Travailleur du sexe depuis 16 ans, il raconte son parcours et les violences auxquelles il est confronté

Thierry Schaffauser explique que pour ceux et celles qui sont travailleurs du sexe – ne fût-ce que temporairement –, le plus difficile serait de faire face aux préjugés, à la stigmatisation et à la violence. "Je me rappelle qu’un policier m’avait dit : 'Si on te retrouve en sang dans le caniveau, en gros ce sera bien fait pour toi'", confie Thierry.

Lui, est travailleur du sexe par choix. "Je pense que j’avais quand même envie d’expérimenter sexuellement pas mal de choses. Et je sais que dès l’adolescence, je savais que j’avais la capacité de baiser un peu avec n’importe quel mec, donc du coup, je me suis dit pourquoi ne pas essayer ?"

Associée au crime et à l’immoralité, cette profession est chargée négativement d’un stigmate qui marque et discrédite ceux et celles qui la pratiquent. Par exemple, Thierry Schaffauser souligne les nombreuses fois où il a été contrôlé par la police. "Ça renvoie tout de suite à l’idée qu’on n’est pas des citoyens comme les autres et qu’on ne mérite pas les mêmes protections que les autres citoyens.“

Vers une plus grande précarité

En 2016, une loi pénalisant les clients a été votée. Pour Thierry, cette pénalisation entraîne une réelle "précarisation". La loi serait responsable d’une "baisse des prix", d’un "pouvoir de négociation qui s’est inversé""Maintenant, ce sont les clients qui ont vraiment tendance à imposer les conditions."

Cela a donc un impact direct sur la sécurité des travailleurs du sexe. "Précarité, dégradation de la santé et insécurité, je pense que ce sont vraiment les trois conséquences majeures de cette loi", résume Thierry Schaffauser. En 2009, il a participé à la fondation du Syndicat du TRAvail Sexuel (Strass). Aujourd’hui, c’est l’attitude des pouvoirs publics qu’il dénonce. "On est dans un système qui favorise ces violences et je pense que les politiques ont une lourde responsabilité", estime-t-il.

Ainsi, Thierry Schaffauser appelle à une déstigmatisation et à une dépénalisation : pour lui, ce n'est pas la nature des activités qui les rend dangereuses et potentiellement asservissantes, mais le fait qu’elles soient pénalisées.

"Ce sont eux [les responsables politiques] qui ont les responsabilités de ces violences-là et à un moment donné, il va falloir qu’ils changent la loi parce que je pense que c’est une des choses basiques et primordiales à faire si on veut être sérieux pour lutter contre cette violence", conclut Thierry Schaffauser.

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