Tout comprendre sur le revenu universel en 7 questions

Tout comprendre sur le revenu universel en 7 questions
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Expérimenté en Finlande depuis ce 1er janvier, le revenu de base ou allocation universelle est donc désormais une réalité en Europe. Nouveau modèle de société ou douce utopie, ce concept vieux de plus de 50 ans, inclassable, autant libéral que gauchiste, est-il viable dans nos sociétés où l'idée même d'Etat-providence semble s’essouffler ?  

1. Le revenu universel c’est quoi exactement ?

Revenu de base, allocation universelle ou revenu citoyen, si les appellations varient le principe est à peu près identique : verser à tout citoyen un revenu mensuel fixe, sans contrepartie, suffisant pour subvenir à ses besoins élémentaires (logement, santé, alimentation). Cette somme serait cumulable avec d’autres revenus, comme par exemple les salaires.

2. À combien se chiffre cette allocation ?

Les montants varient selon les pays et les modèles envisagés. Les niveaux de vie variables, les seuils de pauvretés sont autant de paramètres qui entrent dans la définition de la somme à allouer. 

Si les Finlandais recevront 560€ par mois, d’autres pays ont envisagé des montants allant de 300 jusqu'à 2260€. En Belgique différentes propositions se sont succédé ces dernières décennies, sans pour autant dépasser les 1000€.

Une allocation universelle européenne ?

Reste la proposition, plus modeste mais plus globale, du philosophe et économiste belge Philippe Van Parijs. "Ce qu'il faut faire aujourd'hui à l'échelle européenne pour redonner à l'Europe la légitimité perdue auprès des gens, c'est introduire un 'euro-dividende' : une modeste allocation universelle, un revenu inconditionnel au niveau de l’Eurozone, de l'ordre de 200 euros par personne, modulé selon le coût de la vie et financé par la TVA. A ce moment, tout le monde sentira qu'il y a une sécurité de base qui sera assurée par l'Union européenne. C'est une espèce de socle d'État-providence qui aidera les États à mieux survivre et à mieux se développer. Et qui en même temps stabilisera les populations : les Bulgares ou les Roumains resteront chez eux plutôt que d'être forcés de migrer vers d'autres endroits. Cet 'euro-dividende' est bien sûr politiquement impossible maintenant. Mais rien ne devient politiquement possible si on ne le défend pas bien avant qu'il le soit".

3. Qui peut en bénéficier ?

Théoriquement, tout le monde, de la naissance et jusqu’à la mort. Mais dans les faits, les modèles diffèrent et établissent des différences, notamment en fonction de l'âge. En Finlande, les mineurs n'y ont pas droit pour l'instant. En Belgique, la plupart des modèles établissaient une différence de revenu entre mineurs et adultes, mais pas entre les femmes et les hommes comme c'est par exemple le cas dans certains projets développés en Asie notamment.   

4. Quel est l’intérêt de donner une allocation universelle ?

Pour ses défenseurs, la mise en place de cette allocation permettrait à moyen-long terme d’effacer les inégalités entres les citoyens et donc d’éradiquer la pauvreté.

En Finlande, le gouvernement espère "promouvoir l'emploi", "réduire la bureaucratie et simplifier le système complexe des aides sociales". Sur deux ans, 2017 et 2018, la Finlande comparera donc la trajectoire de ces 2000 chômeurs âgés de 25 à 58 ans, choisis au hasard et contraints de participer à l'expérience, avec celle d'un "groupe-test" de chômeurs touchant environ ce même montant en prestations sociales. L'objectif est de vérifier si les personnes recevant le revenu de base seront plus motivées à trouver un emploi ou à créer une entreprise sachant qu'ils garderont dans ce cas leur revenu de base.

Rassurés par cette sécurité financière, les citoyens seront-ils donc plus entreprenants, mobiles et flexibles, alors que le marché du travail est de plus en plus instable? C'est le pari lancé par les défenseurs de l'allocation universelle.

5. Et en Belgique ?

Chez nous, si paradoxalement les socialistes ne semblent pas réussir à s’accorder sur le sujet, le MR a quant à lui lancé des groupes d’études de réflexion pour étudier la question.

Mais c’est du côté des écologistes que la proposition la plus concrète a été avancée par l'ancien Secrétaire fédéral, Philippe Defeyt: "Il existe plusieurs modèles d'allocations universelles, mais le modèle que je propose prend ce qu'il y a de meilleur dans l'histoire de la sécurité sociale. C'est-à-dire une véritable assurance sociale pour ceux qui perdent leur emploi, qui passent à la retraite ou tombent malade, couplé avec une solidarité universelle qui se traduit par un revenu de base de 600€ par mois pour les adultes et de 300€ par mois pour les moins de 18 ans. 600€, c'est le montant qui réussit aujourd'hui le meilleur équilibre possible entre les considérations budgétaires et la volonté d'introduire un changement significatif de comportement. Quelqu'un qui peut affecter 600 euros librement sans contraintes à des activités, des changements qu'il souhaite porter. Ce changement important, c'est cette autonomie."

6. Qui va payer ? Comment financer ?

Si l’idée de remplacer toutes les allocations sociales par un revenu unique semble intéressante, son financement demeure un véritable casse-tête. Et là aussi, divers modèles existent. 

Tout d'abord, il y a ceux qui préconisent de supprimer toutes les autres aides spécifiques existantes, du chômage à la pension, en passant par les allocations familiales. Couplé à la disparition des structures actuelles gérant ces aides (comme le FOREM/ONEM/ACTIRIS), à la taxation des transactions financières, et autres mesures similaires, cela pourrait permettre de débloquer les fonds nécessaires au financement de la mesure.

En Belgique, cela représenterait un coût d'environ 100 milliards d'euros pour l'Etat. 73 milliards d'euros pour l'allocation en elle-même, et le reste pour les allocations conservées. Moins d'un quart de notre richesse nationale.

7. L’allocation universelle a-t-elle déjà été testée ?

Oui, avec plus ou moins de succès. Aux Etats-Unis, l’Alaska distribue à ses habitants, depuis 1982, une partie des revenus générés par l’exploitation du gaz et du pétrole. L’Alaska Permanent Fund, c’est son nom, permet donc à chaque personne installée depuis plus de cinq ans dans cet Etat de bénéficier d’un "bonus annuel" d’environ 1800 euros.

Toujours aux Etats-Unis, dans les années 70, un impôt négatif avait été expérimenté. Mais l'effet négatif sur le travail des femmes et leur "retour au foyer" avait fait abandonner la mesure, finalement jugée anti-émancipatrice.    

En Iran, un revenu variable allant de 430 à 780 euros par an est distribué par le pouvoir en place. Initialement censé viser uniquement les catégories sociales les plus pauvres, le dispositif a finalement été étendu à toute la population, mettant en danger sa viabilité.

Plus près de chez nous, après le "non" des Suisses lors d'un référendum organisé en juin dernier, plusieurs candidats à la présidentielle française se sont déclarés favorables à cette nouvelle conception d'allocation. Le socialiste Benoît Hamon, en a fait un cheval de bataille pour la primaire à gauche, tandis que Manuel Valls s'est lui-même déclaré intéressé par le concept.

Utopique, coûteux, ou au contraire émancipateur ? Le revenu universel réussira-t-il à résoudre les problèmes socio-économiques de nos sociétés ? C'est le pari de la Finlande et de beaucoup de défenseurs de ce modèle d'un autre genre. 

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