, ça contribue à contraster le jour et la nuit. Il est donc essentiel d’en avoir au bon moment et en quantité suffisante".

Qu’est-ce que la "dépression saisonnière"?

C’est ainsi que certaines personnes sont sujettes aux dépressions saisonnières. L’hiver, la diminution de la lumière à la fois par la météo, mais aussi par le fait des journées plus courtes peut avoir un impact. Car, "l’être humain est un être saisonnier, notre horloge biologique est liée au lever et au coucher du soleil".

On parle de dépressions saisonnières pour les cas d’apparitions "cycliques, annuelles, de symptômes dépressifs qui commencent en octobre et durent jusqu’à mars, liées à des variations saisonnières et de façon prépondérante à la quantité de lumière", indique Gilles Vandewalle.


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Les dépressions saisonnières touchent tout de même 2 à 3% des Belges, indique Gilles Vandewalle. De son côté, "le blues de l’hiver touche 20 à 25% de la population belge". Et d’ajouter, "il s’agit d’une sensibilité à la variation de lumière alors que la dépression saisonnière est un critère clinique, les personnes qui en souffrent doivent être suivies".

Ainsi si tous ces petits dérèglements contribuent "à faire basculer des personnes plus fragiles vers des troubles de l’humeur ou du sommeil", il reste d’admettre que pour la majorité de la population il s’agit d'"états d’âme" qu’il convient d'"écouter". Il ne faut donc pas "surévaluer l’impact de la météo sur nos humeurs, c’est en fait relativement transitoire", pointe le psychopédagogue.

Quelles solutions ?

Pour lutter contre cette morosité et ne pas tomber dans un état de véritable trouble de régulation de nos émotions plusieurs solutions existent.

Pour Gilles Vandewalle, il faut augmenter nos quantités de lumière le matin notamment.

L’apparition des écrans et des lumières bleues, jusque dans nos chambres à coucher fait que nous recevons trop de lumière le soir et pas assez le matin, notamment en hiver.

De plus, même l’hiver, il est nécessaire d’aller à l’extérieur pour recevoir un peu de cette lumière naturelle. Et parfois la luminothérapie peut aider.

Bruno Hembeek recommande "d’aller chercher le soleil là où il se trouve. Cela peut être dans nos relations sociales, dans un livre etc.… Il faut nourrir le besoin de vivre dans un climat chaleureux".

Archives JT du 13/05/2019 : lumière dans les maisons

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