"Tout ce que les enseignants veulent faire, c’est faire leur métier, donc enseigner et prendre soin des jeunes"

Ce mercredi au micro de Martin Bilterijs, Thomas Jadin, directeur du collège des Hayeffes à Mont st Guibert. Un établissement scolaire comme beaucoup, aux prises avec les mêmes questions, les mêmes contraintes, et surtout les mêmes directives.

Entre règles et conseils, les établissements se doivent de faire de leur maximum pour protéger élèves et enseignants. Un rôle ingrat et pas toujours évident.

"L’épidémie, elle est sous contrôle dans l’établissement et dans pas mal d’écoles de la Belgique francophone même si on observe un petit frémissement au niveau des cas de contacts et de contamination à haut risque depuis la semaine passée dans certaines écoles, c’est problématique, mais en ce qui me concerne, c’est contenu. Par contre, comme dans beaucoup d’écoles, c’est difficile d’en faire plus au niveau sanitaire. On a suivi la circulaire, donc le rappel des consignes aux élèves et aux membres du personnel, splitter la salle des profs en plusieurs petits locaux où les professeurs peuvent prendre leur repas et travailler, systématiser les arrivées tardives des élèves qui n’ont pas de professeur ou en fin de journée, s’ils ont un professeur absent. On a dû, hélas, annuler les quelques projets conviviaux ou récréatifs qu’on avait commencé à mettre dans nos projets. Il y a eu quelques fermetures de locaux spécifiques : de techno, de dessin, là où il y a beaucoup de passages. On ne peut pas en faire beaucoup plus que ce qui avait déjà été fait."

On n’a pas le sentiment d’avoir été abandonné par la ministre

Concernant la mise en œuvre des dispositions, le travail des écoles est à souligner précise Thomas Jadin. "À tous les niveaux, on fait un travail fabuleux. Toutes les équipes s’y mettent. Enseignants et éducateurs réinventent leur métier tous les jours depuis un an maintenant. Ce qu’on a fait par rapport à la circulaire, comme dans beaucoup d’écoles, c’est convoquer très vite une réunion technique, prendre des décisions pour pouvoir mettre en œuvre ce matin, sachant qu’on a reçu la circulaire lundi après-midi. Mais on avait anticipé. On n’a pas le sentiment d’avoir été abandonné par la ministre. Il y a une bonne cohésion, une bonne solidarité entre écoles donc il n’y a pas de soucis à ce niveau-là. Mais ça a quand même été assez rapide, et on a, dans la mesure du possible, avalisé toutes les décisions au niveau du protocole."

Est-ce qu’on est à bout ? On n’est pas loin

Mais derrière cette capacité à se réinventer en continu, derrière cette solidarité inter-écoles, la lassitude peu à peu gagne du terrain. Jamais la normalité, pour tant si routinière, presque décriée, en temps hors covid, n’aura été regrettée.

"Il y a toujours une résilience extraordinaire, le cœur n’y est plus tout à fait. Vous savez, on a fait preuve d’une créativité incroyable, mais la ligne d’arrivée est toujours reculée. Tout ce que les enseignants veulent faire, c’est faire leur métier, donc enseigner et prendre soin des jeunes et retrouver leurs repères. C’est vraiment très très compliqué. Il y a une lassitude généralisée, le cœur n’y est plus tout à fait. Est-ce qu’on est à bout ? On n’est pas loin. Il faut vraiment arriver à pas beaucoup plus vite et surtout, il nous faut une fin d’année scolaire normale, parce que c’est devenu intenable, tant pour les membres du personnel que pour les élèves", explique le directeur.

Fermer une semaine avant ? C’est peut-être une bonne solution

Fermer ou pas une semaine avant les vacances ? La question fait débat. Mais si cela peut permettre de relancer la machine après les vacances de Paques, le sacrifice ne semble pas démesuré, surtout dans l’optique d’un retour à la normale plus rapide.

"C’est peut-être une bonne solution. Je continue à faire confiance aux experts. Je répète aussi que c’est aux politiques de prendre leurs responsabilités. Ce que je peux vous dire, c’est qu’au niveau des écoles, tout a été fait, de l’équipe de techniciens de surface jusqu’à la direction. Tout le monde fait son job. Les élèves sont en difficulté, donc la décision est à prendre par les politiques. Je sais que c’est très compliqué. On sent le clivage entre le fédéral et le communautaire, c’est ultra-compliqué à ce niveau-là. C’est peut-être une bonne décision. Je me référerai à ce qui sera décidé.

