Toujours plus d'oiseaux en voie de disparition: "Nous sommes dans une situation d'urgence"

Devine qui vient manger au jardin ? C’est le nom de la traditionnelle opération de recensement de nos oiseaux, organisée depuis 2004 par Natagora. Comme chaque année en hiver, l’association propose aux particuliers de compter les espèces oiseaux qui visitent leurs jardins. Sur son site, on apprend que 75 espèces ont été observées au moins dix fois lors des précédentes éditions. Pas toutes le même jour. "Tout dépend de la localisation du jardin, de sa taille, de la végétation qui s’y trouve. Plus le jardin est naturel et diversifié, plus vous pourrez y rencontrer d’espèces", indique encore Natagora.

Pourquoi en hiver ? Parce qu’il est plus difficile d’observer les oiseaux qu’en période de reproduction par exemple. Durant les mois d’hiver, les oiseaux sont plus mobiles, ils ne sont pas liés à un territoire. S’il fait mauvais, ils quittent la région. Donc durant cette période, les scientifiques ont besoin de beaucoup de données pour dégager des tendances par espèce.

Moins d'espèces que d'habitude

A cause  de la météo maussade, il n’y a eu que 9149 participants, contre 20.687 en 2019. On a recensé 43 espèces différentes par jardin – 40 en 2019. Et mauvaise nouvelle, les premiers résultats révèlent que 8 des 10 espèces communément observés sont en-dessous de leur moyenne. "Trois d'entre elles n'atteignent même pas leur minimum historique. Le merle noir poursuit un déclin très marqué depuis trois ans, probablement victime de l'épidémie du virus Usutu. S'ajoutent ensuite les tourterelles turques et les pinsons des arbres", indique Natagora.

Selon Anne Weiserbs, biologiste, "Avec l'hiver très doux que nous connaissons, les jardins ne forment pas des refuges cruciaux pour trouver de la nourriture. Et les oiseaux présents dans nos jardins ce week-end sont restés cachés, évitant de sortir sous la pluie". 

Parmi les espèces les plus courantes observées ces dernières années, le merle noir, la mésange charbonnière, la mésange bleue, le rouge-gorge familier, le moineau domestique ou encore la pie bavarde. Sans oublier le pinson des arbres, la tourterelle turque, la corneille noire ou le pigeon ramier. Moins connus peut-être : la chevêche d’Athéna, une sorte de chouette, le très joli jaseur boréal au bec élégant, ou le serin cini avec sa belle tête jaune.

Des espèces en voie de disparition : il y a urgence

Les jardins sont des bio-indicateurs. Un jardin qui abrite beaucoup d’oiseaux est un jardin en pleine santé et bon pour l’environnement. Malheureusement, chaque année, c’est le même constat. De plus en plus d’espèces d’oiseaux sont en voie d’extinction.

"Nous sommes dans une situation d’urgence, nous dit Anne Weiserbs, biologiste pour Natagora. Il y a des extinctions d’espèces tous les jours, des habitats qui sont détruits tous les jours en Belgique et en Wallonie, près de chez vous. Des prairies sont transformées en champs, des haies sont arrachées. Il y a des gens qui tondent drastiquement leur jardin qui était jusqu’alors en friche.

Le WWF a recensé les oiseaux disparus en Wallonie entre 1990 et 2015 : un quart de la population. Ce sont surtout les oiseaux des campagnes. En 15 ans, leur nombre a diminué de 47%. Les moineaux, alouettes des champs, le bruant proyer et la perdrix sont gravement menacés d’extinction.

En Flandre, près de 40% des 160 espèces d’oiseaux nicheurs ont été classés comme gravement menacés, menacés ou vulnérables.


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Selon Natagora, une majorité d’espèces communes sont en déclin en Wallonie. Les populations de seulement 26% d’entre elles augmentent. En moyenne, toutes les espèces confondues décroissent de 1% par an depuis une trentaine d’années et cette diminution s’est accélérée ces 10 dernières années.

Les oiseaux de campagnes se réfugient en ville

Si les oiseaux des milieux agricoles sont les plus touchés, et en particulier les espèces nichant au sol dans les cultures, c’est à cause des pesticides, de l’intensification de l’agriculture et de la tendance à la monoculture, "même si les agriculteurs sont de plus en plus conscients de leur rôle dans le paysage, précise Anne Weiserbs. Du coup, des villes comme Bruxelles, qui sont entourées d’un environnement de cultures assez arides, deviennent des refuges, car elles ont de belles zones naturelles où l’on trouve des espèces qui ne colonisent plus les alentours. Mais ce n’est pas forcément une bonne nouvelle".

Il y a urgence, mais chacun d’entre nous peut agir à son niveau : "Rendre les jardins plus complexes et plus libres, moins domestiqués afin de restaurer une série d’habitats qui vont compenser ceux qui ont été perdus. Et tant pis si votre voisin trouve que ça fait sale. Qu’il fasse ce qu’il veut chez lui et qu’il arrête de juger ce que vous faites", rappelle notre biologiste.

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