Les Suisses rejettent massivement le revenu universel

Les Suisses rejettent massivement le revenu universel
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Les Suisses rejettent massivement le revenu universel - © FABRICE COFFRINI - AFP

L'initiative en faveur d'un revenu de base inconditionnel (RBI) a été rejetée par 78% des électeurs suisses, selon une projection de l'institut GfS pour la télévision helvétique. La nette défaite des partisans du RBI n'est pas une surprise, les sondages ayant prévu un rejet de cette ampleur après, notamment, que le Conseil Fédéral (le gouvernement) suisse se soit exprimé en défaveur de la mesure soumise au vote par un groupe de 126 mille personnes et selon le principe du 

Revenu universel 

Le principe était simple: offrir à tous les citoyens suisses et à tous ceux qui vivent depuis au moins 5 ans sur le territoire helvétique une somme fixe. Cette allocation aurait été universelle, inconditionnelle et donc versée à tout le monde, cadre, chômeur, ouvrier, vieux, jeunes, bardés de diplômes ou pas, etc.

Les organisateurs de cette initiative populaire imaginaient 2500 francs suisses (environ 2300 euros) pour les adultes, et 625 francs suisses (environ 560 euros) pour les mineurs, un montant qui peut sembler conséquent mais qui, vu le coût de la vie en Suisse, ne suffirait pas pour vivre.

De toute façon, le texte soumis au vote n’était pas aussi précis, il s’agissait simplement de se prononcer sur le principe de cette allocation, ni sur son montant précis ni sur son mode de fonctionnement. Les allocations sociales auraient été supprimées et remplacées par ce versement. Les salariés auraient continué évidemment à toucher leur salaire mais imaginons un salaire de 4000 euros. Si le texte était adopté, le salarié percevrait 2300 euros d’allocation et 1700 euros de salaire.

Existence digne

Pour les partisans d’un tel système, il s’agissait de "permettre à l’ensemble de la population de mener une existence digne et de participer à la vie publique". Plus globalement, les initiateurs du projet s’interrogaient sur la mutation du travail, le développement de plus en plus rapide des technologies et la disparition de nombreux postes de travail liée à ces développements. D’autre part, expliquent-ils, ce versement aurait permis un changement de société, une plus grande attention à la famille, aux services, au bénévolat. Le système social aurait été aussi grandement simplifié puisqu’il n’y aurait plus d’autres allocations sociales.

Utopie risquée

Du côté du gouvernement et des principaux partis politiques suisses, on évoquait une utopie. Le Conseil Fédéral a sorti sa calculette en prenant 2012 comme année de référence. Cette allocation versée aux adultes et aux enfants aurait coûté 208 milliards de francs suisses (187 milliards d’euros). En imaginant que cette allocation remplace toutes les autres, le Conseil fédéral arrivait à une addition de 153 milliards de francs suisses (138 milliards d’euros). Les impôts sur le revenu rapportent aujourd’hui 128 milliards de francs suisses (115 milliards d’euros) mais cette allocation ne serait pas imposée donc les recettes fiscales baisseraient. Bref disait le gouvernement, il nous resterait à financer chaque année 25 milliards de francs suisses (22,5 milliards d’euros).

Pour le Conseil Fédéral, c’était inimaginable, cela aurait demandé des réductions de dépenses drastiques ou une augmentation des taxes qui serait mal passée. Mais au-delà de ces chiffres, le Conseil Fédéral n'avait pas caché son malaise face à une idée qui aurait changé profondément la société, le rapport au travail. Si le vote avait été favorable, la Suisse aurait pu manquer de personnel qualifié, de main-d’œuvre (le taux de chômage en Suisse tourne autour de 5% contre le double dans l’Union européenne). Certains opposants au projet dénonçaient également un incitant à l’oisiveté.

Un vieux débat

Cela fait des dizaines d’années que ce débat agite le monde, et suivant les époques et les pays, on trouve ses partisans aussi bien à gauche qu’à droite. Plusieurs expériences ont été ou sont tentées dans le monde. En Alaska, les habitants reçoivent depuis des années un "dividende annuel de citoyenneté" que financent les rentrées pétrolières: 1700 euros par mois.

Au Canada, aux Pays-Bas mais aussi en Finlande, les autorités y réfléchissent ou ont essayé mais souvent, l’expérience prend fin faute de moyens. Les initiateurs du projet avaient par ailleurs récolté des fonds pour permettre à un citoyen suisse tiré au sort de recevoir pendant un an cette allocation universelle, en guise de test. 

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