Tourisme de catastrophe: le nouvel avenir de Tchernobyl

Le premier sarcophage en béton sur les reste du réacteur.
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Le premier sarcophage en béton sur les reste du réacteur. - © J. Verset

Il y a 30 ans, le nom de Tchernobyl entrait dans l’Histoire. Depuis, l’ancien réacteur explosé trône au cœur d’une zone d’exclusion. Une double circonférence délimitée par un rayon de 30 km et de 10 km autour de ce qui fut un cœur nucléaire.

Mais d’interdit, cet immense site n’a plus que le nom. Un tourisme "obscur" s’y développe depuis 2011, et l’annonce de l’ouverture au public de la salle de contrôle du réacteur 4 pourrait encore accélérer le mouvement. On parle même de laisser l’accès au "cimetière des machines de Rossokha, vaste terrain où fut rassemblé, à la va-vite, tout le matériel (grues, camion, blindés) qui participa au nettoyage du site.

Le "cimetière des machines" de Rossokha

La vie continue… un peu

La vie n’a d’ailleurs pas déserté Tchernobyl. Dans les années 90, d’anciens habitants sont revenus. Réinstallés de manière illégale, ils ont été tolérés par les pouvoirs publics. Aujourd’hui quelques personnes âgées vivent encore dans les lieux interdits où ils cultivent leur lopin de terre avec interdiction d’en commercialiser la production. Il y a aussi les tagueurs qui viennent marquer les lieux de leurs signatures.

S’ajoutent tous les ouvriers et ingénieurs qui, après avoir construit un immense sarcophage de protection (1,5 milliard d’euros) continuent à protéger la zone. Le sarcophage d’acier, placé au-dessus du cœur du réacteur, contre la cheminée, devrait avoir une efficacité de 100 ans.

A distance suffisante du cœur, mais toujours dans la zone d’exclusion, une petite ville, sorte de Tchernobyl 2, accueille le personnel dans des hôtels et les visiteurs dans un restaurant qui ressemble davantage à une cantine. La petite ville se distingue par des tuyaux qui circulent entre les bâtiments, à 50 cm du sol. Pas question d’enfouir les conduites d’eau dans le sol irradié.

Laissez vos chaussures dans la poubelle

Et depuis quelques années, il y a les touristes, jusqu’à présent limités à de petits groupes de 10 récupérés par des estafettes dans leurs hôtels de Kiev. Seules les visites guidées sont autorisées. Uniques obligations : porter des pantalons, des chaussures fermées et de chaussettes. Ne pas prendre d’objet en main, ni cueillir des fleurs. Après une journée passée au réacteur et à Prypiat, ville abandonnée située à 2 km du réacteur, il reste le passage obligatoire par détecteur de radioactivité. Un matériel tellement vétuste que l’on en vient à douter de son efficacité réelle. Ensuite, les moins téméraires abandonnent leurs vêtements ou leurs chaussures dans les poubelles de l’hôtel. Un conseil du guide.

Mais cette époque est sans doute révolue. Le nombre de touristes ne cesse de croître. Il serait question de 10.000 par an. Un chiffre qui grimpe depuis la diffusion de la -superbe- série "Chernobyl" voici quelques semaines.

En juin dernier, Reuters évoquait une hausse de 40% des visites sur les sites du réacteur et de la ville abandonnée de Prypiat, avec sa piscine et son champ de foire qui devait être inauguré le lendemain de l’explosion de la centrale. La décision du président d’Ukraine Zelensky de faire de Tchernobyl une attraction touristique en dit long sur le désir de faire du réacteur un lieu de mémoire, mais aussi un lieu de développement. Comme le rapporte CNN, la volonté politique est de changer l’image de Tchernobyl.

Mais le réacteur reste un endroit dangereux. La salle de contrôle du réacteur 4 (celle que l’on voit dans le film est une salle identique d’une ancienne centrale désaffectée) se situe non loin du cœur du réacteur explosé. Pour s’y rendre, les visiteurs devront porter des vêtements spéciaux, un masque et un casque. Une autre attraction promise est la visite de Rossokha, le cimetière des machines. Mais sans doute plus tard. Le vieux réacteur ne se laisse pas apprivoiser aussi facilement.

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