Traversée de la Manche: Franky Zapata a relevé son défi

Traversée de la Manche : nouvelle tentative pour Franky Zapata
Traversée de la Manche : nouvelle tentative pour Franky Zapata - © Gal ROMA

Dix jours après son échec, "l'homme volant" a réussi son défi de traverser la Manche sur son "flyboard". Parti de Sangatte à 08h17 ce matin, il a atteint la côte anglaise, à Saint Margaret's Bay, une vingtaine de minutes de plus tard, après s'être ravitaillé en kérosène à mi-parcours. A son arrivée, au bord des larmes, il a déclaré : "Je suis tellement soulagé et heureux, c'est que du bonheur." Les traits marqués, visiblement fatigué et épuisé, le premier homme volant à traverser la Manche a dit "J'ai besoin de vacances."

Le 25 juillet, 110 ans jour pour jour après l'exploit de Louis Blériot, premier aviateur à avoir franchi la Manche, il s'était élancé du même endroit sur sa planche volante, mais il avait chuté quelques minutes plus tard dans les eaux anglaises, après avoir heurté à très faible allure la plateforme du bateau de ravitaillement où il voulait se poser. 

En raison de la distance, Franky Zapata devait obligatoirement, pour ce challenge auquel il s'est préparé ces six derniers mois, se réapprovisionner en kérosène, qu'il stocke dans son sac à dos.

"La partie la plus complexe, c’est vraiment le ravitaillement", avait-il insisté après avoir été secouru en mer et ramené sur le littoral français par un remorqueur, reconnaissant "une mauvaise appréciation de la difficulté de l'atterrissage".

Alors, pour cette seconde tentative, Franky Zapata et son équipe ont choisi un bateau étape "plus grand" positionné dans les eaux françaises.

Lors de son premier essai et malgré son échec, le sportif, qui n'a "jamais volé" aussi loin des côtes, a estimé que ce vol avait été "plus facile" car l'air était "moins turbulent".

Aujourd'hui, Zapata insiste, au micro de LCI : "Ce qui compte, ce n'est pas l'exploit historique, ce qui compte c'est ce que nous avons réalisé avec mon équipe. C'était tellement difficile. J'ai beaucoup de chance, beaucoup de chance d'avoir une équipe derrière moi, des amis qui me suivent.."

"Ça devrait le faire"

"Aujourd'hui, on a beaucoup plus de chances que la dernière fois, on a vu, on a appris, les vents n'ont pas changé, je pense que ça devrait le faire", a affirmé Franky Zapata samedi lors d'une conférence de presse à Sangatte, la veille de son départ.

Mais l'ancien champion du monde et d'Europe de jet-ski a dû réparer cette semaine dans son atelier près de Marseille l'électronique et les moteurs de son engin, endommagés lors de sa chute.

"Normalement, les machines, on les teste pendant plusieurs semaines avant d'avoir des événements importants. Là, c'est vrai que c'est un peu angoissant d'avoir une machine qui vient d'être remontée", a-t-il dit. D'ailleurs, après son exploit, Zapata a précisé : "J'ai douté, je l'avoue. J'ai douté il y a deux jours quand ça ne marchait pas comme on voulait, qu'on a reconstruit la machine, qu'on a eu des petits soucis techniques, on savait bien qu'il fallait encore augmenter la fiabilité. Il a fallu revoir la copie, c'est-à-dire revoir la capacité de la machine à voler dans n'importe quelles conditions et d'arriver à renforcer la sécurité.

Un système encore "en cours de développement"

Le système utilisé pour l'exploit de ce dimanche quatre août était encore en cours de développement et pas totalement abouti, un challenge supplémentaire. "On a conclu que c'était beaucoup moins risqué de tenter l'exploit avec ce système certes fini, même s'il n'avait pas été testé de manière régulière. L'ancienne machine avait un taux de panne supérieur; j'ai un peu douté mais on a redoublé de concentration et d'efforts et c'est passé." Le travail a été dur : seize heures par jour, pendant 10 jours. 

Lors de sa première tentative, Franky Zapata et sa holding du même nom ont trouvé un écho médiatique, quelques jours seulement après une première vitrine d'envergure lors du défilé militaire du 14 juillet sur les Champs-Elysées.

Ce jour-là, devant le président Emmanuel Macron, il avait offert un spectacle futuriste: fusil en main, il avait volé à plusieurs dizaines de mètres du sol sur son invention, "100% développée en France" dans les ateliers de Rove (Bouches-du-Rhône).

Derrière l'exploit, des enjeux économiques (et militaires)

L'armée s’intéresse de près à cet engin. Sans elle, Franky Zapata n'aurait d'ailleurs pas pu finaliser le développement de son Flyboard puisqu'elle a versé une subvention de 1,3 millions d'€. 

Mais qu’est-ce qui pousse la défense française à investir dans ce type d’innovation ? Pour Jean-Vincent Brisset, ingénieur à l'Ecole de l'air en France, le flyboard serait un énorme avantage pour les militaires sur le terrain. "Cela permet, par exemple, de franchir rapidement un obstacle, comme un fossé, de franchir un mur de quelques mètres. Cette machine permet aussi de transporter des charges relativement importantes sans avoir à fatiguer son utilisateur. Il faut quand même voir aussi que le flyboard veut dire de la logistique supplémentaire. Le flyboard lui-même pèse un certain poids. Il faut le transporter. On a déjà des militaires qui se trimbalent avec des charges de plusieurs dizaines de kilos dans des sacs à dos ou avec des mules, c'est-à-dire des petits chariots qui les suivent. S'il faut transporter le flyboard, et puis le carburant du flyboard, cela fait encore de la logistique en plus. Donc, ce sont des difficultés supplémentaires sur le plan de l'approvisionnement."

Selon l'expert, l'armée française envisage depuis longtemps un moyen pour permettre aux fantassins de voler, il assure que plusieurs expérimentations ont été faites mais celle de Franck Zapata est relativement nouvelle dans la mesure où "elle marche un petit peu mieux que ce qui a déjà été fait avant."

 

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