Traitement de Pia: les géants pharma se sucrent-ils sur les maladies rares?

Comment expliquer qu'un médicament puisse coûter 1 million 900 000 euros? Le sort de la petite Pia émeut beaucoup de Belges et repose la question du financement des médicaments innovants comme traitement des maladies rares. Pour y répondre, Arnaud Ruyssen recevait ce mercredi sur le plateau de CQFD Jean Hermesse, Secrétaire général de la Mutualité chrétienne et Grégory Willocq, porte-parole de Pharma.be.

Novartis, 13 milliards de bénéfices en 2018

"Le prix demandé pour ce type de médicament (Zolgensema) ne reflète évidemment pas le coût de production ni le coût de la recherche, explique Jean Hermesse, Novartis vient de publier ses chiffres et sur 50 milliards de chiffre d'affaires, ils font 13 milliards de bénéfices l'année passée. Le prix intègre donc déjà 25% de bénéfices. Ajoutez à cela 25% de marketing, on est pratiquement à 50% qui ne sont pas des coûts de recherche ni de production".

De plus, ce coût est un coût adapté au marché et non un coût-vérité, poursuit le Secrétaire général de la Mutualité chrétienne: "le prix est aujourd'hui marqué en fonction des économies potentielles que cela peut représenter (...) Novartis a ici estimé que son prix devait refléter le fait de pouvoir économiser sur le prix d'un autre traitement, de la firme Biogen en l'occurence, qui coûte lui 500 000 euros la première année, et plusieurs centaines de milliers d'euros les années suivantes. Là où Novartis propose un traitement en une seule injection (...) C'est une surenchère".

Le risque pris pour peu de patients est énorme

Grégory Willocq de Pharma.be rappelle que le secteur est l'un de ceux qui réinvestissent le plus en terme de recherche et développement: "c'est la raison même d'une entreprise pharmaceutique innovante (...) Le risque pris pour peu de patients est énorme, et je pense qu'aujourd'hui, on peut se réjouir que les entreprises cherchent des traitements pour des patients et même pour une population très restreinte, en ce qui concerne les maladies rares". 

L'INAMI doit-elle rembourser le médicament?

Interpellée sur le sujet, Maggie De Block, la ministre de la santé répond qu'on ne peut rien faire pour prendre en charge le médicament pour l'instant. Une évaluation est en cours par l'Agence Européenne du Médicament, et ce n'est que lorsqu'il sera approuvé au niveau européen que Novartis pourra demander un remboursement en Belgique. 

"On sait bien que l'émotion fait plier un ministre", commente Jean Hermesse qui en tant que patron de mutuelle conclut en évoquant un choix cornélien pour la sécurité sociale: "Combien sommes-nous prêts à payer pour une année de vie gagnée? En sachant que dans un budget limité, 1,9 millions d'euros pour une ou quelques années de vie en plus, entraîne moins de moyens pour rembourser la psychothérapie, par exemple, dans un pays où le taux de suicide des jeunes est parmi les plus élevés". 

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h en télé sur La Trois. 

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