Toutes les questions que vous vous posez sur les œufs contaminés au fipronil

Toutes les questions que vous vous posez sur les œufs contaminés au fipronil
Toutes les questions que vous vous posez sur les œufs contaminés au fipronil - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Le scandale des œufs contaminés au fipronil prend de l'ampleur. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Quand et comment l'affaire a-t-elle commencé ? Quel est le rôle de l'Afsca, l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire, dans ce dossier ? Et y a-t-il un danger pour le consommateur ? Eléments de réponse.

1. Que se passe-t-il ?

Des œufs produits dans différents élevages de poules en Europe sont contaminés à des degrés divers au fipronil, une molécule présente dans un produit destiné à traiter les volatiles contre les puces, les acariens et les tiques. Des élevages en Belgique, au Pays-Bas, en Allemagne, en Suède et dans le nord de la France sont touchés.

Benno Bruggink, porte-parole de l'autorité néerlandaise pour la sécurité de la chaîne alimentaire, déclarait ce week-end : "Nous avons enquêté dans 180 élevages. 20 d'entre eux sont en ordre. Nous leur avons donné le feu vert. Par contre nous avons trouvé du fipronil dans 147 autres élevages."

Le traitement par pulvérisation dans les poulaillers a été effectué par la société néerlandaise Chick Friends. Mais c'est Poultry Vision, une entreprise basée à Weelde (province d'Anvers), qui a fourni le fipronil incriminé. Reste à savoir si Poultry Vision connaissait la destination de son produit.

En tout cas, les éleveurs belges qui ont utilisé le produit se sentent trompés. Le produit vendu par Chick Friends leur a été présenté comme un produit naturel. C'est ce qu'affirme Anna Granados Chapatte, conseillère à la fédération wallonne de l'agriculture, au micro de la RTBF. "Les échos qu'on reçoit des éleveurs vont dans ce sens-là. [...] Donc les éleveurs l'ont utilisé dans leur exploitation en se disant qu'il n'y avait pas de mal."

L'Allemagne voit derrière cette contamination une intention criminelle et demande une enquête approfondie en Belgique et aux Pays-Bas.

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2. Le fipronil est-il dangereux pour les consommateurs ?

L'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire, écrit sur son site internet que "l’organisation mondiale de la santé (OMS) classe le fipronil comme étant moyennement toxique pour les humains. En grandes quantités, il peut causer des dommages hépatiques, au niveau de la thyroïde ou des reins."

Mais, selon l'Afsca, il n'y a pas de raison de paniquer dans le cas présent. Kathy Brison, porte-parole de l'Afsca, explique que "les valeurs seuils fixées au niveau européen sont déjà très élevées et très protectrices pour le consommateur. Tous les résultats qu'on a obtenus sont vraiment en dessous de cette valeur. On est vraiment à la limite, on détecte la présence, mais on est loin de ces valeurs seuils."

Pour Alfred Bernard, toxicologue et professeur à l'UCL, "les cas mortels sont rarissimes. Peut-être un cas en 30 ans. Il faut vraiment des doses massives, de l'ordre pratiquement d'un demi grammes. Dans un œuf, vous avez 10 000 à 100 000 fois moins". Concrètement, il faudrait manger 10 000 oeufs sur une période très courte pour que le fipronil devienne dangereux.

Malgré tout, des œufs sont massivement détruits par précaution en Allemagne, aux Pays-Bas et, dans une moindre mesure, en Belgique. "La situation est différente étant donné que les exploitations avicoles sont de tailles différentes. Les méthodes d'élevage sont différentes et donc les résultats d'analyses sont différents", indique-t-on du côté de l'Afsca.

Une hypothèse est avancée pour expliquer la variation du taux de fipronil selon les élevages et les pays : la façon de pulvériser le produit. En Allemagne, on pulvériserait avec les poules dans le poulailler, contrairement à ce qui se fait en Belgique.

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3. Quel rôle de l'Afsca ? L'agence a-t-elle tardé à réagir ?

L'Afsca reconnait qu'elle a été informée début juin de la présence de fipronil dans certains œufs. Et ce grâce à un auto contrôle d'une entreprise belge qui travaille avec des œufs frais. Pourquoi l'Afsca a-t-elle attendu fin juillet pour communiquer ? L'agence explique que le parquet d'Anvers s'est saisi de l'affaire et qu'il y a donc eu un secret de l'instruction. Etant donné la complexité du dossier, l'enquête a a pris un mois et demi.

"Ça a pris un certain temps et ce n'est que le 20 juillet grâce à l'aide du Parquet qu'on a pu obtenir des informations et voir l'ampleur des exploitations touchées, détaille Kathy Brison, porte-parole de l'Afsca. C'est seulement à partir de ce moment là qu'on peut dire que l'Afsca connaissait l'ampleur. Nous avons communiqué immédiatement."

Le 25 juillet, une dépêche de l'agence Belga annonce en effet que "en collaboration avec le parquet, l'Afsca mène actuellement une enquête sur l'utilisation de fipronil dans le secteur de la volaille"

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4. Quelles réactions politiques ?

Du côté d'Ecolo, on s'interroge sur ce qui pourrait s'apparenter à une rétention d'information. Pour Georges Gilkinet, député fédéral Ecolo, "on n'a pas appliqué le principe de précaution ni le principe de transparence".

Jean-Marc Delizée, député fédéral PS et président de la Commission Economie et Agriculture ajoute : "On ne sait pas pourquoi aujourd'hui des œufs contaminés sont retirés. Pourquoi aujourd'hui et pas il y a deux mois ?"

Denis Ducarme, ministre de l'Agriculture fraîchement nommé, a réagi dimanche, reconnaissant que "la protection du consommateur et la transparence doivent être garanties. Nous veillons et veillerons encore également à ce qu'elles soient assurées". Et d'ajouter ce lundi sur les ondes de La Première : "Je vais insister pour avoir l’ensemble des éléments, pour qu’on puisse donner l'ensemble des réponses."

Denis Ducarme et Maggie De Block, la ministre de la Santé publique, seront entendus mercredi à 10h15 en commission Economie et Agriculture à la Chambre pour faire toute la lumière sur cette affaire.

Sujet du 13h du 08 août sur des éleveurs wallons:

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