Tourisme : le vélo à assistance électrique a "gommé certains obstacles" et permis d'élargir le public sur les routes

Quel est l’apport de l’assistance électrique au niveau du vélo et plus particulièrement lorsqu’il s’agit de balades et de tourisme ? Inutile de rappeler que les ventes de vélos électriques ont progressé ces dernières années et notamment depuis le début de la crise sanitaire, et cela se voit partout, que ce soit en ville ou lors de promenades.


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En 2020, selon l’étude de la fédération du secteur de la mobilité (Traxio), il s’est vendu en Belgique 592.107 vélos dont 228.400 étaient des vélos électriques (VAE), soit une part de marché de 38,6%. A titre de comparaison, en 2019, il s’est vendu un peu moins de 194.000 vélos électriques.


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Pour donner un autre élément de comparaison, l’asbl Chemins du rail, réalise des comptages sur le Ravel. Sans entrer dans le détail des chiffres, Jacques Botte, le président constate une augmentation très sensible du nombre de VAE sur les parcours entre 2010 et 2020. Si en 2010 il représentait plus ou moins 10%, il dépasserait les 30% aujourd’hui sur le Ravel.

Un public plus large grâce au VAE

"L’arrivée des vélos à assistance électrique a permis d’élargir l’utilisation du vélo", constate la porte-parole du Gracq, Aurélie Willems. Cela veut dire un plus grand nombre de cyclistes, mais aussi une panoplie plus importante d’utilisations. Si certaines personnes n’étaient pas adeptes de la petite reine pour des raisons physiques ou parce que les distances à parcourir étaient importantes, "l’électrification du vélo a permis de gommer certains obstacles à la pratique du vélo". Elle rappelle aussi que grâce à l’assistance électrique on peut transporter plusieurs enfants, rouler avec des vélos cargos, etc.

Au-delà de l’aspect utilitaire, l’engouement pour le vélo est aussi visible dans la pratique sportive, les loisirs, les vacances et le VAE rend cela possible à des personnes pour qui ce n’était pas possible auparavant, constate la porte-parole du Gracq.

L’association précise aussi qu’elle ne pousse pas à l’acquisition d’un VAE, car le vélo classique a encore de nombreux avantages (souvent moins cher, on est complètement actif, meilleur bilan carbone) : "Le VAE, on va le conseiller aux personnes qui ne passeraient pas au vélo classique sans l’avantage de l’électrique".

Un bol d’air

Claire, 67 ans, habite à Wavre, une commune du Brabant wallon. Alors qu’elle avait déjà un vélo classique, il y a 3 ans, elle a acheté un vélo à assistance électrique pour ses trajets au quotidien : "Faire la montée avec un vélo classique pour revenir chez moi, ça n’allait plus". Si au départ son mari n’était pas convaincu par l’utilité d’un VAE, après l’avoir essayé, lui aussi est passé à l’électrique.

Aujourd’hui, Claire et son mari n’hésitent pas à enfourcher leurs vélos pour des expéditions et sillonner la Belgique. Ne partant pas en vacances cette année : "C’est notre plaisir de prendre le vélo pour une journée d’excursion. On fait à peu près 40 km. C’est notre grand plaisir". Ce qui plaît le plus à cette Wavrienne dans la pratique du cyclotourisme, c’est le grand air, c'est de voir du paysage et de ne pas se retrouver enfermée dans une voiture : "À un certain moment quand on prend la voiture […] on regrette de ne pas être en contact avec la nature et les gens". Autre avantage, ils peuvent également accompagner leurs petits enfants qui eux utilisent des vélos classiques.

Le tourisme

"L'attrait du vélo de tourisme peut aussi s’expliquer par une volonté de plusieurs personnes de réaliser des vacances plus durables, plus actives et plus proches de chez nous", observe la porte-parole du Gracq, Aurélie Willems. Le confinement de l’année dernière y est aussi pour quelque chose; il a permis la redécouverte de lieux proches de chez nous. "Je pense que beaucoup de personnes n’ont plus envie de prendre l’avion pour aller à l’autre bout du monde".

Les offres autour du vélo de tourisme se développent en Belgique, les Régions investissent dans les infrastructures et "faire du vélo devient de plus en plus sûr". Pour Aurélie Willems, tout cela rend le vélo plus attrayant.


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Du tourisme avec un VAE

Marie Secrétant est responsable du tourisme et des évènements pour l’association Pro Velo depuis six ans. Sur ce laps de temps, elle constate une augmentation du nombre de touristes à vélo et une diversification des profils des cyclistes. 

S'il y a encore dix ans, il s’agissait surtout d’un voyage d’aventure, ces dernières années on voit de plus en plus de seniors. Ce public de plus de 65 ans est "spécialement friand du vélo à assistance électrique (VAE)" et fait en général une soixantaine de kilomètres par jour. Ils aiment s’arrêter pour manger, découvrir des sites touristiques. "Ils consomment beaucoup par rapport à des touristes classiques" (65 euros en moyenne par jour et par personne). "On est donc éloigné du profil du voyageur à vélo qui a budget plus serré", explique-t-elle.

