Nettoyage d'une toiture en Eternit: quel est le danger réel?

Le 14 février dernier, une société étrangère, non agréée, démousse le toit en Eternit de son voisin. Inquiet, Olivier Drewes demande l’arrêt des travaux, sans succès. Il demande à la police et à la commune d’intervenir, également sans succès.

Il commande alors à une firme spécialisée des prélèvements et analyses. Les résultats ne tardent pas, le voisinage est contaminé. Olivier Drewes alerte sa voisine. Son jardin et sa façade sont touchés. Les volets doivent rester fermés. La famille vit dans le noir depuis un mois.

Ce mercredi, leurs avocats entament une procédure judiciaire pour demander réparation. La facture est salée : les travaux pour décontaminer se chiffrent à plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Les nettoyeurs à haute pression interdits pour nettoyer les toitures

Depuis le 16 mars 2006, un arrêté royal interdit notamment aux travailleurs d’utiliser des nettoyeurs haute pression pour nettoyer les toitures. Le but est de les protéger des risques liés à l’amiante. Les sociétés doivent également procéder à un inventaire amiante avant de débuter des travaux. Les particuliers par contre n’ont aucune obligation si ce n’est de ne pas contaminer le voisinage. Mais de nombreux propriétaires ignorent soit la présence d’amiante, soit l’ampleur du risque.

L'avis des experts

Pour connaître le niveau de danger du nettoyage d’une toiture en Eternit, nous avons interrogé deux spécialistes.

Le premier, Alfred Bernard, est toxicologue à l’UCL et maître de recherche au FNRS. Selon lui, c’est la taille des déchets d’Eternit qui détermine le risque. "Si les particules ont une taille supérieure à 50 microns, les fibres ne peuvent pas pénétrer dans les poumons. Si les déchets d’asbeste ciment sont visibles, le risque est donc moindre." Pour le scientifique, la poussière provoquée par une foreuse dans un mur en fibrociment est donc plus dangereuse que le nettoyage sous pression d’un toit en Eternit d’où se détacheraient des morceaux visibles.

Le risque est également moindre si les déchets tombent sur un sol meuble dans lequel les particules vont pénétrer, que sur un sol dur (une terrasse en béton) sur lequel les particules risquent de demeurer.

Anne Quantens, Ingénieure spécialiste de l’analyse de l’amiante au CESI (un service externe de prévention et de sécurité) confirme que la taille des déchets est primordiale: "Si l’on peut distinguer des déchets, il ne s’agit pas d’amiante à proprement parler, mais de morceaux de fibrociment. Les fibres d’amiante ne sont, elles, pas visibles à l’œil nu". Pour cette conseillère en prévention de sécurité, le risque est aussi plus grand lorsque les déchets d’amiante demeurent dans des lieux confinés comme la pièce d’habitation d’un logement. "A l’extérieur, la concentration d’amiante va rapidement tomber en dessous du seuil jugé dangereux pour l’homme."

Mais le danger peut subvenir, lorsque l’on ramasse les morceaux de matériaux contenant de l’amiante pour les casser et les évacuer.

"Il faut faire appel à une firme spécialisée"

A l’approche du printemps, de nombreux propriétaires seront surement tentés de nettoyer ces toitures vieillissantes. "Il ne faut en aucun cas y toucher soi-même, mais faire appel à une firme spécialisée, agréée" conseille Eric Jonckheere, président de l'association Belge des victimes de l'amiante. "Nettoyer à haute pression son toit est très dangereux, le récurer avec une brosse est encore pire. Même la mousse sur le toit est très fortement contaminée".

Danger d'Eternit dans les maisons de plus de 20 ans 

Les toits en Eternit ne sont que la partie émergée de l’iceberg, toutes les maisons construites avant 1998 peuvent contenir de l’amiante. Les gaines des calorifuges (des tuyaux de chauffage) sont les plus problématiques car "quand on les abîme c’est de l’amiante pure qui se déverse et contamine toute la maison".

Une seule inhalation suffit

La Flandre se lance dans un plan massif de désamiantage. Eric Jonckheere appelle la Wallonie à faire de même. "Car même une seule exposition, une seule inhalation peut développer un cancer des poumons vingt, trente ou quarante ans plus tard".

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