"Tourisme vaccinal" : des vacances à prix d'or, vaccin anti-Covid compris

Partir loin pour avoir le vaccin plus rapidement ? L'idée semble faire son chemin
Partir loin pour avoir le vaccin plus rapidement ? L'idée semble faire son chemin - © Photo by Capturing the human heart. on

Se dorer la pilule sur une plage, cocktail à la main et les pieds en éventail entre deux doses du vaccin anti-Covid ? C’est le concept promis par le "tourisme vaccinal", un système qui semble se répandre de plus en plus alors que les campagnes de vaccination ont débuté il y a plusieurs mois dans de nombreux pays du monde. Réservé à des touristes fortunés, ce système pourrait court-circuiter la distribution traditionnelle du vaccin. Alors que les pays européens tremblent à l’idée d’une pénurie des doses des vaccins offrant une immunité contre le Covid-19, certains citoyens n’hésitent pas à tout mettre en œuvre pour se voir injecter la substance qui garantit d’immunité contre le virus. Aux États-Unis, certains états ont dû réagir pour enrayer le phénomène et garantir à leur population l’accès au vaccin.


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La Floride revoit sa copie

Outre-Atlantique, chaque État est responsable de sa propre politique de vaccination. Les conditions nécessaires pour se voir injecter les doses du médicament peuvent donc diverger d’un territoire à l’autre. La population de cette grande puissance mondiale, ravagée par l’épidémie de coronavirus, a donc bien compris l’enjeu de faire partie de la longue liste des vaccinés. C’est pourquoi, depuis plusieurs semaines, certains n’hésitent pas à franchir les frontières pour atterrir dans un état où ils figurent sur la liste des personnes prioritaires.

Dans le New Jersey, par exemple, être fumeur est une condition qui garantit la priorité sur le vaccin ; dans le Colorado, être journaliste fait figurer sur la liste des personnes prioritaires. En Floride, ce sont toutes les personnes âgées de plus de 65 ans qui peuvent se faire vacciner gratuitement et sans condition. Sentant le bon filon, de nombreux Américains disposant d’une résidence secondaire ainsi que de riches étrangers se sont précipités dans cet état pour se faire injecter la substance.

Résultat : plus de 40.000 personnes, dont l’adresse principale se situe hors de Floride, se sont fait vacciner dans cet état du sud-est des États-Unis, relate NBC South Florida. Cela a donné lieu à des situations où les personnes embarquent dans un avion le matin et en prennent un autre le soir pour rentrer chez eux, loin de là.


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Les autorités, non contentes de voir ce genre de tourisme proliférer sur leur territoire ont décidé de réagir, d’autant qu’ils recevaient de nombreuses plaintes d’autres citoyens, incapables de prendre rendez-vous, et de resserrer la vis grâce à de nouvelles règles. Depuis le 21 janvier, il faut fournir une carte d’identité ou des factures prouvant que l’on est résident durant au moins trois mois par an en Floride pour obtenir le Graal dans les centres de vaccination.

Un attrait qui pourrait rebooster le tourisme

Ce type de débordement a semble-t-il donné des idées à d’autres pays et sociétés dans le monde. À l’instar de la chirurgie esthétique, qui pousse de nombreuses personnes à prendre l’avion direction la Tunisie pour se faire bomber la poitrine ou affiner le nez, la nouvelle poule aux œufs d’or pourrait bien être les vaccins et certains pays n’hésitent pas à utiliser cet attrait de la population pour les doses anti-Covid pour tenter de faire renaître le tourisme, largement impacté par la crise.


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C’est le cas de Cuba, qui a déjà diffusé des spots publicitaires vantant des voyages dans les Caraïbes durant lesquels les touristes auront droit à leur injection du vaccin et ce, "dès le mois de mars". Les autorités de ce pays d’Amérique du Sud ont l’intention de produire 100 millions de doses du vaccin Soberana 2, qui figure parmi la liste des 4 vaccins qui sont actuellement testés sur place. Quand on sait que Cuba ne rassemble que 11,3 millions d’habitants et que le vaccin ne sera pas obligatoire à la population locale, il est certain que l’île aura un surplus à écouler.

Pour les richissimes touristes qui s’envolent pour Dubaï, les opportunités de se voir injecter le vaccin existent aussi. C’est la conciergerie britannique Knightsbridge qui se dit "pionnière" du "tourisme vaccinal de luxe". "Vous partez quelques semaines dans une villa au soleil. Puis vous avez vos deux injections, votre certificat et vous pouvez repartir", a expliqué le fondateur du service hôtelier Stuart McNeil au Telegraph.


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Concrètement, les voyageurs de plus de 65 ans peuvent débourser 55.000 dollars, soit plus de 45.500 euros pour visiter la ville rendue célèbre pour son désert et ses gratte-ciel durant plusieurs semaines. La double dose du vaccin Pfizer est incluse dans le package.

L’éthique de ce genre de pratique en question

Le 19 janvier, le microbiologiste Emmanuel André avait dénoncé ce type de pratique sur Twitter. "Pour le même prix, on peut faire vacciner 2000 personnes, a-t-il écrit. En allant à Dubai aujourd’hui, ces personnes auraient d’emblée 5-10% de chances de se faire infecter. Par ailleurs, elles auraient 5-10% de chance de ne pas être immunisées par leur vaccin. Elles seraient par contre protégées si 2000 personnes de leur entourage étaient vaccinées."

Mais ce type d’offre n’est pas neuf pour autant. Dès novembre, l’agence indienne Gem Tours & Travels proposait à ses clients des séjours de quatre jours et autant de nuits de Mumbai à New York pour les Indiens disposant d’un visa américain d’une validité de 10 ans. Alors que la campagne de vaccination n’était pas encore lancée en Inde, cela permettait à ceux qui payaient les 2000 dollars du voyage, soit 1700 euros, d’avoir la primeur du vaccin, avant même qu’il soit disponible dans leur pays en profitant de la campagne de vaccination américaine.


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Toutes ces initiatives qui fleurissent dans le monde posent problème du point de vue des médecins. Le Docteur Marissa J. Levine, professeur de santé à l’Université de Floride du Sud s’était d’ailleurs inquiété auprès de NBC South Florida que ce ne soient "que les gens qui ont le pouvoir et l’argent qui se fassent vacciner avant les autres". Un souci éthique donc, d’accès au vaccin alors que de nombreux pays en voie de développement attendent encore de pouvoir administrer leur première dose.

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