Autre profil d’utilisatrices et utilisateurs de VAE, celui des familles. Ici, la configuration implique souvent de prendre plus de matériel. "On est souvent plus chargé en famille. Le VAE a aussi permis de démocratiser un peu le voyage en famille"

Les femmes à partir de la quarantaine seraient aussi plus friandes du VAE, explique Marie Secrétant. L’avantage de ce type de vélo est qu’il n’est pas toujours nécessaire d’enclencher l’assistance électrique et cela rassure. "Si jamais je n’y arrive pas, j’ai l’assistance. Mais on voit que plus les personnes font du vélo et du voyage à vélo, moins elles utilisent l’assistance. Et puis, au bout de quelques années, elles ont tendance à aller vers un vélo classique".

Et puis, il y a encore les personnes qui pensent que le deux-roues c’est du sport et imaginent que ce sera difficile. Le VAE permet de s’y mettre et de profiter en général d’une expérience positive "ça, c’est l’aspect génial du VAE".

Le vélo à assistance électrique, au même titre que pour la mobilité en général, a permis d’élargir le public du vélo tourisme.

Jacques Botte, président de l’asbl Chemins du rail constate lui aussi l’arrivée de nouveaux profils de cyclistes sur le Ravel. Avec tout d’abord une augmentation des personnes plus âgées entre 60 et 80 ans et cela notamment grâce au VAE. Le nombre de familles est également en hausse, mais là, ce serait plutôt en raison de la sécurisation du Ravel.

Aurélie Willems, du Gracq précise, encore que certaines personnes réalisent maintenant des balades avec des cyclistes avec qui elles n’auraient pas roulé auparavant. On peut donc observer une mixité, avec des vélos de course, par exemple, accompagnés de VAE.

Et la batterie ?

L’autonomie des batteries des VAE varie d’un modèle à l’autre et en fonction de l’utilisation du vélo, mais prenons une moyenne de 80 km. Est-ce un frein ? Pour Claire, ça ne l’est pas. Lors de vacances en France, par exemple, elle prenait sa batterie avec elle et demandait aux tenanciers des cafés l’autorisation de la recharger. Ce qui ne posait aucun souci.

Marie Secrétant, de l’association Pro Velo, ne voit pas la batterie comme une contrainte. Elle rappelle qu’en Belgique on a souvent des bars et restaurants. Par ailleurs, ce type de service peut être garanti par différents labels tels que le Bienvenue Vélo en Wallonie ou bike-friendly à Bruxelles. Ces labels garantissent toute une série de services (parking, pompe, batterie, hébergement d’une nuit, etc.). Ailleurs, en France, l’Alsace dispose de bornes de recharge sur ses itinéraires cyclables.

Une offre de services qui se développe, mais encore disparate

De plus en plus d’opérateurs dans le secteur du tourisme voient les opportunités autour de ce type de voyage. Mais cela est encore variable en fonction des communes, explique Marie Secrétant. C’est aspect peut être un peu embêtant pour le cycliste pour planifier son itinéraire. "Il y a des régions et des provinces où il y a beaucoup de labellisés et de services et puis on a un peu des vides. Ce n’est pas très continu… Il y a encore un effort à faire surtout en Wallonie, mais en Flandre aussi".

L’année dernière, il a eu une forte demande pour obtenir les labels autour du vélo. "Aujourd’hui, je crois qu’il y a plus de 700 opérateurs en Wallonie qui ont le label -Bienvenue Vélo-".

L’association ressent en tout cas très clairement un intérêt pour le tourisme à vélo. Les demandes sont de plus en plus nombreuses et des rencontres ont lieu pour aider les gens à organiser ce type de voyage. "Ça a eu un succès incroyable. Parce qu’il y a plein de gens qui veulent se lancer, mais ils ne savent pas comment".

Pour cette spécialiste du tourisme à vélo, un point pourrait être encore amélioré en Belgique pour favoriser cette pratique, c’est l’organisation du voyage. Actuellement, il n’y a pas encore un site internet avec toutes les informations touristiques au niveau de la Belgique, ce qui oblige les cyclistes à naviguer sur plusieurs sites internet pour trouver une information. Un cycliste étranger pourrait avoir du mal à trouver son itinéraire pour traverser la Belgique, à l’exception des réseaux EuroVelo. "C’est la régionalisation du tourisme […] en termes d’utilisateurs, ce n’est pas optimal".


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Sur le Ravel

Jacques Botte, président de l’asbl Chemins du rail observe sur le Ravel, qu’avec l’arrivée des VAE, les personnes font plus de kilomètres en général, avec une moyenne de 40 à 50 km/jour. Ce qui n’était pas le cas avant. Il note également une demande pour des parcours de 3-4 jours avec un transport des bagages assuré d’un hébergement à l’autre. Un service à développer encore en Wallonie.

Des vacances économiques ?

Les vacances à vélo restent abordables pour de nombreuses personnes, estime Aurélie Willems. Acheter un VAE représente cependant un certain coût, mais elle rappelle qu’il peut être utilisé pour les loisirs, les vacances, mais aussi au quotidien et cela pendant plusieurs années. Et puis, ce qui est intéressant, c’est que l’on peut se déplacer (en Wallonie, par exemple) avec un petit budget en comparaison avec la voiture ou l’avion.

Quant aux vacances, cela dépendra du type de vacances. Le coût de l’hébergement peut varier, certains opteront pour de bon restos et vont dès lors consommer. D’autres partiront avec la tente "et là, il y a moyen de partir longtemps avec un budget très petit, tout en découvrant de superbes paysages, en faisant de l’activité et en ayant cette impression de déconnexion et de vacances".

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