Tornades : des événements météo difficiles à prévoir, quels sont les bons réflexes à avoir et dans quel délai ?

Fenêtres pulvérisées, toitures envolées, terrasse emportée, câbles électriques arrachés, arbres déracinés… Les dégâts occasionnés par la tornade qui s’est abattue à Beauraing et dans les villages alentour ce samedi 19 juin sont conséquents et impressionnants. 17 personnes ont été blessées. Quand le ciel se déchaîne avec une telle intensité, quels sont les bons réflexes à avoir et dans quel délai ? Voici quelques éléments de réponse.

Un phénomène difficilement prévisible

Une tornade est un phénomène intense et bref, difficilement prévisible. Au stade actuel des connaissances et du développement technologique, une alerte pourrait être donnée… quelques petites minutes à peine avant que le "tuba", c’est-à-dire l’entonnoir visible sous la base d’un nuage, touche le sol.

Un tuba devient en effet une tornade si l’entonnoir touche le sol ou si des débris sont soulevés. Quand le tuba touche le sol, il se comporte alors comme une toupie et la colonne d’air se déplace. La tornade est très localisée, souvent un couloir entre dix et cent mètres, avec beaucoup de dégâts au centre et peu aux extrémités.


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"Avec les tornades, c’est de la prévision de dernière minute", explique le climatologue de l’Institut Royal de Météorologie (IRM), Pascal Mormal. "L’orage de ce dimanche 20 juin avait été bien anticipé ; une alerte orange avait été émise. On avait vu ce qui se passait Reims, en France : la tempête avait une structure supercellulaire et nous savions que ça aurait un impact sur la région de Namur/Luxembourg mais toutes structures n’engendrent pas de tornade. En outre, une tornade a une durée de vie de quelques minutes, maximum un quart d’heure. On a vraiment très peu de temps pour prévenir la population quand le tuba touche le sol".

Une structure supercellulaire

Dans une structure ou un orage supercellulaire, tous les ingrédients sont réunis pour engendrer une tornade même si elle ne se produit pas à tous les coups. Les trois ingrédients redoutés sont la chaleur, l’humidité et l’instabilité. Par instabilité, on entend une masse d’air instable, autrement dit de la chaleur en surface et un air plus froid en altitude. Ce contraste de température va alors favoriser l’instabilité de la masse d’air. Elle sera associée à un cisaillement des vents c’est-à-dire à des vents de direction différente à différentes altitudes.

Les bons réflexes

Si un phénomène météorologique comme celui de samedi à Beauraing ne se produit pas tous les jours, mieux vaut adopter les bons réflexes, autrement dit :

  • Eloignez-vous des portes, des fenêtres et des murs extérieurs de l’habitation.
  • Mettez-vous à l’abri dans une petite pièce du sous-sol ou de la cave.
  • Si votre habitation ne comporte pas de sous-sol, mettez-vous à l’abri dans une pièce centrale au rez-de-chaussée comme un couloir, une salle de bains, etc.

Le code couleur des alertes IRM

En amont, il s’agit aussi d’être attentif aux alertes émises par l’IRM. Dans le cas de la tornade de ce samedi 19 juin par exemple, l’Institut belge de météo avait émis une alerte orange. L’IRM émet quatre alertes, de la situation la plus habituelle vers les phénomènes météo les plus violents (vert, jaune, orange et rouge)

Le plus dangereux, surtout en cas de tornade, c’est tous les débris qui volent et peuvent nous heurter

Le code orange (stade 3 sur 4) peut être émis 24 heures à l’avance et doit déjà titiller notre prudence. Le risque que les critères annoncés par l’IRM pour le phénomène météo se produisent est effectivement de 65%. Il faut donc être vigilant et suivre autant que faire se peut les conseils donnés par les autorités compétentes. "Nous avons pris connaissance de certains témoignages où les gens avaient laissé leur tonnelle à l’extérieur par exemple. Il ne faut pas faire ça", insiste le climatologue. "Quand il y a une alerte orange, il faut réduire au maximum ses activités en extérieur. Affronter un vent de 200 km/h n’est déjà pas facile mais le plus dangereux, surtout en cas de tornade, c’est tous les débris qui volent et peuvent nous heurter".

La protection civile, elle, ne réalise pas de prévention quand il s'agit de tempête ou de phénomènes météo exceptionnels. "Voilà vingt ans que je travaille et je n'ai jamais vu passer de messages de ce type", nous déclare le porte-parole de la protection civile de Belgique, Alain Delire. 

F1 ou F2 sur l’échelle Fujita Pearson ?

Les climatologues de l’IRM hésitent encore sur la classification de cet événement météorologique, en F1 (vents entre 120 et 180 km/h) ou F2 (vents entre 180 et 250 km/h) sur l’échelle ouverte de Fujita Pearson qui classe les tornades en tenant compte des dégâts qu’elles ont engendrés sur leur passage. Ils se baseront sur des mesures de la puissance du vent dans les stations à proximité, sur des photos sur zone, sur les rapports de la protection civile… Le classement définitif prendra donc un peu de temps.

"Je ne peux pas dire que la tornade de ce samedi est exceptionnelle en termes d’intensité, de puissance du vent. Mais elle est bien exceptionnelle si on considère les dégâts qu’elle a provoqués. On peut la comparer à la tornade qui s’est abattue sur Léglise le 20 septembre 1982", explique le climatologue de l’IRM. Notons que la référence absolue en Belgique est la tornade du 25 juin 1967 à Oostmalle, dans la province d’Anvers (classée F3 sur l’échelle ouverte Fujita Pearson).

 

Reportage à Beauraing (JT 13h de ce lundi 21 juin)

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