Trio médecin, patient et internet pas toujours heureux

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"Help, je comprends rien à mes analyses de sang", "j'aimerais savoir les signes probables d'un cancer des poumons", "je sors de chez le gynéco et j'ai quelques questions" : internet s'invite aujourd'hui dans la relation médecin-patient pour un mariage à trois plus ou moins heureux.

"A l'ère du numérique, on ne va plus ouvrir des dicos médicaux et M. Google nous donne des clés qui, parfois, sont de mauvaises clés", reconnaissait le vice-président français du Conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom) Jacques Lucas lors des Entretiens de Bichat.

Les médecins, en particulier les plus âgés, généralement moins familiers des nouvelles technologies, sont parfois agacés de recevoir des patients persuadés de savoir ce qu'ils ont et comment on doit les soigner.

Internet "est un outil à double tranchant", explique à l'AFP William Eclancher, généraliste, webmaster d'Entremed.fr et membre de l'association des Médecins Maîtres-Toile. "Quand un patient arrive au cabinet avec une information erronée, c'est parfois difficile de le faire changer d'avis".

"Toute information de mauvaise qualité est potentiellement dangereuse ou du moins anxiogène. Elle peut être un frein dans la qualité de la relation avec le patient, dans le message à transmettre", met-il en garde.

Il suffirait presque de taper le nom de n'importe quelle maladie, associé au mot "symptômes", sur un moteur de recherche, pour se découvrir malade !

Et si les sites santé les plus sérieux avertissent les internautes que leur contenu ne remplace en aucun cas un avis médical, forums et autres chats ont tôt fait d'inquiéter - ou de rassurer - à tort.

"Il faut bien faire la différence entre les forums où l'on raconte des expériences personnelles, et les sites faits par des professionnels ou des médecins, où on a un vrai apprentissage", indique le Dr Eclancher.

Car pour ce généraliste parisien, internet est "de plus en plus une source d'information complémentaire", à laquelle les médecins doivent essayer de participer. Il y voit "un relais de la consultation, parce que, en un quart d'heure, on ne peut pas tout expliquer".

"Le médecin doit rediriger les patients vers les sites de qualité, y compris des internationaux, comme des sites canadiens, souvent bien faits", souligne-t-il.

Chargé des systèmes d'information en santé au Cnom, le Dr Lucas plaide lui aussi pour une plus grande implication des médecins sur la toile. "Nous disons aux médecins : vous ne retiendrez pas l'eau du fleuve, alors, entrez dans le fleuve et produisez vous-mêmes vos sources d'informations".

Il estime également que le label de certification HONCode, mal connu du public, est "une bonne avancée", même s'il est encore perfectible.

"On n'évitera jamais les savants cosinus. Il faut pouvoir les repérer et les sanctionner. Ils agissent parfois dans un but délictueux, voire sectaire", indique-t-il.

Mais pour le Dr Lucas, les risques d'internet ne sont pas pires que les "radotages de bouche à oreille, de sa cousine ou de sa voisine". Il peut même éviter "ce commérage sanitaire", dit-il. "L'ignorance est plus périlleuse que la connaissance".

Les sites de santé ont émergé en France à partir des années 2005/2006 et n'ont cessé de se développer depuis.

Un sondage du Cnom réalisé au printemps dernier a montré que les médecins sont encore la principale source d'information des Français en matière de santé (89%), devant internet (64%) qui arrive à égalité avec les proches, mais devant le pharmacien (63%).


AFP

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