Traite des êtres humains: les mineurs ne sont pas épargnés

Rapport Myria 2015
Rapport Myria 2015 - © Myria

Il faut davantage sensibiliser au phénomène des loverboys, qui recrutent leurs victimes par la séduction. C’est sur ce chapitre de son rapport annuel, que Myria, le Centre fédéral Migration, a voulu mettre l’accent ce lundi. En Belgique, ces loverboys sont principalement actifs dans le secteur de la prostitution.

C’est l’histoire d’une jeune fille de seize ans qui se prostitue par amour. Cette jeune bruxelloise fait partie des mineurs victimes de la traite des êtres humains que Sandrine François accueille dans son centre. Esperanto est un service d’accueil pour mineurs présumés victimes de la traite des êtres humains. "C’était quelqu’un qui habitait pas loin de chez elle, avec une belle voiture. Il s’est intéressé à elle, la séduction a pris du temps. Et une fois que la jeune fille était bien accrochée à son petit ami, il l’a forcée à se prostituer. Et la jeune fille l’a fait par amour. C’est ça, le principe des loverboys. La famille s’est rendu compte de quelque chose et a pris contact avec nous. On a hébergé la jeune fille le temps que la famille déménage, change d’endroit, car si la jeune fille était retournée dans son quartier, elle aurait été en danger ".

Le "loverboy", un phénomène connu

On les appelle communément les loverboys (la terminologie nous vient des Pays-Bas, où depuis lors elle aurait évolué en "prooi-boys" dans le jargon policier, nous explique un policier spécialisé dans la traite des êtres humains, "prooi" signifiant "proie", en néerlandais… ). Ce sont des proxénètes séducteurs. Ils séduisent leur proie avant de l’exploiter sexuellement. "On connaît le phénomène depuis plusieurs années, nous explique Frank Demeester, magistrat de référence Traite des êtres humains de Flandre occidentale, mais le fait qu’il touche des victimes est assez récent. Et on entend de plus en plus d’affaires du genre".

Les cibles sont des jeunes filles isolées ou fragilisées qui ont une mauvaise image d’elles-mêmes. Les proxénètes peuvent les approcher via les réseaux sociaux. C’est le cas notamment pour ces jeunes filles qu’ils font venir de l’étranger pour les obliger à se prostituer en Belgique. Ils peuvent aussi les séduire en rôdant dans des endroits fréquentés par des jeunes. "La Flandre a connu un cas de ce genre, précise Patricia Le Coq, spécialiste traite des êtres humains chez Myria, où ils ont recruté aux alentours des institutions de jeunesse où étaient placées des jeunes filles qui sont ensuite tombées sous le joug des loverboys".

Ces jeunes filles subissent de nombreuses violences. Elles sont droguées pour être plus dépendantes encore de leur proxénète. Elles sont parfois victimes d’avortements forcés. C’est le cas d’une jeune fille originaire de Roumanie, qui était enceinte de 5 à 6 mois. Elle pleurait en rapportant les faits, atroces. Un témoin raconte : "Elle a dû avaler des comprimés ; l’accouchement a été déclenché, l’enfant est né et tombé au sol. […] L’enfant vivait encore", peut-on lire dans le rapport de Myria. On y apprend par ailleurs que le bébé a été emballé dans un sac en plastique et qu’ensuite la jeune fille, mineure, a appris qu’il était mort.

Etre attentif aux signaux d’alerte

Souvent, le jeune qui est approché par un proxénète séducteur est surpris en possession d’un nouveau gsm, de vêtements neufs. Un nouvel ami vient le chercher à l'école dans une grosse cylindrée. Voilà autant de signaux qui doivent alerter les parents, les professeurs, les éducateurs. Myria recommande de davantage sensibiliser les acteurs de terrain au phénomène.  "Nous recommandons que les services de première ligne, d’aide à la jeunesse, les brigades de la de la police locale soient sensibilisés à cette question de loverboys et aux indicateurs de traite, car ces victimes ne sont pas toujours considérées comme des victimes de traite".

Le magistrat Frank de Meester approuve le conseil du Centre fédéral Migration. Il aimerait que "tous les acteurs qui sont en contact avec les jeunes soient sensibilisés, attentifs aux signaux et en fassent rapport aux services de police".

Aux Pays-Bas, où le phénomène est largement répandu, des mesures ont été prises, telles qu’ "une check-list pour aider les intervenants à identifier les victimes des loverboys", ajoute Patricia Le Cocq.

Ces victimes sont parfois les auteures de délits, sous la contrainte. Il leur arrive de voler, mais Myria rappelle qu’elles restent des victimes, avant tout.

Exploitation sexuelle, économique, mariages précoces: recommandations en vrac

Dans son rapport, Myria réclame par ailleurs que le gouvernement élabore un plan d'actions en matière de lutte contre le trafic d'êtres humains et se réjouit que des discussions aient été entamées sur ce point.

Le Centre rappelle en outre que la seule motivation des réseaux de trafic d'êtres humains est de nature financière. "La lutte financière constitue dans ce cadre un élément-clé tant au niveau national qu'international."

Le rapport aborde aussi la problématique des mariages forcés. Très peu d'unions de ce type sont enregistrées, notamment en raison du manque de sensibilisation et de formation du personnel institutionnel mais également parce que ces mariages se jouent dans l'intimité des familles. Seules 56 plaintes relatives à des unions forcées ont ainsi été dénombrées depuis 2010 en Belgique. Quant aux mariages précoces, pour lesquels l'un des partenaires au moins n'a pas atteint l'âge de 18 ans, ils ont lieu, en Belgique, au sein des communautés rom et afghane.

Au vu de la situation, Myria recommande donc "de poursuivre les efforts en matière de sensibilisation, de développement de compétences et de formations à l'égard des catégories professionnelles (policiers, magistrats,...) confrontées à de telles situations". Le centre encourage également la sensibilisation au sein des communautés elles-mêmes. Il soutient en outre la collaboration entre les différentes sections d'un même parquet (jeunesse, violences intrafamiliales,...).

 

 

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