Transmission du coronavirus : ce qu'on... ignore toujours

Quelle part de transmission se fait via aérosol? Qui sont les super contaminateurs? La pollution de l'air est-elle un facteur aggravant? Pour faire le point sur ces questions sur le plateau de CQFD: Simon Dellicour, épidémiologiste, chercheur à l’ULB, et Pierre Smeesters, infectiologue et chef du service pédiatrie à l'HUDERF.

Transmission par aérosol: quelle certitude?

La transmission par aérosol (petites goûtelettes en suspension longue dans l'air) ne fait plus de doutes parmi les scientifiques. Mais on ne connaît pas encore son importance relative par rapport aux autres modes de transmission, soit par gouttelettes/postillons ou via les surfaces. "Les données sur ce point sont parfois contraires", commente Pierre Smeesters qui a tenté, comme d'autres, une expérience à l'hôpital pour tenter d'objectiver: "On est allé avec des petits aspirateurs dans les chambres des patients, prendre de l'air, et on n'a pas observé de problèmes de contaminations. Dans notre procédure expérimentale, on n'a pas pu conclure si on a trouvé quelque chose ou non. Pour cela, il faut trouver des traces d'ARN, ce qui ne veut pas forcément dire que le virus est vivant".

Simon Dellicour confirme qu'il reste de nombreux points d'interrogations sur cette question: "la seule certitude, c'est que c'est un des modes de transmission possibles [...] Et la transmission aérosol est favorisée dans certaines conditions environnementales, on parle surtout d'un air sec, maintenu artificiellement froid, dans un espace clos. Par exemple, dans des abattoirs. Il y a aussi eu des évènements de super-propagation liés à de l'air conditionné dans des restaurants". 


►►► À lire aussi : Toutes les infos sur le coronavirus


"Pour la question spécifique du froid, c'est un facteur qui a été mis en avant par certaines études, mais pas toutes", poursuit Pierre Smeesters, "les données ne sont pas encore concluantes à ce niveau, cette question reste importante".

Etre dans des endroits clos, avec un air non renouvelé, ouvre la porte à la contamination par aérosol

Il semblerait que certaines personnes soient bien plus infectieuses que d’autres, a fortiori dans les environnements favorisant les contaminations. Des scientifiques parlent de la "règle du 20/80": 20% de personnes malades qui pourraient être responsables de 80% des transmissions. Par quels mécanismes? La science n’a pas encore toutes les réponses. 

"Il vaut mieux parler d'évènements de super contamination", explique Simon Dellicour, "car il faut plusieurs éléments réunis pour qu'il y ait transmission d'une personne vers d'autres [...] Et effectivement, se retrouver dans des endroits confinés, avec un air non renouvelé, ça ouvre la porte à la contamination par aérosol".

Quid de l'impact de la pollution de l'air?

C'est une étude internationale qui vient de le conclure: une exposition à long terme à la pollution de l'air ambiant pourrait augmenter le risque de mourir du Covid-19: d'environ 15% en moyenne au niveau mondial et de 21% en Belgique.

Est-ce en raison de la densité de population ou de la qualité de l'air? "Pour la mortalité, il y a une plus grande certitude", répond Simon Dellicour. "Pour le lien entre particules fines et facilité de transmission du virus, c'est à ce stade encore beaucoup plus spéculatif".

Ce Qui Fait Débat, chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté du débat à revoir ci-dessous :

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK