Tous les indicateurs du coronavirus en baisse : qu’est-ce qui nous empêche (encore) de tout rouvrir ?

Depuis plusieurs jours, tous les indicateurs de l’épidémie de coronavirus apparaissent en vert dans le tableau de données mis quotidiennement à jour par l’Institut de santé publique Sciensano. Cela signifie donc que l’épidémie évolue dans un sens favorable, tout comme semble le montrer aussi le "taux de reproduction" du virus, dont l’estimation reste en dessous de 1.

De ce fait, on entend des voix s’élever pour réclamer après la réouverture des coiffeurs un assouplissement plus rapide et plus général des règles sanitaires en vigueur. Mais experts et politiques mettent en garde : il est trop tôt pour abandonner ces règles tout de suite, et les assouplissements ne pourront se faire que graduellement, et avec la plus grande prudence. Voici pourquoi :

1. Une baisse, oui, mais une baisse trop lente : l’exemple américain

Le contraste est saisissant avec la première vague : deux mois après le pic de décès de l’épidémie le 8 avril (322 décès), le nombre de morts du Covid était déjà retombé le 8 juin en dessous de 10. Idem pour le nombre de personnes hospitalisées, passées en deux mois de 5700 à 500 lors de la première vague : ici après une baisse rapide au cours du mois de novembre, il y a toujours en ce 14 février plus de 1500 personnes hospitalisées pour Covid-19, soit seulement 500 de moins depuis le 1er janvier.

Plutôt que de baisse, les experts préfèrent donc continuer à parler de plateau pour la situation actuelle, car il arrive même que certains chiffres, qu’il s’agisse des contaminations ou des admissions, repartent à la hausse pendant une semaine avant de tendre à nouveau vers le bas.

Cette baisse plus lente est sans doute liée parce que lors de la première vague, un confinement plus strict avait été mis en place, avec notamment la fermeture complète des écoles. Des mesures très dures, qu’on n’a plus voulu reproduire. Mais qui font qu’un certain niveau de transmission se maintient.

Or, c’est le phénomène qui avait été observé lors du premier déconfinement américain : rouvrir les lieux où peuvent se produire les transmissions dans ce contexte peut conduire au démarrage d’une nouvelle vague. "La transmission est stable, disait encore l’épidémiologiste Marius Gilbert ce midi sur le plateau d’RTL. N’importe quel élément qui pourrait relancer les transmissions va faire augmenter le nombre de cas".

2. Un niveau de contaminations qui reste trop élevé : l’exemple irlandais

Après avoir connu un pic à plus de 20.000 contaminations détectées en une seule journée, le niveau actuel, en dessous de 2000 par jour, peut sembler bas. Ça reste pourtant un nombre important de cas, très proche de celui observé au début de l’automne, quand un Conseil national de Sécurité a assoupli les règles, et qu’on a vu réellement démarrer une deuxième vague qu’on a eu toutes les peines à stopper.

Si on parle en termes de taux de positivité, qui peut sembler plus fiable puisque le nombre de cas détectés dépend aussi de la stratégie de testing, même constat : 5%, c’est le taux de positivité observé à l’automne, alors que ce taux était resté inférieur à 3% depuis début mai jusqu’au début septembre.

Là, c’est l’exemple irlandais qui peut peut-être nous guider : après un confinement qui les avait fait passer de 7,3% de taux de positivité en octobre à 2,4%, les Irlandais ont déconfiné en décembre pour pouvoir célébrer les fêtes. En quelques semaines, le taux est remonté à 25%, et ils sont passés de 250 à 6000 contaminations par jour. Et ce, avant que le variant britannique ne commence à s’implanter sur leur territoire.

3. La crainte des variants: l'exemple britannique

C’est l’épouvantail de ce début d’année 2021 : les variants britanniques et sud-africains, qui seraient beaucoup plus contagieux et qui nécessiteraient des mesures beaucoup plus dures pour être contenus. C’est par crainte de reproduire ce qui s’est passé au Royaume-Uni qu’on a d’ailleurs fermé nos frontières et interdit les voyages non-essentiels.

Fin janvier, Emmanuel André mettait même en garde : "La troisième vague a démarréElle a le potentiel d’être très importante". En se basant sur l’observation de ce qui s’était passé dans d’autre pays et sur la détection des premiers cas en Belgique, il déclarait : "On projette, si l’évolution reste ce qu’elle est et sur base de ce qu’il s’est passé dans d’autres pays, que d’ici fin février, début mars, il est probable que la toute grande majorité des souches soient le variant britannique."

Cette prédiction ne semble pas se réaliser pour le moment. La présence du variant britannique augmente, oui, mais moins vite que prévu pour le moment. "Il y a eu une augmentation inquiétante entre décembre et janvier, observait ce dimanche Emmanuel André. Mais par un phénomène qu’on ne comprend pas très bien ça a l’air de se stabiliser pour le moment"

Mais il met en garde : "C’est un phénomène qu’on comprend mal pour le moment".


Lire aussi : Derrière les chiffres : B.1.1.7, le nouveau variant britannique du coronavirus, pourquoi on le craint autant ?


Certains biostatisticiens en sont en effet persuadés : si la Belgique relâche sa vigilance, elle va se retrouver dans le scénario anglais. L’épidémie semblait s’y être stabilisée avec le confinement en automne, mais ce qui se passait, c’est que la diminution de la souche classique compensait la montée en puissance du nouveau variant. Avec le déconfinement en décembre et une plus grande transmissibilité, celui-ci aurait causé la violence de la deuxième vague connue par la Grande-Bretagne.

4. Les seuils fixés : encore trop d’hospitalisations

On a parfois tendance à l’oublier : le gouvernement, sur le conseil du comité d’experts, avait fixé un seuil pour passer "en phase de déconfinement".

 Nouvelles hospitalisations en dessous de 75 par jour au niveau national pour une période consécutive de 7 jours ET Rt hospitalisations < 1 (ce qui veut dire qu’on reste dans une hase descendante)

ET

 Nouveaux cas inférieurs à 100/100.000 habitants sur 14 jours (ce qui correspond à 800 cas par jour) pour une période consécutive de 3 semaines ET un taux de reproduction en dessous de 1 (ce qui veut dire qu’on reste dans une hase descendante).

Des baisses successives des admissions à la fin janvier-début février ont fait espérer que l’on tendait petit à petit vers ce seuil pour les admissions… avant une remontée et le plateau actuel. Quant au seuil des contaminations, on en reste très, très loin, et c’est sans doute ce qui explique, vu la détresse psychologique exprimée par les Belges, que notre très rigoriste ministre de la Santé Franck Vandenbroucke a indiqué que "nous pourrions peut-être envisager de revoir le seuil des 800 contaminations par jour"

Tout en ajoutant : "Mais je reste convaincu que le seuil des 75 hospitalisations quotidiennes reste un référentiel de sécurité important".

C’est que ces seuils n’ont pas été fixés à ce niveau par principe, mais d’une part pour pouvoir assurer un testing/tracing efficace dans le cas des contaminations, d’autre part pour s’assurer que la pression hospitalière est suffisamment basse que pour assurer un fonctionnement correct de nos structures de soin, et une prise en charge convenable des autres pathologies.

On fait quoi, alors ?

Trop tôt pour assouplir immédiatement, d’accord, mais quand alors ? Les signes de ras-le-bol de la population, voire la réelle détresse psychologique se multiplient et les conséquences économiques deviennent désastreuses pour de nombreux secteurs.

Heureusement, "on va vers des périodes plus favorables ; aussi bien par le climat que par la vaccination qui avance" souligne Marius Gilbert. Ce qui est envisagé par les politiques, sur le conseil des experts, c’est désormais un assouplissement très progressif, étape par étape, au fur et à mesure de l'avancement de la campagne de vaccination. "L’important, chaque fois qu’on va déconfiner quelque chose, c’est de le faire avec beaucoup de prudence, en l’accompagnant de dispositifs".

Bref, le bout du tunnel n’est pas pour demain. Mais on peut commencer à l’entrevoir…

Sur le plateau d’RTL ce dimanche, Elio Di Rupo et Petra De Sutter ont prudemment évoqué le mois de mai pour un déconfinement plus large. "Mai est une bonne date si les chiffres ne s’emballent pas à la hausse", a déclaré le ministre-président wallon. "J’espère que ce sera le 1er mai. Mais ce ne serait pas intelligent de donner une date précise", a ajouté la ministre de la Fonction publique.

Belgique: bilan des hospitalisations, nouveaux cas, décès et vaccinations au 12/02/2021

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