Trop de bactéries résistantes aux antibiotiques dans la viande de poulet

Trop de bactéries résistantes aux antibiotiques dans la viande de poulet
Trop de bactéries résistantes aux antibiotiques dans la viande de poulet - © Tous droits réservés

Sur un échantillon de 105 filets de poulets testés, 73 % contenaient des bactéries résistantes aux antibiotiques. Test achat a réalisé ces analyses. Des scientifiques mettent en garde : c’est l’abus d’antibiotiques chez les animaux qui serait en cause.

«On ne peut plus continuer comme ça». Herman Goossens, professeur à l’université d’Anvers, spécialiste international des antibiotiques, ne mâche pas ses mots. «La Belgique a été passive pendant 30, 40 ans.  Notre pays est l’un des pays européens où l’on consomme le plus d’antibiotiques chez les animaux.»

Il en résulte que les bactéries deviennent très résistantes. Ces bactéries peuvent se transmettre à l’homme. Il s’agit des désormais connues Escherichia coli  et Klebsiella. «Même si le poulet se mange cuit et que donc on élimine les risques de transmission de ce côté-là, le poulet touche évidemment la planche où on le coup, et il peut entrer en contact avec d’autres aliments. Ces bactéries peuvent alors coloniser l’intestin de l’homme. Ces mêmes bactéries peuvent par exemple être à l’origine des cystites. Et si elles sont résistantes aux antibiotiques, il arrivera un jour où l’on ne pourra plus les traiter.»

Des poulaillers industriels trop gros consommateurs

En 2007, une étude européenne pointait la Belgique comme le troisième plus gros consommateur d’antibiotiques chez les animaux, après les Pays-Bas et la France. Cette étude a fait office d’électrochoc aux Pays-Bas, qui ont mis en place une politique stricte de lutte contre l’abus des antibiotiques.  Ils ont organisé un système de collecte de données par exploitation. Il est donc possible de définir la consommation exacte de chacune d'entre elles et donc de mieux sensibiliser, mieux concerner les éleveurs. Les résultats de cette politique sont concluants : la consommation a diminué de 50 % depuis lors. «La Belgique doit aussi se fixer des objectifs», insiste Herman Goossens.

Depuis deux ans, il existe chez nous un centre d’expertise sur l’utilisation et les résistances aux antibiotiques chez les animaux (AMCRA). Son président, Jeroen Dewulf, confirme qu’on utilise encore beaucoup trop d’antibiotiques dans les poulaillers industriels, où sont élevés 20 000 poulets, malgré l’existence, depuis 2006, d’une réglementation européenne qui interdit d’t’utiliser les antibiotiques comme activateurs de croissance. «Oui, on les utilise encore trop, et même pour la prévention des maladies. Qu’on utilise un antibiotique de manière curative, c’est normal, mais ça n’a pas de sens de donner des antibiotiques à des milliers de poussins de manière préventive. On peut clairement diminuer l’usage d’antibiotiques.»

L’AMCRA mène d’ailleurs une expérience pilote dans une cinquantaine de fermes en Flandre. Et les résultats sont positifs: en deux ans, la consommation d’antibiotiques y a diminué de 30 à 40 %.

«Il faudrait déjà augmenter les mesures d’hygiènes», précise Herman Goossens. «Dans les pays scandinaves, on a montré que des mesures d’hygiène plus strictes aident à grandement prévenir les maladies. C’est la même logique qui prévaut pour les hôpitaux, où l’on essaye d’être encore plus rigoureux.»

Pour les scientifiques, le risque est clair: si l’on n’agit pas sérieusement sur la consommation d’antibiotiques chez l’humain, mais aussi chez les animaux, dans 10 ans, les antibiotiques seront devenus inefficaces.

O. Leherte

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