"Tout le monde vit sa vie et j’ai l’impression de stagner": un jeune Belge sur dix est un "NEET", qu’est-ce que cela veut dire ?

L’an dernier 14,1% des jeunes bruxellois de 18 à 24 ans et 14,8% des jeunes wallons du même âge n’étaient ni en enseignement, ni en formation et ni à l'emploi. Ces jeunes appelés "NEET" ("Not in Employment, Education or Training") sont particulièrement visés par les programmes d’organismes d’emploi. Mais quelles réalités se cachent derrière ces chiffres ?

Un groupe assez hétérogène

La première chose à savoir, c’est qu'"il s’agit d’un groupe assez hétérogène", explique Claire Dujardin, chargée de recherche à l’Iweps, institut wallon de la statistique. En effet, "cela comprend des jeunes qui, par exemple, n’ont pas de diplôme de secondaire inférieur, qui sont en décrochage scolaire, qui potentiellement peuvent rencontrer plus de difficultés pour s’insérer sur le marché du travail et rester dans cette catégorie de NEET fort longtemps. Pour eux, cela peut engendrer des situations de précarité et de vulnérabilité… Mais à côté de ça, cela comprend aussi les jeunes qui viennent d’obtenir leur diplôme et qui sont au tout début de leur recherche d’emploi. Pour ces derniers, ce n’est pas problématique d’être NEET."

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Pourcentage des 18-24 ans ne se trouvant ni à l’emploi, ni en enseignement, ni en formation. © IWEPS

Une chose est sûre : ces jeunes sont visés par de nombreux programmes d’intégration socioprofessionnelle. "C’est clairement une des priorités de la Région bruxelloise", assure Romain Adam, porte-parole d’Actiris. Ainsi, en 2018, 11 associations bruxelloises ont été sélectionnées par Actiris pour offrir aux NEET bruxellois (jusqu’à 29ans) des parcours d’accompagnement.

Parmi les associations choisies, l’asbl "Pour la solidarité" propose un suivi d’un an via le programme "100% jeunes". Le principe ? Remobiliser les jeunes en décrochage via un mélange d’activités ludiques et professionnalisantes. "Ils vont par exemple faire de l’escalade pour mettre en pratique le dépassement de soi", explique Costa Papadopoulos, qui encadre les jeunes. "A côté de ça, on va leur demander de créer des entreprises fictives, on va organiser des visites de structures de formations, de métiers…"

On se sent inutile, on se demande à quoi on sert

Le programme a commencé début octobre et parmi 15 participants, il y a Dawid, 26 ans, NEET depuis un an. "J’ai commencé à travailler très jeune, dès l’âge de 13 ans. J’ai été chef de cuisine pendant longtemps mais j’ai quitté mon travail il y a un an parce que j’ai compris que ce n’était vraiment pas pour moi. Etre chef de cuisine, c’est rester enfermé dans une cave et ne voir personne. Tu es constamment dans ta tête et c’est vraiment oppressant", explique Dawid.


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Mais pour Dawid, se retrouver soudainement sans occupation n’a pas non plus été facile à vivre. "Quand on ne travaille pas pendant un certain temps, on se sent inutile, on se demande à quoi on sert. Je me sentais comme une décoration, je me comparais aux autres en me disant 'Tout le monde vit sa vie et moi j’ai l’impression de stagner", confie-t-il.

Toutefois, pour lui, pas question aujourd’hui de se retrouver à nouveau dans un travail qui ne lui convient pas. "C’est pour ça que je me suis inscrit au programme '100% jeunes'", explique-t-il. "Je veux mettre de l’ordre dans mes idées et trouver un domaine qui puisse réellement me plaire, dans lequel je pourrais me développer."

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De l’escalade pour pratiquer le dépassement de soi © John Fedele – Gettyimages

Sevim, 20 ans, est également participante. Cette jeune bruxelloise a arrêté ses études secondaires avant leur terme, il y a deux ans. "Ma recherche d’emploi ne s’est pas bien passée. J’avais peur du monde professionnel", explique-t-elle. "Faire un cv, écrire une lettre de motivation… L’école ne prépare pas assez au monde professionnel. Je n’avais pas confiance en moi et j’étais aussi persuadée de ne rien pouvoir trouver qui me plaise. Je suis tombée dans un cercle vicieux qui ne me motivait pas du tout."

"C’est une question de rythme de vie aussi", ajoute-t-elle, "quand tu ne fais rien, tu t’habitues à un rythme de vie qui n’est pas sain pour toi. Tu te laisses aller, mais finalement tu ne fais que procrastiner. Il faut vraiment attendre un déclic pour que ça bouge."

Rejet de l’école

Sevim et Dawid ont un point commun : l’école a été source de désillusions. "J’ai été constamment critiqué à l’école", confie Dawid, "ça n’a pas du tout aidé mon développement personnel". De son côté, Sevim acquiesce : "Si j’avais pu suivre un enseignement sans passer par l’école, je l’aurais fait. Niveau psychologie, mental, soutien… L’école ne m’a rien apporté de positif."

Pour Marie Canivet, responsable du projet 100% jeunes, ce rejet de l’école n’est pas anodin. "C’est un phénomène qui arrive souvent", explique-t-elle," c’est la première institution de laquelle on peut être dégoûté et ça se transforme en cercle vicieux. Tu finis par être dégoûté de toutes les institutions étatiques. Ça va très vite dès que tu décroches…" Et la situation est d’autant plus difficile lorsque le jeune n’a "pas de remparts, comme une famille qui le soutient," estime Costa Papadopoulos. Avançant son expérience personnelle, il ajoute : "moi-même j’aurais probablement arrêté l’école si mes parents n’avaient pas été là".

Ne pas pousser vers l’emploi à tout prix

Pour cette raison, ajoute Costa Papadopoulos, "on essaie ici de faire l’inverse de l’école. On ne force pas les jeunes à s’adapter, on essaie nous, de nous adapter aux jeunes pour ce qui pourrait leur correspondre." Parce que l’idée n’est pas de pousser à tout prix les jeunes à l’emploi. "On laisse libre choix aux jeunes", explique Costa Papadopoulos, "on n’a pas un chemin principal. Si le besoin premier du jeune est de faire du bénévolat ou encore de voyager, on se concentre là-dessus. Si le besoin ressenti par le jeune est de faire une formation parce qu’il sent qu’il a un manque de compétences pour se professionnaliser, alors on passe par ce chemin-là."

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