Les conditions sont vraiment insupportables

Une situation telle que la CGSP enseignement a décidé de se faire entendre et de jouer la carte de l’arrêt de travail, voire de la grève si nécessaire comme l’expliquait son président communautaire Joseph Thonon sur les antennes de La Première :"Il y aura une action jeudi matin, on fera un arrêt de travail pendant une heure dans toutes les écoles en signe de protestation. On essaiera d’informer les parents aussi pour montrer que les enseignants sont mis dans des conditions de travail extrêmement compliquées : manque de masques, gel qui est absent, toujours aucun plexi glace dans aucune école. Les conditions sont vraiment insupportables. Il faut marquer le coup. Ou on nous donne des perspectives de vaccination rapides, je pense que c’est impossible pour le moment, ou il faudra peut-être envisager la fermeture des écoles. D’ailleurs, s’il n’y a pas un mouvement dans ce sens, on a déposé un préavis de grève mardi, là aussi pour marquer le coup, et pour dire qu’on doit arrêter de nous considérer comme des travailleurs de seconde zone."

Une position que ne partage pas tout à fait Thomas Jadin. La situation est certes grave mais pas désespérée selon lui : "Insupportables… Je pense qu’on peut encore tenir quelques jours, mais très difficiles. Je rejoins ce que vient de dire Monsieur Thonon. En tout cas, les mouvements sociaux qui sont en gestation sont le signe d’un désarroi qui gagne le personnel de l’enseignement. Pour ma part, j’insiste aussi sur la sphère " Les écoles sont réputées essentielles, nos fonctions sont réputées essentielles ", mais en même temps, il n’y a pas assez de priorités à la vaccination et la position de Monsieur (Vandenbrouck) est très mal passée au sein du personnel de l’enseignement."


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Alors, fermer ou pas les écoles ?

Reste la question de la santé mentale des écoliers et autres étudiants. Un aspect souvent mis en exergue par la ministre Caroline Désir afin de légitimer son souhait de garder les écoles ouvertes, presque envers et contre tout, l’équilibre entre impact sanitaire et impact mental étant très délicat à trouver. "Je crois qu’elle a raison, il faut les garder ouvertes. Pourquoi ? Si ça tenait au niveau sanitaire, bien entendu. La santé mentale de nos jeunes, il y a une dizaine de jours, on a eu une perspective du retour des 3e et 4e secondaires en classe. On s’est dit " Allez, on s’approche de Pâques, après, on va avoir une année normale, on peut mettre des choses en projet, on peut repenser à des sorties, des visites, expositions, etc. Donc il y avait un sentiment comme quand on raccroche le train et que ça va redémarrer. Et donc, fermer maintenant pourrait être synonyme de perte définitive de certains élèves qui diront " c’est terminé, c’est plus possible ", ils n’en peuvent plus. C’est vraiment la santé mentale des jeunes qu’il faut mettre en balance avec l’impact sanitaire. C’est ça l’équilibre qu’il faut trouver, c’est là la difficulté", commente le directeur des Hayeffes.

La vaccination des profs, une priorité absolue

Demeure en suspens la question qui fait débat en ce moment, la vaccination prioritaire des enseignants. Une solution prônée par la ministre et souhaitée par la grande majorité des enseignants. Certains ont d’ailleurs été invités à se faire vacciner comme à Namur où des doses restantes leur ont été proposées.

"Bien sur que c’est la solution. Il faut savoir qu’un professeur absent ou un professeur en quarantaine, ça fait 25 élèves, une classe par heure de cours qui est sous un préau, dans une salle d’étude ou bien qui est renvoyée chez elle. Donc bien sûr, c’est une priorité absolue. Comme dans toutes les communautés, 2 ou 3% des personnes ne voudront pas du vaccin, ou voudront tel ou tel vaccin par rapport à un autre, c’est le choix de chacun et il ne faut pas le rendre obligatoire non plus. Vacciner les membres du personnel de l’enseignement, je pense que Mme Désir l’a bien compris", conclut Thomas Jadin.

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